Comment assurer astucieusement ses dépenses de santé ?

Comment assurer astucieusement ses dépenses de santé ?

Le changement des règles imposées aux organismes complémentaires a vu se développer l’offre de surcomplémentaires. Faut-il y souscrire ou au contraire prendre ses jambes à son cou ? Que penser par ailleurs dans ce nouveau contexte de l’auto-assurance ? Les conseils de 66 Millions selon que l’usager est assuré en individuel ou en collectif.

C’est une donnée qui a de quoi défriser. En moyenne, pour 100 € de cotisations, l’assuré ne perçoit que 80 € de remboursements, peut-on lire dans un rapport sur la situation financière de ces organismes assurant une couverture santé et portant sur l’année 2015, publié par la Direction de la recherche des études de l’évaluation et des statistiques (Drees) en mars dernier. En cause, les charges auxquelles les complémentaires, comme n’importe quel autre acteur économique, sont soumises.

Ces charges sont de différentes natures. On distingue les frais d’acquisition de contrats (publicité, réseau commercial, frais d’ouverture de dossiers), les frais de gestion des contrats (encaissement des primes, administration du portefeuille) et les frais de gestion des sinistres (traitement des feuilles de soins et des contentieux). Ce « retour sur cotisations », c’est ainsi qu’on appelle cet indicateur, est très variable selon le type de contrat souscrit. C’est ainsi que les institutions de prévoyance, qui commercialisent en grande majorité des contrats collectifs auprès des entreprises, affichent par exemple le taux de dépenses publicitaires le plus bas.

Un « retour sur cotisations » variable selon le contrat

« Les frais d’acquisition sont systématiquement moindres en collectif qu’en individuel, explique la Drees : faire de la publicité et vendre des contrats auprès des entreprises est moins coûteux qu’auprès du grand public (nombre d’interlocuteurs réduit) ». Autrement dit, il suffit de convaincre le DRH et les représentants du personnel et le tour est joué. Moins coûteux, on s’en doute, qu’une campagne national de pub à la télé ou à la radio. A contrario, les sociétés d’assurance privée, plus présentes sur le marché de l’individuel, sont obligées d’investir en publicité des efforts financiers afin de recruter des clients particuliers.

Les mutuelles, quant à elles, captent leurs adhérents sans trop forcer leur talent, sur des marchés souvent historiquement acquis. Exemple avec la MGEN chez les enseignants, la MNT chez les fonctionnaires des collectivités territoriales ou encore la MGC chez les cheminots. En 2015, le retour sur cotisations a été de 75 % pour les contrats commercialisés par les sociétés d’assurance privée, de 86 % pour ceux souscrits auprès des institutions de prévoyance et de 81 % lorsqu’il s’agit d’une garantie proposée par une mutuelle.

L’auto-assurance, une option à réfléchir ?

Pour les assurés qui bénéficient d’un contrat collectif, le choix d’y souscrire ne se pose pas : l’adhésion est presque toujours obligatoire. Pour les personnes assurées en individuel, ceux en particulier qui ne souhaitent pas participer au financement des campagnes de Chevallier et Laspalès ou autre Cerise, la question de l’auto-assurance prend en revanche tout son sens.

En pratique, il s’agit d’évaluer les dépenses courantes prévisibles en santé du foyer (sur les soins coûteux notamment : optique et dentaire) et de mettre de côté chaque mois les montants qui permettront de les couvrir. On s’affranchit de cette manière du paiement des charges auxquelles les organismes complémentaires sont soumis.

Attention toutefois de ne pas négliger l’imprévisibilité du risque d’hospitalisation qui peut, quand elle survient, laisser des sommes très élevées à la charge du patient s’il n’est pas couvert par un contrat de complémentaire. C’est pourquoi, il est plus prudent de coupler cette démarche d’auto-assurance avec l’adhésion à un contrat d’entrée de gamme (qui remboursera en plus le ticket modérateur sur la plupart des soins de ville) ou à une garantie spécifiquement dédiée à l’hospitalisation.

Un choix individuel dont la portée est aussi collective

Autre bémol, écrivions-nous dans ces colonnes en février 2016, en choisissant de s’auto-assurer, on s’extrait du mécanisme de mutualisation qui permet aux complémentaires de lisser les tarifs entre les personnes bien portantes qui ont peu recours aux soins et celles qui au contraire sont contraintes de consommer de façon importante leurs garanties.

Cette mutualisation permet par exemple de contenir les augmentations de cotisations qui seraient de nature à s’appliquer aux personnes les plus malades, notamment les plus âgés présentant souvent un risque accru de santé. Sachez également que les taxes qui s’appliquent aux complémentaires santé servent pour partie à financer le Fonds CMU qui finance l’accès aux soins des plus démunis. Aussi, pointions nous que « le choix de s’auto-assurer relève à la fois d’une réflexion économique individuelle mais comporte également une dimension sociale et collective ».

FAUT-IL SOUSCRIRE À UNE SURCOMPLÉMENTAIRE ?
« L’obligation de couverture collective en entreprise imposant une garantie socle et une contribution de l’employeur d’au moins 50 % de la cotisation, combinée au plafonnement de certains remboursements introduit par la réforme des contrats responsables laissait penser que l’offre de surcomplémentaire pourrait se développer », indique dans son étude la Mutualité française.
Une surcomplémentaire peut être souscrite en option au contrat collectif (lire notre enquête sur ce qu’ont modifié les récentes réformes) ou bien à titre individuel. « Elle peut répondre, explique la Mutualité, à des besoins de couverture allant plus loin que l’offre collective et peut aussi porter sur un champs spécifique ou couvrir au-delà des plafonds des contrats responsables ».

Une nouvelle offre qui fait pschiiit…

D’après l’enquête menée par la Mutualité auprès d’une trentaine de mutuelles, 65 % d’entre elles proposaient en 2016 un tel contrat et prévoyait de poursuivre le développement de ce type d’offre en 2017. Pour autant les salariés semblent pour le moment peu séduits. Et pour cause : ces contrats sont très souvent onéreux, a fortiori s’ils ne respectent pas les nouvelles règles encadrant les contrats responsables ou encore s’ils sont proposés à titre individuel.

Si le niveau de couverture proposé par l’employeur n’est pas suffisant, le salarié a tout intérêt à mettre chaque mois de l’argent de côté pour couvrir les dépenses qui pourraient survenir plutôt que de payer les yeux de la tête un contrat qu’il n’est même pas certain d’utiliser pleinement.

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