Asthme, enfants et pollution : doit-on vivre loin des villes ?

asthme, enfants et pollution

En France, 4 millions de personnes souffrent d'asthme. Loin d'être une maladie bénigne, cette maladie entraîne 600 000 journées d'hospitalisation chaque année ainsi que 2 000 décès par an. Parmi ces chiffres avancés par l'INSERM, figurent également ceux d'une enquête publique de l'Institut de Veille Sanitaire (INVS), réalisée tous les deux ans en milieu scolaire, de la maternelle jusqu'en classe de troisième et qui fait état d'une prévalence de 10 à 16% chez les enfants selon les classes.

Les professionnels de santé lancent l'alerte sur le fait que la pollution représente une part importante des cas d'asthme, particulièrement chez les enfants. Une étude, menée dans 10 villes européennes et rapportée notamment par Le Parisien montre que 14% des cas d'asthme chez les enfants seraient liés à la pollution automobile.

Alors faut-il continuer d'élever ses enfants en ville? C'est la question que se sont posés les parents d'Adèle âgée de 18 mois. La famille vit à Paris et depuis quelques mois, Adèle tousse beaucoup. Le diagnostic ne s'est pas fait attendre, il s'agit d'asthme. Benoît, le papa d'Adèle, revient pour 66 Millions d'IMpatients sur ces derniers mois jusqu'à leur rendez-vous en juin dernier à l'hôpital Trousseau dans un service spécialisé.

Témoignage de Benoît M :

On s'est rendu compte que notre fille, Adèle, avait des problèmes respiratoires en septembre 2016. Elle avait alors 18 mois. Elle s'est mise à tousser durant la nuit et nous avons consulté rapidement. Nous avons rencontré des pédiatres et des radiologues qui nous ont tout de suite dit qu'il s'agissait d'asthme. Il y a eu plusieurs épisodes de difficultés respiratoires pour Adèle cet hiver, dans les périodes où il y avait des pics de pollution et alors qu'il faisait très froid. Dès lors elle a été mise sous Ventoline et sous Flixotide par phases. Elle a également été traitée avec des antibiotiques car on suspectait des problèmes de bronchiolite. Certaines nuits, elle toussait presque en continu. Elle tousse dans son sommeil, cela ne la réveille pas toujours. Il se trouve que je suis moi-même asthmatique, donc je sais qu'une toux peut annoncer une crise d'asthme et nos nuits, à sa mère et moi ont donc été souvent très courtes ces derniers mois. En outre, donner sa Ventoline à un enfant est plutôt compliqué. On a du mal à voir si elle inhale correctement et de toute façon elle a tendance à vouloir retirer son masque sans arrêt. Si on doit lui donner de la Ventoline durant la nuit alors qu'elle est fatiguée, c'est pire. Il y a eu quelques périodes calmes, comme 3 semaines entières au mois de juin où elle n'a pas toussé durant la nuit.

Adèle a donc été souvent fatiguée cet hiver. Certains matins, il était impossible de la lever pour aller à la crèche. D'autres jours, elle piquait du nez tout au long de la journée. Cela a également joué sur son appétit, par période elle a très peu mangé.

En mars, les médecins qui nous suivaient nous ont orientés vers l'hôpital pour faire des tests durant toute une journée. Nous avons pris rendez-vous dans le service spécialisé de l'hôpital Trousseau à Paris, mais il y avait 3 mois d'attente. Avant le rendez-vous, nous devions remplir un questionnaire médical assez long. Il s'agissait d'une dizaine de pages remplies de questions pas toujours très claires. Cela ne nous a pas paru très simple. Nous avons donc eu rendez-vous fin juin et la journée s'est très bien déroulée. Ils ont d'abord fait une radio des poumons, au cours de laquelle ils ont vérifié entre autres si Adèle ne régurgitait pas. Ensuite il y a eu des prises de sang pour rechercher certaines allergies et d'autres allergies ont été recherchées par le biais de tests cutanés effectués sur son dos. Une nette allergie au chat a alors été mise à jour. C'était une longue journée qui a duré de 7 hdu matin à 18 h mais les équipes étaient vraiment bien organisées et accueillantes. Une chambre était à notre disposition, partagée avec un autre enfant. Adèle n'a pas eu peur, elle ne s'est même pas rendue compte des piqûres pour les prises de sang. Cela a été entièrement pris en charge par l'Assurance Maladie.

En partant, nous avions une nouvelle cadence pour le traitement, toujours à base de Ventoline et Flixotide, à plus fortes doses.

Nous sommes aussi repartis forts de nombreuses recommandations. Nous avons demandé si cela valait le coup de nous éloigner un peu de Paris et de nous installer en banlieue pour diminuer l'asthme d'Adèle, mais les médecins nous ont dit que cela ne permettrait pas de la soulager et que pour ressentir une amélioration il faudrait aller vivre à la montagne ou au bord de la mer. Cependant les médecins nous ont rassurés en précisant que l'état de santé de notre fille ne nous obligeait pas à changer de vie. Les médecins nous ont aussi précisé qu'en respectant bien le traitement prescrit, il pourrait y avoir une amélioration vraiment significative qui permette à Adèle de passer un maximum de nuits sereines.

Cette journée à l'hôpital nous a beaucoup soulagés. C'est rassurant de pouvoir identifier d'où vient le problème, comme les chats par exemple. Cela m'a aussi permis de légitimer des impressions que j'avais pour moi-même sur mes crises d'asthme. Par exemple, on se moquait de moi lorsque je demandais chez des personnes chez qui j'étais invité d'éteindre les éventuelles bougies décoratives ou odorantes. J'avais remarqué que cela me faisait me sentir mal mais à vrai dire je n'avais jamais cherché à savoir si médicalement c'était vrai. Les médecins nous ont effectivement dit que ces bougies étaient irritantes et qu'Adèle ne devait pas y être exposée. C'est évidemment également valable pour la fumée de cigarette, même si on fume loin d'elle et à la fenêtre. Les cigarettes électroniques également sont irritantes et peuvent déclencher des crises.

La pollution doit-elle déterminer nos choix de lieux de vie, tout particulièrement lorsque l’on a des enfants asthmatiques ? Faisons le point avec le docteur Madiha Ellaffi, pneumologue et allergologue.

Pourquoi la pollution en ville est-elle si délétère pour les enfants asthmatiques?

C'est principalement à cause des particules fines, et surtout celles qui proviennent du diesel. En effet, elles sont très petites et pénètrent donc loin au niveau du poumon. C'est la raison pour laquelle elles sont particulièrement dangereuses. En outre, ces particules augmentent le pouvoir allergisant des grains de pollens (NDRL : Lire cet article d'Allo Docteurs qui en explique les raisons). Cela explique en partie pourquoi 30% de la population française souffre d'allergies et pourquoi la prévalence de l'allergie augmente. La pollution est donc devenue un des co-facteurs de l'augmentation de la prévalence de l'asthme, et des maladies allergiques en général ainsi que de leur sévérité.

Les deux principales causes de la montée des allergies, et donc de l'asthme, puisque chez les enfants, l'asthme est déclenché par des allergies dans 80% des cas, c'est la pollution atmosphérique extérieure avec justement les particules fines, mais également la pollution intérieure. Or bien entendu, en ce qui concerne la pollution intérieure, le fait que l'on vive en ville ou à la campagne n'a pas d'incidence.

Contrôler la pollution intérieure chez soi est donc essentiel lorsque l'on a un enfant asthmatique? Le tabagisme passif en fait partie?

Oui et c'est l'un des principaux facteurs aggravants de l'asthme. Les études aux Etats-Unis montrent que 11% des enfants sont exposés au tabagisme passif. En France on a du mal à savoir quels sont les chiffres exacts, d'autant que pour beaucoup de gens, ne pas fumer dans la même pièce qu'un enfant est suffisant pour dire qu'il n'est pas exposé au tabagisme passif. Or il faut bien comprendre que fumer dans une pièce, même avec la fenêtre ouverte ou sous la hotte de la cuisine, ne permet pas d'éliminer la totalité de la fumée, qui se propage dans le reste de la maison et peut donc être inhalée par les enfants. Il en va de même pour les soirées entre amis où l'on s'autorise à fumer alors que les enfants ne sont pas là. Aérer ne suffira pas à faire partir toute la fumée. Lorsque l'on a des enfants sensibles, asthmatiques tout particulièrement, il est vraiment important de ne fumer qu'à l'extérieur.

 Il faut également faire attention lorsque l'on fait des travaux ou que l'on achète du mobilier neuf. En effet, les meubles neufs pour enfants doivent être achetés en avance, sortis de leur emballage et aérés pendant plusieurs semaines avant usage, car ils dégagent beaucoup de composés organiques volatiles (COV), présents dans les colles, les peintures, les vernis qui servent à leur fabrication (voir notre article sur le formaldéhyde,  l'un des composés organiques volatiles les plus connus). Ces informations méritent d'être délivrées aux futures mamans durant leur grossesse. De la même façon, il vaut mieux faire des travaux de peinture, de réfection du sol, et tous les éventuels travaux de rénovation de la chambre du futur bébé plusieurs mois à l'avance, car les matériaux de construction, peintures et colles rejettent des COV qui sont susceptibles d'être inhalés par l'enfant et d'irriter ses poumons.

Il est également important de faire attention à l'humidité et aux moisissures. Il faut aérer au maximum les habitats humides et nettoyer les moisissures.

Les enfants des champs sont-ils plus à l'abri de l'asthme que les enfants des villes ?

La prévalence augmente en ce qui concerne les allergies et c'est finalement lié au fait que nos expositions aux polluants de toutes sortes augmentent, qu'il s'agisse de pollution atmosphérique, de composés organiques volatiles, mais aussi de pesticides, de perturbateurs endocriniens, etc… Et vivre à la campagne ne permet même plus de mettre les enfants à l'abri ! En effet, dans la région du sud-ouest où je vis, on voit qu'il y a un rapport fort entre la prévalence des allergies et les zones agricoles ou vinicoles dans le Bordelais. Je rencontre régulièrement des mamans dépitées qui ont quitté une grande ville pour s'installer à la campagne afin de préserver la santé de leurs enfants, et qui déplorent que ces derniers aient toujours autant de problèmes d'asthme ou de rhinite allergique.

Bien entendu, les facteurs d'allergies en ville et à la campagne ne sont pas les mêmes. Les seuls endroits préservés où l'on pourrait envisager de vivre en cas d'asthme sévère serait à la montagne en altitude, où il y a moins d'acariens et souvent moins de circulation, ou encore au bord de la mer en prenant soin de rester loin des régions vinicoles.

Vous parlez d'acariens, c'est un facteur d'asthme à surveiller ?

Je dirais d'autant plus si un enfant tousse davantage la nuit que la journée. Cela veut en effet probablement dire deux choses : soit qu'il respire mal la nuit, soit qu'il est allergique aux acariens, et souvent les deux vont de pair. Il peut y avoir une allergie aux acariens, même si les tests sont négatifs. En effet, les tests d'allergie positifs confirment évidemment un diagnostic mais les tests négatifs n'éliminent pas le diagnostic si les symptômes évocateurs persistent.

Si un enfant tousse la nuit, il faut donc nettoyer la literie avec une attention particulière, en passant souvent l'aspirateur sur le matelas et en lavant très régulièrement les draps et doudous à 60° (ou les mettre au congélateur car le froid tue les acariens, puis procéder à un lavage à 30°) pour atténuer le risque lié aux acariens. Il est également important de vérifier si on ne peut pas améliorer le sommeil de l’enfant en faisant par exemple attention à ce que son nez ne soit pas bouché pour qu'il respire facilement.

Si on reste vivre en ville avec un enfant asthmatique, les traitements sont-ils aujourd’hui suffisamment efficaces pour lui permettre de mener une vie sans complication ?

Les traitements actuels obtiennent de très bons résultats sur les asthmes classiques, à condition qu'il n'y ait pas de problèmes de sommeil sous-jacents, comme une apnée du sommeil notamment. Parfois on est obligés de prescrire beaucoup de médicaments dans les périodes de crises d’asthme, alors qu'on n’a pas encore vraiment identifié l'allergène. Cela peut faire peur, mais le but est bien entendu de trouver le ou les allergène(s), de désensibiliser l'enfant et de réduire les traitements.

Il y a cependant des cas d'asthme sévère qui concernent 5% des enfants asthmatiques. Ils sont souvent hospitalisés, ne peuvent pas faire autant de sport que leurs camarades, peuvent avoir du mal à suivre les cours à l'école, du fait des hospitalisations ou de la fatigue. C'est réellement une maladie chronique qui peut être grave et handicapante. Pour ces cas sévères, faut-il conseiller aux familles de ne pas vivre en ville ? C'est mieux sans aucun doute de partir à la montagne, mais lorsqu'on est confronté à des familles qui n'ont pas les moyens de déménager et de changer de vie, en tant que médecins, c'est très compliqué d'avoir un discours aussi culpabilisant.

vos commentaires

  • FUMEUR PASSIF: Bon à savoir!
    C’est bien regrettable, Monsieur, que vous n’ayez pas été informé (ou fait vous memes des recherches à ce sujet, au point où vous en etes de votre ample documentation), de ce que cela veut dire être « FUMEUR PASSIF ». Je vous conseille vivement de bien regarder sa définition avant de déménager en altitude!
    Cela évitera à Adèle de l’être, et elle l’est, en occurrence.
    Le fait de fumer « loin d’elle ou a la fenêtre », comme vous dites, ne l’exonère absolument pas de « fumer » ce que vous avez dans les poumons une heure après chaque cigarette!!! (particules fines, goudron, dioxyde d’azote, ammoniac, et beaucoup d’autres…).

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  •  C'est vraiment un article très instructif. Vous avez raison en ce qui concerne le fait de vivre dans la ville. Les risques d'asthme s'en retrouvent augmentés. Néanmoins, je pense qu'avec un bon traitement cela devrait s'arranger, mais aussi un effort des habitants en ce qui concerne la pollution.

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