Cannabis thérapeutique : les pouvoirs publics invités à se positionner

cannabis thérapeutique

L’usage du cannabis thérapeutique est autorisé dans de nombreux pays à travers le monde. Il ne l’est pas en France. Les patients concernés réclament sa légalisation, les Français dans leur grande majorité y sont favorables. Régulièrement sollicitée sur le sujet ces dernières semaines, la ministre de la santé, Agnès Buzyn, assure que ses services étudient la question. 

« Plus vite madame la ministre ! » Ils sont élus, médecins, écrivains… Le 8 juillet dernier un collectif composé d’une vingtaine de personnalités a publié dans les colonnes du Parisien – Aujourd’hui en France une tribune appelant les pouvoirs publics à légaliser sans délai l’usage du cannabis thérapeutique.

« Produire du cannabis pour un usage thérapeutique en France n’est plus une option mais une nécessité. Comment ne pas déplorer le statu quo national sur cette question de santé publique ? Pourquoi maintenir le sceau de l’interdit et l’arsenal législatif et réglementaire qui l’accompagne à l’égard de plus de 300 000 patients français qui pourraient apaiser leur souffrance autrement ? Combien de temps la France va-t-elle persister à cultiver son retard ? »

Une trentaine d’Etats ont déjà légalisé

Et le collectif de rappeler qu’au total 33 pays ont légalisé partiellement ou totalement le recours au cannabis à des fins thérapeutiques. Israël, Portugal, Italie, Roumanie, Espagne, Pologne, Royaume-Uni, Etats-Unis et très prochainement le Canada… Autant de pays qui « ont entendu les souffrances de millions de malades qui sont désormais apaisés sereinement, en toute légalité ».

En France, rappelle la Direction générale de la Santé (DGS) sollicitée par 66 Millions d’IMpatients, les seuls produits contenant des molécules de tétrahydroocannabinol (THC) et du cannabidiol (CBD) pouvant revendiquer des allégations thérapeutiques sont les médicaments autorisés par l’Agence nationale de sécurité du médicament ou la Commission européenne sur la base d’un dossier évalué selon des critères scientifiques de qualité, sécurité et efficacité.

Evolution réglementaire sous condition

Le non-respect de cette réglementation est passible de sanctions pénales. Seul le Sativex, un spray destiné à soulager des malades atteints de sclérose en plaques a obtenu une autorisation de mise sur le marché en janvier 2014. Il n'est toujours pas commercialisé, en raison d'un désaccord sur son prix de vente. Une réflexion sur la légalisation de l'usage du cannabis thérapeutique en France est-elle en cours ou bien pourrait-elle avoir lieu pendant le quinquennat du président ?

« Une évolution du cadre réglementaire pour intégrer l’usage thérapeutique du cannabis apparaît prématurée à ce stade, répond la DGS. En effet, les pouvoirs publics jugent indispensable de disposer d’un bilan des connaissances disponibles sur  les effets thérapeutiques et les risques liés à l’usage direct de cette plante qui vient d’être demandé à l’ANSM. Une réflexion sera engagée sur la base de ce bilan et les aménagements nécessaires pourront être, le cas échéant, apportés à la réglementation ».

La galère des patients consommateurs

En attendant que les pouvoirs publics se décident à avancer sur le sujet, les personnes malades se débrouillent comme elles peuvent. Fabienne Lopez est présidente de l’association « Principes actifs », qui milite pour la légalisation de la consommation thérapeutique de cannabis. Sollicitée par 66 Millions, elle explique (l’intégralité de cette interview peut être consultée ici) :

« Les personnes malades se fournissent sur le marché noir un peu n’importe où sans trop savoir sur quel type de produits ils vont tomber. D’autres se rapprochent de réseaux dont elles ont connaissance ou bien font le choix de l’auto-production ». Avec les risques qui vont avec… « Certains magistrats font preuve de compassion et d’empathie alors que d’autres sont d’une extrême sévérité ».

De nombreux troubles potentiellement concernés

Stéphane est atteint de sclérose en plaques. Il fait partie de ces patients utilisateurs réguliers de cannabis. Le 28 mai dernier, il témoignait de son quotidien au micro du Téléphone sonne sur France Inter : « Ma spasticité (raideurs musculaires persistantes, ndlr) est vraiment bien atténuée par le cannabis mais comme je ne peux avoir accès au Sativex, je n’ai d’autre choix que de me procurer le produit de façon illégale. Une nuit sans cannabis est pour moi une nuit très compliquée d’un point de vue musculaire ».  

L’efficacité du cannabis dans le traitement de nombreux troubles et symptômes n’est plus à prouver. Les signataires de la tribune citent en vrac la gestion de la douleur chronique, les troubles physiques provoqués par les chimiothérapies et les spasmes musculaires liés à la sclérose en plaques. On pourrait rajouter à cette liste le traitement de formes d’épilepsie résistantes aux médicaments, la myopathie ou encore la fibromyalgie.

FAUT-IL CÉDER AUX SIRÈNES DU CBD À VAPOTER ?
On en trouve facilement dans les boutiques de cigarettes électroniques ou encore sur le web. De plus en plus de fabricants proposent des liquides à vapoter contenant du cannabidiol (CBD). Interrogée dans les colonnes du quotidien Le Parisien, Nathalie Richard, directrice adjointe à l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) rappelle que « ce composant du cannabis n'est légal chez nous que sous forme de médicament. Par exemple, le Sativex, qui en contient, a reçu une autorisation de mise sur le marché en 2014. Associé avec du THC, la substance psychoactive du cannabis, ce produit s'est montré efficace pour lutter contre les spasmes musculaires dans la sclérose en plaques. Des études européennes sont actuellement en cours sur l'épilepsie grave. La cigarette électronique, elle, n'est pas considérée comme un médicament, par conséquent la commercialisation et l'achat de ces e-liquides au CBD sont totalement interdits ». Sauf que dans les faits, le Sativex n’est pas accessible, on l’a dit, aux personnes malades qui en ont besoin. Il est donc assez mal venu de la part des pouvoirs publics de faire la leçon à ceux qui souhaiteraient expérimenter le vapotage de CBD.

Une grande majorité de Français s’estime favorable

Début juillet, la ministre de la Santé Agnès Buzyn indiquait sur RMC qu'elle n'excluait pas d'autoriser les personnes malades à se procurer du cannabis sous sa forme naturelle à des fins thérapeutique si son usage apporte effectivement « un plus » par rapport aux médicaments à base de cannabis. « Je l'ai dit au parlement, j'attends des notes de mes services pour savoir quelle est la différence entre le cannabis en comprimés et le cannabis en cigarettes pour savoir si nous devons aller plus loin ».

Reste également à régler la question de l’accès aux médicaments à base de cannabis. La balle est donc dans le camp des pouvoirs publics. La pression est forte. Elle provient non seulement des personnes atteintes de pathologies dont les effets peuvent être traités par la Marie-Jeanne mais aussi par la majorité des Français. Une note publiée en juin par le think tank Terra Nova montre ainsi, sondage à l’appui, qu’ils sont plus de 80% à estimer qu’il convient de légaliser l’usage thérapeutique du cannabis. Qu’est-ce qu’on attend ?

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