De la bonne utilisation de bas de compression pour les longs vols en avion…

bas de compression en avion

En vente libre dans les pharmacies et désormais aussi disponibles dans les rayons des magasins de sport, les chaussettes, bas, manchons ou collants de compression méritent pourtant d’être prescrits médicalement avant d’en envisager l’achat. Le médecin pourra ainsi juger de son réel intérêt pour vous éviter une dépense peut-être inutile, et pourra surtout vérifier qu’il n’y a pas de contre-indications à en porter. En effet, mal utilisée, la compression veineuse peut s’avérer délétère, notamment si l’on présente une artérite des membres inférieurs (également appelée artériopathie obstructive et qui est une occlusion progressive des artères). Cette pathologie très sérieuse qui peut mener à l’amputation est particulièrement favorisée par la consommation de tabac, le diabète, la sédentarité et le surpoids.

A l’approche des départs en vacances et de probables longs trajets, notamment en avion où l’on reste assis durant de longues heures dans un environnement pressurisé, nous sommes nombreux à nous demander si les solutions de compression peuvent nous éviter certains troubles veineux comme les œdèmes, voire les phlébites. Faisons le point avec le docteur Matthieu Josnin, angiologue, qui précise que c’est un dispositif médical efficace lorsque l’on en a besoin mais qui présente également des contre-indications. Il recommande surtout de ne pas en porter sans avoir consulté un médecin auparavant.

INTERVIEW DU DOCTEUR MATTHIEU JOSNIN, ANGIOLOGUE

Quelle est la différence entre les bas de contention et les bas de compression ?

Médicalement, il y a une différence entre compression et contention et ces dernières années, un abus de langage s’est développé. On parle ainsi des chaussettes, des bas ou collants de contention alors qu’il s’agit en réalité de compression. En effet, la contention consiste à appliquer des bandes de contention non élastiques, en cas de contre-indication à la compression, dans le cas de pathologies artérielles.

Est-ce utile d’acheter des bas ou collants de compression sans avis médical, pour voyager en avion, par exemple ?

En théorie, une compression veineuse doit faire l’objet d’une prescription médicale comme pour tout dispositif médical, afin d’en justifier l’indication et d’en écarter toute contre-indication. L’une d’elles par exemple est l’artérite sévère qui correspond à une mauvaise circulation du sang dans les artères. Dans un tel cas, la compression veineuse pourra aggraver l’artérite.

On voit de plus en plus de solutions de compression, non seulement dans les pharmacies mais également dans les rayons de sport désormais. Les deux peuvent être délétères et méritent une prescription médicale en réalité ?

Lorsqu’il s’agit d’articles à visée sportive, comme les manchons de compression que les sportifs enfilent sur les mollets, on s’adresse alors en général à des sujets jeunes, donc statistiquement ce sont des personnes sportives qui n’ont pas particulièrement de problème au niveau des artères. Cependant en pharmacie, il n’est pas conseillé de proposer une compression pour un voyage en avion à une dame âgée qui a un diabète et possiblement une artérite sous-jacente non connue et qu’elle ne sent pas. Encore une fois, je recommande quand même dans tous les cas une prescription médicale avant d’envisager ce type d’achat.

Dans quels cas est-ce utile de vérifier si on en a effectivement besoin alors que l’on a prévu un long trajet en avion ou en car, par exemple ?

En général, on en prescrit pour éviter de faire une phlébite, c’est-à-dire le risque que se forme un caillot de sang qui bloque la circulation sanguine dans une veine. Cela peut effectivement arriver lorsque l’on prend des vols de plus de 4 ou 5 heures (voir notre article sur le sujet), mais les personnes à qui cela arrive ont la plupart du temps des prédispositions. En outre, si une personne qui a des antécédents de phlébite doit à nouveau prendre l’avion, la chaussette de compression ne suffira pas à la protéger d’en refaire à nouveau et l’on envisagera peut-être alors également une piqûre d’anticoagulants.

Cependant les personnes qui n’ont aucun antécédent de phlébite, pas de symptômes d’insuffisance veineuse, pas de varice ni de lourdeur ou d’œdèmes au niveau des jambes n’ont a priori pas d’intérêt à porter des bas ou des collants de compression.

Enfin, si l’on parle de confort, pour éviter d’avoir les jambes lourdes ou les jambes qui gonflent, cela peut être indiqué de mettre des bas ou des collants de compression, mais cela ne préviendra pas un risque de phlébite si tel est le but recherché.

Pour résumer, il n’y a pas d’intérêt à généraliser le port de bas ou de collants de compression lorsque l’on prend l’avion, et si on pense en avoir besoin, il faut aller consulter son médecin pour s’en assurer.

Ce n’est donc pas un dispositif à prendre à la légère ?

Ce n’est pas du tout à prendre à la légère. La preuve en est que si l’on prescrit une compression veineuse sur une personne qui a un ulcère par exemple, la pose de la compression relève d’un acte paramédical et doit être effectué par un personnel de santé formé. En effet, on peut mal poser une bande de compression et qu’elle se transforme en garrot par exemple. La compression n’est donc pas un acte anodin et c’est aussi ce qui témoigne de toute son efficacité. C’est donc tout à fait recommandé dans certaines indications, mais peut parfois également se révéler délétère dans d’autres cas.

Il y a pourtant quelques gestes à adopter pour limiter les risques de phlébite lorsque l’on prend un vol qui va durer plus de 4 ou 5 heures ?

Effectivement, et l’un des gestes les plus importants est de bien s’hydrater durant les 2/3 jours qui précèdent le vol, pour éviter d’être déshydraté durant le voyage en avion où en général on boit toujours trop peu. Il faut aussi penser à se lever et marcher régulièrement pendant le vol. Il n’est donc pas du tout conseillé de prendre un somnifère et de rester sans bouger en dormant en continu pendant plusieurs heures d’affilées.

Quand on a tendance à avoir les jambes qui gonflent durant un long trajet en voiture ou en avion, que peut-on faire ? Est-ce dangereux ?

Certains patients qui ont tendance à avoir les jambes gonflées lors de longs trajets parlent de rétention d’eau et pensent parfois, à tort, qu’il vaut mieux ne pas boire pour éviter d’aggraver les choses. C’est une fausse idée. D’ailleurs, le concept de rétention d’eau est un peu un fourre-tout et n’existe pas vraiment. Il s’agit le plus souvent d’œdèmes qui résultent d’une augmentation de la pression au niveau de la jambe, car en restant longtemps assis, le sang remonte moins bien vers le cœur où il doit passer s’oxygéner, et l’eau notamment contenue dans le sang passe alors sous la peau. Ne pas boire ne change rien. La bonne solution au contraire, c’est de penser à bouger toutes les deux heures au moins et de bien s’hydrater justement pour éviter d’aggraver un risque de phlébite.

Faut-il s’inquiéter si on voit sa jambe gonfler pendant un long voyage en avion ?

S’il s’agit de personnes dont les jambes ont toujours eu tendance à gonfler et que cela touche les deux jambes, a priori, il n’y a pas d’urgence. Cela mérite peut-être un jour de consulter pour vérifier si cela ne cache pas des varices, mais il n’y a pas de danger immédiat. En revanche, même si le diagnostic de phlébite est difficile à poser, si une jambe gonfle, que sa peau rosit, qu’elle est douloureuse et que cela s’amplifie au fur et à mesure que les heures passent, il faut consulter rapidement car cela peut être grave. Il y a un risque vital à assez court terme car une phlébite peut entraîner une embolie pulmonaire et peut être fatale. Donc si durant le voyage on a eu ces symptômes, et même si on est à l’étranger et que cela semble compliqué, il est important de voir un médecin rapidement, de faire si possible une échographie pour vérifier que tout va bien au niveau veineux et de prendre dans le doute un traitement contre la phlébite si une échographie n’est pas possible. Cependant, de nos jours, une échographie est un examen assez facilement accessible et relativement abordable partout dans le monde.

Quand faut-il mettre et retirer ses bas de compression ?

Si l’on met des bas ou collants de compression pour voyager, le bon usage est de les mettre le matin, quand les jambes sont le moins gonflées et de les garder jusqu’au soir. D’ailleurs, normalement les mesures pour l’achat des bas de compression s’effectuent le matin.

Si par hasard la personne les retire en milieu de journée, il est inutile de les remettre ensuite, ou alors il faut que cela soit précédé par un temps de repos les jambes surélevées afin de drainer l’œdème et éviter de poser une compression sur une jambe dont le diamètre sera plus important que celui mesuré par le pharmacien le matin de la commande des compressions

Retrouvez toutes les indications et contre-indications sur la compression veineuse sur le site de la Haute Autorité de Santé.

Remboursement des dispositifs de compression veineuse par l’Assurance maladie :

  • L’Assurance Maladie rembourse les bas, chaussettes, collants de compression jusqu’à 8 paires sur 12 mois
  • Le remboursement n’est possible que sur prescription médicale effectuée par :
    – un médecin généraliste ou spécialiste,
    – une sage-femme,
    – un masseur-kinésithérapeute.
  • Ces dispositifs sont remboursés à 60% (ou 100% si vous êtes pris en charge au titre d’une ALD – Affection de longue durée), sur la base des tarifs de l’Assurance maladie soit :
    – chaussettes de compression : 22,40 €
    – bas de compression : 29,78 €
    – collants de compression : 42,04 €

Pour les chaussettes, bas ou collants de compression qui dépassent ce prix, soit la différence reste à la charge du patient, soit elle peut être prise en charge par sa complémentaire santé le cas échéant et selon les conditions de son contrat.

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