A lire : Ecologie de la santé. Pour une nouvelle lecture de nos maux

Ecologie de la santé - Lecture du livre

Lorsque la rédaction de 66 Millions d’IMpatients a reçu Ecologie de la santé. Pour une nouvelle lecture de nos maux, nous avons cru à un énième livre alarmiste sur les effets délétères de la pollution sur notre santé. Mais cet ouvrage rédigé par un collectif de chercheurs du CNRS propose un point de vue beaucoup plus ouvert : l’écologie est ici envisagée au sens large du terme, et il propose de montrer comment notre environnement et notre évolution, au cours des siècles, ont conditionné la santé humaine.

Ponctué d’exemples concrets, plongeant le lecteur depuis l’époque des premiers hommes jusqu’à notre ère industrielle, tantôt dans des tribus isolées, tantôt dans des mégalopoles surpeuplées, le livre dévoile au fil des pages comment notre environnement favorise l’émergence de nouveaux pathogènes, l’évolution et la circulation des maladies ou encore les mécanismes physiologiques qui nous permettent de nous adapter.

Un livre qui parle des origines des maladies humaines

Si nous avons su laisser sur le bord du chemin bon nombre de nos compétiteurs et de nos prédateurs, il n’en est pas de même pour les parasites et les pathogènes à qui nous servons le gîte et le couvert.

Amateurs d’histoire et d’anthropologie, vous allez apprécier les pages consacrées à l’émergence des maladies infectieuses à l’époque néolithique, quand l’humain s’est sédentarisé et a organisé la domestication animale. En effet, les chercheurs du livre rappellent que 80% des maladies infectieuses sont d’origine animale !

Transmission des gênes et des maladies

La domestication, il y a des milliers d’années, a facilité la propagation de maladies infectieuses. Et aujourd’hui l’expansion des transports internationaux, l’élevage intensif ou l’explosion de l’urbanisation offrent un environnement propice au développement des maladies infectieuses.

Mais notre santé dépend également de ce que nous nous transmettons de génération en génération et le patrimoine génétique n’est pas le seul à déterminer le développement d’un individu, de son état de santé ou des moyens de défense physiologique qu’il possède face aux maladies. L’environnement au stade embryonnaire et dans les premières années de la vie d’un enfant est également déterminant. Les auteurs du livre donnent des exemples édifiants comme les travaux de Hales et Barker de l’Université de Cambridge en 2001, qui suggèrent que des fœtus ayant subi des privations alimentaires pendant leur développement deviennent des individus qui résistent mieux aux restrictions alimentaires mais que confrontés à un environnement riche en calories, ils seront davantage sujets aux stockages des graisses et aux maladies chroniques qui peuvent en découler.

Le livre parle aussi d’un sujet que l’on évoque beaucoup en ce moment, l’épigénétique, qui affecte l’expression des gênes sans altérer la séquence d’ADN d’un individu. Les auteurs exposent notamment l’étude de l’environnement de jumeaux monozygotiques qui développent souvent des pathologies différentes.

L’écologie de la santé étudie le mode de vie des populations

La transmission et l’évolution de nos maladies dépendent bien entendu des conditions environnementales que nous définissons aujourd’hui souvent sous le terme d’écologie (climat, pollution par exemple), mais également de notre organisation sociale et culturelle, de nos habitudes alimentaires, de notre accès facilité aux soins… Bref, de notre environnement.

Ainsi le livre relate-t-il l’exemple d’une enquête menée sur l’Île de la Réunion pour comprendre pourquoi les populations respectent finalement assez peu les consignes sanitaires visant à limiter la pullulation des moustiques responsables de la transmission du chikungunya. Il en ressort qu’une partie des personnes interrogées considère qu’être piqué par un moustique infecté relève de la malchance, voire que le moustique faisant partie intégrante de l’environnement de l’île, il n’est finalement pas responsable de l’épidémie et même que certains habitants seraient immunisés. Avec de telles croyances, il est très difficile d’appliquer les mesures sanitaires nécessaires et d’améliorer la santé des habitants qui vivent dans cet environnement social et culturel spécifique.

Alors que les maladies infectieuses régressent, les maladies chroniques progressent et mettent en péril la croissance de l’espérance de vie

Les maladies infectieuses profitent largement de notre mode de vie actuel. Elles voyagent, se multiplient d’autant mieux depuis que l’on développe l’élevage intensif et le regroupement des populations dans les villes… Bref, les maladies infectieuses se portent plutôt bien et sont d’ailleurs responsables de 17 millions de morts par an selon l’OMS, même si heureusement les progrès de la médecine sont parvenus à enrayer quelques-unes de ces maladies infectieuses, voire à les éradiquer comme c’est le cas pour la variole.

Cependant l’OMS rapporte également qu’en 2013, les maladies chroniques (maladies cardio-vasculaires, diabète, cancers…) étaient de leur côté responsables de 63% des décès annuels dans le monde, donc bien plus virulentes finalement que la tuberculose, le paludisme, le SIDA, la grippe ou la rougeole réunis. L’OMS prévoit que d’ici à 2030, les décès liés aux maladies chroniques passeront de 30 à 60 millions de morts par an.

Explosion démographique… Sommes-nous notre propre ennemi ?

L’augmentation du nombre de décès est évidemment corrélée à l’expansion démographique que nous connaissons en ce moment. Nous étions 2 milliards en 1950, nous serons 9 milliards en 2025… Autant d’hommes qui s’installent désormais majoritairement en ville, dans un contexte où les infections se propagent plus rapidement, où la pollution augmente, et où les populations sont de moins en moins actives et se nourrissent de plus en plus d’aliments industriels sucrés et gras. Ce cocktail fait entre autres la part belle à l’obésité et au cortège de maladies chroniques qui l’accompagne.

Saviez-vous que…

  • Le premier cas d’infection humaine par le VIH date de 1959 alors que l’humain cohabite avec l’agent responsable de la tuberculose depuis 70 000 ans ?
  • « Les moustiques Anopheles coluzzi nourris avec du nectar de laurier jaune ont montré une baisse de 30% de leur capacité de transmission du paludisme alors que ceux nourris avec du raisin sauvage, gorgé de sucre, voyaient leur potentiel de transmission augmenter de 30 à 40% »
  • Le premier signalement du moustique tigre, vecteur de transmission du chikungunya, de la dengue ou de Zika date des années 2000 au Cameroun.
  • Les tiques « sont présentes dans la majorité des habitats terrestres, allant des étendues semi-arides aux zones polaires ».
  • « En plus des grippes dites saisonnières, il arrive que des grippes dites pandémiques émergent, dues pour leur part à des virus complètement nouveaux, non prévisibles. »
  • Les enfants déjà infectés par certains vers intestinaux présentent moins de complications cérébrales s’ils sont touchés par le paludisme.
  • Certains parasites s’adaptent en nous manipulant : la toxoplasmose, qui ne peut se reproduire que chez un hôte définitif félidé, modifie la perception olfactive des rongeurs infectés. Ces hôtes intermédiaires sont en effet attirés par l’urine de leurs prédateurs félidés qui seront contaminés en ingérant les rongeurs.
  • Les bactériophages sont des virus qui peuvent infecter des bactéries et l’on envisage d’en utiliser certains pour lutter contre des bactéries pathogènes à la place ou en plus des antibiotiques.
  • On parle beaucoup du lien entre les activités humaines et l’antibiorésistance mais de nombreux gênes d’antibiorésistance existaient avant le développement de la pénicilline et ont été relevés dans des échantillons de permafrost datant de 30 000 ans.
  • En 2007 et 2008, le nombre d’habitants vivant dans les villes a dépassé celui de ceux vivant dans les zones rurales.
  • Les Indiens Pima vivent aujourd’hui pour une partie dans le nord du Mexique, pour l’autre dans le sud de l’Arizona. Ils ont le même patrimoine génétique. Les premiers marchent beaucoup avec une alimentation basée sur les haricots et la farine de maïs. Les autres ont adopté le modèle alimentaire américain (supermarché et restauration rapide). Chez les premiers le taux de diabète est de 5,6% pour les hommes et 8,4% pour les femmes. Chez les seconds, ce taux passe à 34% pour les hommes et 40% pour les femmes.

Autant de choses que vous pourrez découvrir, redécouvrir et comprendre dans Ecologie de la santé !

Ecologie de la santé. Pour une nouvelle lecture de nos maux
Ouvrage collectif
Editions du Cherche-midi
Sortie le 2 février 2017
24,90€

Image : ©CNRS

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