Céline, parisienne, a reçu son don d’ovocytes en Espagne…

Don d'ovocytes en Espagne - témoignage

Alors qu’elle avait du mal à tomber enceinte, Céline s’est résolue à passer des examens et s’est rendu compte qu’elle avait besoin de forcer un peu la nature pour avoir un enfant avec son compagnon. Après la consultation de deux médecins différents et une tentative d’insémination artificielle, on lui conseille d’envisager le don d’ovocytes.

Malheureusement, en France, on manque de donneuses, ainsi que le rappelle l’Agence de la Biomédecine. En 2014, 501 femmes ont fait un don d’ovocytes, mais l’Agence précise qu’il faudrait 900 donneuses supplémentaires chaque année pour répondre aux attentes des couples qui en ont besoin. C’est pourquoi ces couples sont de plus en plus nombreux à franchir la frontière vers les cliniques de nos voisins, comme l’Espagne, où les donneuses sont beaucoup plus nombreuses.

C’est ce que Céline a fini par faire… Entre Paris et Valence, elle nous raconte un long parcours de 3 ans, à l’issue duquel elle a mis au monde une petite fille.

La prise en charge à Paris

Lorsque j’ai compris que j’aurais des difficultés à tomber enceinte naturellement, j’ai consulté au sein du Groupe Hospitalier Diaconesses. Au départ, les consultations et les examens que je devais passer n’ont pas posé de soucis financiers puisque tout était pris en charge à l’hôpital. Cependant les délais étaient très longs. Par la suite nous sommes passés en cabinet privé, et là les choses se sont compliquées car chaque consultation coûtait entre 80 et 120€, mais j’appréciais le confort des délais raccourcis. Enfin, quand on a su qu’il fallait qu’on envisage le don d’ovocytes, nous avons frappé à la porte de l’hôpital Tenon qui était proche de chez nous.

QU'EST-CE QUE LE DON D'OVOCYTES ?
Certaines femmes présentent un manque ou une anomalie de leurs ovocytes (ou ovules) qui les empêchent de tomber enceinte. Elles peuvent donc avoir recours aux dons d’ovocytes. Pour être donneuse, il faut avoir entre 18 et 37 ans et être en bonne santé. Les ovocytes de la donneuse sont prélevés sous anesthésie locale ou générale, après 10 à 12 jours de stimulation ovarienne, déclenchée la plupart du temps grâce à des injections hormonales quotidiennes. Le but de cette stimulation est d’aboutir à la maturation de plusieurs ovocytes qui pourront alors être fécondés par un spermatozoïde, pour devenir des embryons, ensuite transférés dans l’utérus.
En France le don d’ovocytes est anonyme, aussi bien pour le couple receveur que pour la donneuse.

Et si on passait par l’Espagne ?

L’idée de partir à l’étranger avait commencé à nous effleurer et sans le citer pour ne causer de tort à personne, c’est un des médecins que nous avons rencontrés durant ce long parcours qui nous a confié que le don d’ovocytes serait plus rapide en passant par l’étranger.

En France, on nous annonçait plusieurs années d’attente, bien que ce délai puisse être raccourci si une femme de notre entourage se proposait d’être donneuse… non pas pour nous mais anonymement pour un autre couple, en bref si nous facilitions le « recrutement » de nouvelles donneuses. Cela a été notre cas. Une de mes amies s’est proposée. Mais même avec son aide, la procédure espagnole s’est révélée plus rapide…

LE DON RELATIONNEL CROISÉ : si une femme de l’entourage d’un couple en attente d’un don d’ovocytes propose d’être donneuse, alors ce couple peut voir son attente réduite. Ils ne recevront pas eux-mêmes les ovocytes de la femme qu’ils connaissent bien sûr, mais cela leur permet d’être prioritaires sur les listes d’attente.

Nous nous sommes donc assez vite renseignés sur le don d’ovocytes en Espagne. Il se trouve qu’une amie de mon frère était également passée par l’Espagne pour un don d’ovocytes et elle m’a beaucoup aidée à y voir plus clair. Elle m’a orientée vers l’association Maia, qui m’a soutenue dans ma démarche. Les femmes de l’association m’ont notamment expliqué comment monter mon dossier. Ce dossier était à transmettre à la clinique espagnole, afin qu’elle prépare ma venue, mais aussi à l’Assurance Maladie en France qui rembourse une partie des frais espagnols.

Je suis passée par la même clinique que l’amie de mon frère, à Valence, qui en avait été très contente. Je n’ai même pas cherché ailleurs et l’association Maia m’avait confirmé que c’était un bon établissement. La clinique nous a annoncé 3 à 6 mois d’attente mais dans la mesure où nous ne savions pas trop où nous mettions les pieds en partant à l’étranger, nous sommes restés également inscrits à Tenon.

POURQUOI LE DON D'OVOCYTES EST PLUS RAPIDE EN ESPAGNE ?
L’une des raisons qui expliquent qu’il y a plus de donneuses en Espagne est qu’elles reçoivent un dédommagement d’environ 1 000€, alors qu’en France c’est totalement gratuit. Il est vrai que le don d’ovocytes impose un protocole médical un peu pénible pour la donneuse puisqu’elle doit subir une stimulation ovarienne avec des injections d’hormones quotidiennes durant un peu plus de 10 jours avant un prélèvement sous anesthésie locale ou générale. Certains médecins français pensent qu’une rémunération en France pourrait accroitre le nombre de donneuses mais d’autres défendent la loi actuelle qui interdit toute rémunération en contrepartie de dons de gamètes. Votre avis nous intéresse… Dites-nous ce que vous en pensez dans les commentaires en bas de cet article !

Comment se passe le don d’ovocytes côté donneuse (vidéo réalisée par l'Agence de la Biomédecine) :

Départ imminent pour l’Espagne

Le médecin de la clinique espagnole était en fait une femme française. Cela m’a rassurée d’avoir une interlocutrice qui parle ma langue, car il est quand même question de sujets très techniques sur le plan médical. Dès la prise de contact avec la clinique espagnole, j’ai également été orientée vers un médecin parisien. Les deux travaillaient donc en binôme sur mon cas. Le médecin parisien m’a suivie avant mon départ pour Valence car il y a à nouveau un traitement à prendre. Il travaillait en cabinet libéral mais le traitement était remboursé par l’Assurance Maladie. Heureusement d’ailleurs car les médicaments sont extrêmement chers.

Il y a d’abord eu un premier voyage à Valence fin septembre. C’est monsieur qui a travaillé durant ce premier séjour durant lequel l’équipe de la clinique a recueilli son sperme. Le 31 décembre suivant on nous a annoncé qu’il y avait une donneuse qui correspondait à mon profil, car bien entendu, ils font en sorte que les principaux critères physiques de la donneuse soient proches de ceux de la receveuse.

Nous avons donc planifié le transfert d’embryons pour le 17 février suivant.

Je dois dire que j’ai été très agréablement surprise par la prise en charge sur place. Humainement, je n’ai jamais rencontré en France de professionnels de santé aussi empathiques que ceux que j’ai rencontrés en Espagne. J’ai eu le sentiment qu’ils étaient dans une autre démarche que chez nous. Sur le plan matériel, comparativement à ce que j’ai vécu à Diaconesses ou Tenon, j’avais l’impression d’être dans un hôtel 5 étoiles. Quand on arrive à la clinique, on nous prend nos valises, tout est très beau, très propre. Cela ressemble presque à un voyage organisé. Mais évidemment le prix était en adéquation.

Il n’est pas nécessaire de dormir à la clinique. Il y a d’abord eu une consultation à notre arrivée et le lendemain, le transfert d’embryons a eu lieu et a duré 2 ou 3 heures. Si on l’avait voulu, on aurait pu faire l’aller et le retour dans la même journée, bien que le médecin préconise de rester sur place une nuit après le transfert.

La clinique propose d’ailleurs une liste d’hôtels à proximité pour tous les budgets. Nous avions plutôt fait le choix de louer un appartement sur un site de location entre particuliers. Nous venions évidemment pour le transfert avant tout, mais je crois qu’on avait aussi besoin de décompresser, de penser un peu à autre chose pour ne pas nous mettre trop la pression et nous en avons profité pour faire un peu de tourisme.

La chance a été de notre côté… Ce 17 février, ils m’ont implanté 2 embryons, et l’un d’eux a tenu le coup pour que je donne naissance 9 mois après à notre fille !

En tout, cela nous a coûté environ 6 000€ et l’Assurance Maladie nous a remboursé pas loin de 2 000€ sur présentation des factures. Une partie de nos billets d’avion a même été prise en charge. En revanche, il a fallu bien entendu faire l’avance totale des frais. Du côté de ma complémentaire santé, j’ai obtenu quelques remboursements, mais uniquement sur des frais qui ont eu lieu en France.

Des conseils ?

Le don d’ovocytes en Espagne, dans les conditions que j’ai vécues, est une démarche que je renouvellerai et que je recommanderai sans hésiter. Mais j’ai une petite réserve concernant la prise en charge psychologique. En France, il y a un suivi psychologique obligatoire pour bénéficier du don d’ovocytes. Nous avions d’ailleurs rencontré un psychologue à Tenon, avec qui nous avions abordé notamment le fait de savoir si nous dirions ou non à notre enfant, le moment venu, comment il avait été conçu. Puis les choses se sont finalement déroulées en Espagne où un accompagnement psychologique est proposé sans être obligatoire. Je n’en ai pas ressenti le besoin sur le coup. J’étais sûre de moi, motivée. Mais je pense qu’en fait cela aurait été vraiment bénéfique que quelqu’un nous écoute davantage. Avant de partir en Espagne, j’étais sûre de tout vouloir dire à mon enfant sur l’aventure de sa naissance. L’ensemble de notre entourage étant au courant, je n’y voyais pas de tabou et je ne voulais pas prendre le risque qu’il l’apprenne un jour par un tiers. Mais aujourd’hui je n’en suis plus si sûre. Je trouve cela plus compliqué maintenant que notre fille est là. J’ai encore un peu de temps pour me poser la question car elle n’a que 18 mois, mais finalement ce don d’ovocytes qui était tout simplement pour moi un moyen médical de devenir maman se révèle certains jours un peu perturbant…

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