Des neurones dans notre intestin

Des neurones dans l'intestin

Hier, le 19 mai 2015, c’était la Journée mondiale des Maladies inflammatoires de l’Intestin, aussi appelées MICI, que sont la maladie de Crohn et la recto-colite hémorragique. Dans les deux cas, il apparaît qu’il existe chez les patients un dérèglement de l’équilibre bactérien de l’intestin, la fameuse flore intestinale.

Cette flore bactérienne, ou microbiote, est aujourd’hui au cœur de nombreuses recherches médicales car sa composition pourrait nous renseigner sur une prédisposition à de nombreuses maladies dont certaines ne sont pas forcément directement des maladies de l’intestin, comme par exemple l’obésité, le diabète, un terrain allergique, ou encore l’autisme et Parkinson.

Le Professeur Francisca Joly Gomez, auteure de L’Intestin, notre deuxième cerveau, nous éclaire sur les dernières avancées dans ce domaine.

Un 2ème cerveau au niveau de l’intestin ?

Le mot « cerveau » n’est pas ici employé à la légère, au contraire, il est tout à fait pertinent ! Ainsi que l’explique le Professeur Joly, la paroi du tube digestif accueille plus de 100 millions de neurones et l’on parle bien d’un système nerveux de l’intestin, qui est d’ailleurs indépendant. En effet ce système nerveux dit « entérique » permet de contrôler le processus de la digestion, les secrétions et les transformations des aliments mais également les mouvements de l’intestin, ses contractions, indispensables au transit. Le système nerveux intestinal est autonome et n’a pas besoin de l’intervention du cerveau pour se contracter. D’ailleurs, comme le précise le Professeur Joly, « un morceau d’intestin isolé qui serait placé dans un liquide de survie se contracterait régulièrement ».

Pour autant, les neurones de l’intestin et ceux du cerveau communiquent entre eux via des neurotransmetteurs, dont par exemple la sérotonine connue pour réguler nos cycles du sommeil, mais aussi nos comportements alimentaires et sexuels, ou encore la douleur, l’anxiété et également pour stimuler les défenses immunitaires de l’intestin… Ce dernier synthétiserait à lui seul plus de 90% de la sérotonine fabriquée par notre organisme !

Notre flore intestinale régule ce 2ème cerveau…

La flore bactérienne de l’intestin est un autre grand sujet de recherche en ce moment.

« Jusqu’ici, on ne considérait les bactéries intestinales qu’en cas de maladies. On isolait le problème, le réduisant à la bactérie pathogène. Mais on se rend compte que l’intérêt que représente la flore intestinale réside dans une vue d’ensemble de sa composition car elle influe sur les neurones qui, à leur tour, produisent les neurotransmetteurs. »

La flore intestinale, également appelée microbiote, est répartie en 3 grands groupes dans la population humaine, qui se distinguent selon la zone géographique, l’âge ou le sexe. Cependant le microbiote est spécifique à chaque individu.

Ainsi pourrait-on, dans un avenir plus ou moins proche, envisager d’analyser le microbiote pour tracer l’empreinte génétique bactérienne de notre côlon. Actuellement, un examen des selles permet de donner une idée des bactéries présentes dans l’intestin mais ce n’est pas très précis. Faire le génome bactérien d’un individu est très coûteux et n’est envisagé que dans le cadre de la recherche. Pourtant il pourrait s’avérer très utile et nous renseigner sur la prévention de certaines maladies.

La flore intestinale fait le lit de certaines maladies

Les premières études sur la composition bactérienne du microbiote ont en effet révélé qu’un déséquilibre de la flore était à l’origine de certaines maladies.

On a ainsi pu le remarquer au sujet des maladies de l’intestin comme les maladies inflammatoires (maladie de Crohn et recto-colite hémorragique) mais également, du fait du dialogue « intestin-cerveau » dont nous venons de parler, pour des maladies qui se manifestent a priori loin du ventre.

On s’est rendu compte notamment qu’il y avait une corrélation entre l’équilibre du microbiote et l’obésité, le diabète ou encore la maladie de Parkinson.

En revanche, dans l’état actuel des recherches, on ne sait pas trop qui de l’œuf ou de la poule… c’est-à-dire qu’on ne sait pas vraiment si le microbiote est à l’origine de tout et agit sur le cerveau ou si c’est l’inverse…

L’alimentation peut-elle modifier notre microbiote ?

Tenter le « sans gluten », « sans lactose », et les autres régimes du moment qui ne seraient pas justifiés par une réelle intolérance pathologique (comme la maladie de cœliaque par exemple, pour laquelle il faut totalement cesser de consommer du gluten) est assez risqué si on le fait seul dans son coin.

Dans certains cas, supprimer certains aliments mal digérés peut s’avérer profitable pour un meilleur transit mais dans beaucoup de régimes, cela va surtout entraîner un appauvrissement du microbiote et il est vraiment préférable d’avoir l’aide d’un médecin gastroentérologue ou d’un nutritionniste, pour interpréter les résultats de tel ou tel régime.

A l’inverse, les recherches actuelles ne permettent pas encore de déterminer comment une alimentation spécifique pourrait changer le système des neurones de notre intestin et influer sur la prévention de certaines maladies.

Gare aux antibiotiques !!!!

On le sait, l’abus et/ou l’utilisation non justifiée d’antibiotiques sont dangereux car ils engendrent un phénomène d’antibiorésistance grandissant. Certains antibiotiques sont de moins en moins efficaces sur des maladies que l’on parvenait à soigner et dont les cas mortels sont désormais en hausse.

Mais outre le phénomène d’antibiorésistance, il apparaît également que les antibiotiques modifient l’équilibre du microbiote. Ce constat doit constituer une alerte, surtout sur la consommation répétée d’antibiotiques dans la petite enfance, car la flore intestinale se construit fortement durant les 4 premières années de la vie.

Quid des probiotiques ?

Dans certains cas, ils soulagent notamment les personnes souffrant du Syndrome de l’Intestin Irritable, mais à vrai dire, pour le moment, trop peu de recherches sont mises en oeuvre, car les probiotiques se vendent très bien sans que les fabricants aient besoin de pousser au-delà la recherche médicale sur le sujet. 

Un certain nombre d’études montrent effectivement l’intérêt de certaines souches, mais il faut savoir que les produits proposés en pharmacie sont des mélanges de plusieurs souches et les doses n’ont pas grand chose à voir avec celles testées dans le cadre de la recherche. 

Les probiotiques méritent que l’on s’y intéresse, mais il est regrettable pour le moment qu’il y ait des dizaines et des dizaines de produits, à propos desquels on connaît finalement peu de choses, le tout vendu sans ordonnance.

 

En savoir plus :

L’Intestin, notre deuxième cerveau – Par le Professeur Francisca Joly-Gomez – Aux éditions Marabout

vos commentaires

  • "L’alimentation peut-elle modifier notre microbiote ?" Réponse avancée ici : non? Cela me parait en totale contradiction avec le reste de l'article. Au vue de la quasi intelligence de l'intestin, manger Mc Do ou manger des légumes n'aurait pas d'impact? Cela reviendrait à dire que lire un poème et regarder Fast and Furious aurait le même effet sur le cerveau, non?

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

1 -

autres actualités récentes