Campagne présidentielle 2017 : quelle place pour la santé ?

81% des Français (1) estiment que la santé n'occupe pas, à ce stade, une place assez importante dans le cadre de la présidentielle 2017. C’est le résultat d’un sondage réalisé par IPSOS pour le Think Tank, « Imaginons la santé » (LIR).
Pour 69 % des sondés, il est nécessaire de réformer le système de santé dès le prochain mandat présidentiel, et pour 45 %, il s'agit même d'une urgence. Preuve que les Français sont prêts à faire bouger les lignes. Et les politiques ? Petit tour d’horizon des sujets incontournables que les candidats, déclarés ou à venir, feraient mieux de mettre dans leur programme
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Alléger la facture santé

Les Français vivent au quotidien les inégalités engendrées par un système de santé à bout de souffle. Et les sujets sont nombreux et la liste des doléances des Français l’est tout autant. Au cœur des préoccupations des Français, l’accès aux soins, comme l’illustre le cinquième volet de l’étude « Objectif 2017 : ce que veulent les Français » (2), réalisée en mars dernier. Toutes les hypothèses proposées aux sondés (« plafonner les tarifs », « sanctionner les médecins qui pratiquent des dépassements d’honoraires », …) concourent à un même objectif : faire baisser la facture santé. Force est de constater que les taux de remboursement de la Sécurité sociale baissent, entraînant une hausse mécanique du prix des soins, comme l’a bien noté Bruno Lemaire, candidat à la primaire de droite. Interrogé par le LIR sur sa vision du système de santé, ce dernier a pour priorité de « garantir aux Français le remboursement des soins de base et en particulier sur l’optique et le dentaire, secteurs sur lesquels les pouvoirs publics ont reculé ces dernières années.» Comment alors garantir une meilleure prise en charge des frais de santé ? Pour l’heure, Bruno Lemaire n’a pas détaillé son plan d’attaque.

Pas de quoi rassurer les Français qui craignent de nouveaux déremboursements et une augmentation du reste à charge. Ces derniers sont de plus en plus nombreux à plébisciter les réseaux de soins qui permettent d’accéder à des services de santé de qualité à des prix négociés. "Nous conventionnons des professionnels de santé avant tout sur la base de critères qualitatifs mais également tarifaires : ces derniers acceptent notamment le principe du tiers payant. Et comme nous sommes un réseau ouvert, tous les professionnels de santé qui partagent notre philosophie des métiers de la santé, sont libres de nous rejoindre", explique Jean-François Tripodi, à la tête de Carte Blanche Partenaires qui a lancé Prysme, une offre permettant d’acquérir, sans reste à charge, des lunettes de qualité et origine France garantie, chez des opticiens partenaires. Jean-François a récemment exprimé ses inquiétudes sur l’accès aux soins et sur la qualité de la prise en charge des patients, lors d’une table ronde organisée par le LIR- Imaginons la santé.  

La qualité des soins : une priorité

En effet, la question de l’amélioration de la prise en charge des patients est l’un des axes à développer par les candidats à la présidentielle de 2017. Force est de constater les dysfonctionnements liés au manque de coordination entre les différents acteurs du parcours de soins. Et les effets sont souvent désastreux pour le patient : multiplication des coûts induits, perte d’efficience des soins, comme le déplore, Jean-François Tripodi. Aussi, l’appel est lancé afin de mieux accompagner les patients, quitte à lever certains tabous comme l’évaluation des établissements de santé. « Aujourd’hui, on ne veut pas reconnaître que tel établissement de proximité n’est pas aussi bon que celui qui est à 100 kilomètres de là, et qu’il parfois nécessaire de faire ces 100 kilomètres pour traiter au mieux certaines pathologies », affirme le directeur général de Carte Blanche Partenaires.

De plus, une meilleure coordination des soins implique une nouvelle organisation de notre système de santé et un partage de compétences entre professionnels "qui fonctionne très bien lorsqu’il est organisé", souligne Pascal Gendry, médecin généraliste de la Fédération française des maisons et pôles de santé (FFMPS). "En Mayenne, la moitié des professionnels de santé sont en exercice regroupé. Cela change la donne : travailler en équipe impose une structuration, des protocoles, une démarche qualité. Tout un travail de coordination pour lequel le paiement à l’acte n’est pas adapté", ajoute ce dernier qui invite à revoir les modes de rémunération.

Pascal Chauvet, infirmier libéral et vice-président de la Fédération française des maisons et pôles de santé (FFMPS) préconise de confier de nouvelles responsabilités aux professionnels de santé. Selon lui, l’élargissement des compétences infirmières (et la mise en place de pratiques avancées) est l'une des pistes envisagées à court terme. Ces pistes n’ont été que trop peu explorées dans la Loi Santé de Marisol Touraine. Pourtant les Français sont prêts ! Ils se montrent favorables à la délégation de certains actes médicaux (3) vers les infirmiers (77%) mais également les opticiens (63%) ou les pharmaciens (55%). Dernièrement, les sages-femmes ont vu leur faisceau de compétences s’élargir : elles pourront, dans le cadre d’un protocole encadré, pratiquer des IVG par voie médicamenteuse (4). Un petit pas avant 2017 ?

L’essor de la e-santé

Avec l’essor des nouvelles technologies et les progrès liés à la santé connectée, certains voient bien plus loin. « Il existe des déserts médicaux où il est difficile d'avoir accès au docteur. Il faut qu'on arrête d'être bloqué sur cette histoire. Il faut plutôt encadrer la consultation virtuelle plutôt que de l'interdire », justifie Michel Cymès (5), le médecin préféré des Français. « Je pense qu'effectivement on va, un jour ou l'autre, finir par accepter l'idée qu'il puisse y avoir non pas des consultations mais des conseils faits par des médecins via internet ou le téléphone », ajoute ce dernier.

Pourtant les débats semblent aujourd’hui se limiter au Dossier Médical Partagé (DMP), ce qui est certes un progrès, mais une goutte d’eau, au vu du raz-de-marée du numérique dans le secteur de la santé. 26% des Français (6) ont déjà pris un rendez-vous médical en ligne et les objets de santé connectée se multiplient. Si la e-santé est une opportunité, elle doit cependant être encadrée car les enjeux liés à la sécurisation des données des patients sont cruciaux.

En creux, c’est la question de la confiance entre les différents acteurs du système de santé qui se pose. « Ma première conviction est claire : rien ne sera possible si nous ne rétablissons pas un climat de confiance entre les acteurs du système de soins et les pouvoirs publics. Elle fait aujourd’hui terriblement défaut », affirme Alain Juppé, interrogé sur son programme en matière de santé publique. Et si c’était là, la clef afin de redonner un nouvel élan à notre système de santé ?

(1) http://www.lequotidiendumedecin.fr/actualites/article/2016/06/08/presidentielle-81-des-francais-estiment-que-la-sante-noccupe-pas-une-place-suffisante_814441
(2) https://www.francebleu.fr/infos/sante-sciences/sante-9-francais-sur-10-favorables-un-plafonnement-des-tarifs-chez-le-dentiste-1463394792
(3) http://www.acuite.fr/actualite/sante/93670/reforme-du-systeme-de-sante-les-francais-favorables-la-delegation-vers-des
(4) http://sixactualites.fr/actualites/sages-femmes-deux-nouvelles-competences-promulguees-decret-echoient/28597/
(5) http://www.letelegramme.fr/bretagne/michel-cymes-majordome-de-la-sante-03-06-2016-11092436.php
(6) http://www.larep.fr/france-monde/actualites/societe/sante-beaute/2016/06/14/26-des-francais-ont-pris-un-rendez-vous-medical-en-ligne_11958811.html

 

Suzanne LAMBERT,
Retraitée de la fonction publique après près de 35 années passées en fonction publique territoriale dans divers postes liés aux questions de santé, jusqu'à être chargée de mission auprès de l'ARS d'Ile-de-France.

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