Ecolo crèche, késako ?

Interview de Claire Grolleau Escriva, écotoxicologue et Présidente d’Ecolo Crèche

Les gestes pratiqués ou les produits utilisés en maternité et dans les crèches font souvent référence aux yeux de parents, lesquels reproduisent à tort ou à raison ce que le personnel applique dans ces établissements. Pourtant, en matière d’environnement, il reste de nombreux points à optimiser, pour protéger d’une part la santé de nos enfants qui est particulièrement fragile, mais aussi celle des équipes soignantes et encadrantes.

66 Millions d’Impatients : Comment a commencé l’aventure Ecolo Crèche ?

Claire Grolleau Escriva : cela date de 2005. À l’époque nous animions des ateliers pour les enfants dans les crèches autour des questions de l’environnement. Le personnel et la direction nous posaient souvent des questions comme celle de la peinture à choisir pour repeindre l’établissement ou comment passer au bio à la cantine sans exploser le budget. Peu à peu nous avons formalisé tout ceci avec l’aide d’une psychologue de l’environnement car il fallait prendre en compte que cela représentait un changement important pour les équipes et que cela supposait un passage à l’acte éco-responsable. Enfin, le label a été officialisé en 2009.

Comment est constituée l’équipe d’Ecolo crèche ?

Nous sommes une association loi 1901, constituée de 3 permanents, professionnels de l’environnement et de la petite enfance. Nous nous entourons ensuite d’experts selon nos domaines d’intervention, car chaque crèche a des besoins spécifiques. Certaines seront aidées par un architecte pour des projets concernant le bâtiment, d’autres attendront des conseils en alimentation.

En outre nous avons de nombreux partenaires comme l’ADEME, la CNAF, la Fédération Nationale des EJE, l’ACEPP, la Fondation Nicolas Hulot, la FNAPPE ainsi que des représentants de crèches, groupes de crèches ou collectivités territoriales.

Y a-t-il des typologies de crèches plus demandeuses que d’autres à l’idée d’obtenir le label ?

Il y a eu au départ une impulsion donnée dans le milieu des crèches associatives, qui ont en général un esprit un peu plus « défricheur ». Les communes n’ont pas tardé à suivre pour l’exemplarité de la collectivité. Aujourd’hui il n’y a plus trop de différences. Les demandes nous parviennent autant des crèches publiques que des privées.

Le bouche-à-oreille est un bon allié ?

L’un des meilleurs sans doute. Nous mettons également en place des actions spécifiques comme dernièrement une pétition qui a pour but d’interpeller les élus pour les inciter à agir sur les questions d’environnement et de santé dans les crèches. Nous avons déjà récolté plus de 30 000 signatures (plus d’informations ici).

Cependant, il est évident que les crèches labellisées deviennent elles-mêmes des apôtres du label. Il y a peu, la crèche Le Petit Navire, à Versailles, a organisé un événement pour parler de son expérience en invitant les élus, les futurs candidats aux municipales, les parents et les autres crèches municipales. Les crèches labellisées sont fières du travail qu’ils accomplissent. Chaque membre de l’équipe réinvestit son métier, chacun s’implique à son niveau.

Comment intervenez-vous pour les aider à obtenir le label ?

En premier lieu nous pratiquons un audit concernant 8 pôles d’action : le bâtiment, l’énergie, l’eau, les déchets, l’alimentation, les activités & les jeux, l’hygiène et enfin l’entretien des locaux. Nous donnons alors au personnel les méthodes pour améliorer chacun de ces postes. Pour obtenir le label, ils doivent avoir fait des progrès notables dans au moins 3 des 8 pôles. Cela se fait à leur rythme, selon leur sensibilité, leur possibilité. En moyenne il faut compter 18 mois. Evidemment nous assurons un suivi durant tout le processus et les aidons à déterminer quand ils sont prêts à passer devant le comité pour être officiellement labellisés.

Cela coûte combien ?

Dans toutes les crèches que nous avons accompagnées, le budget de fonctionnement n’a jamais augmenté. Notre audit coûte de 3000 à 3500€ mais il peut être financé par la formation professionnelle.

Et quels résultats obtenez-vous ?

Les dépenses énergétiques baissent jusqu’à 25%, les dépenses en eau jusqu’à 22%, les déchets diminuent jusqu’à 25%. Les chiffres les plus étonnants concernent sans doute l’absentéisme du personnel qui est réduit jusqu’à 66% !

Quant à la santé des enfants, qui est notre principal sujet de préoccupation, elle tend à s’améliorer… des études sont en cours…

Comment expliquez-vous cette baisse de l’absentéisme des équipes ?

Comme je le disais plus haut, les équipes s’impliquent avec plaisir et réinvestissent leur métier. Les gestes sont moins mécaniques, les choix sont pris tous ensemble, on sollicite le bon sens et la créativité de chacun.

Certaines crèches n’achètent même plus de jouets, ils sont fabriqués durant les ateliers créatifs imaginés autour de matériaux de récupération apportés par les parents (bouteilles vides, rouleaux de Sopalin).

D’autres ont abandonné les goûters chimiques sur-emballés pour les remplacer par du pain frais acheté à la boulangerie du coin, du beurre et de la confiture parfois préparée avec les enfants.

Il est également facile de faire de la peinture végétale avec un chou rouge, du savon et du citron.

Un jour où je parlais de mon travail à ma grand-mère, elle m’a répondu « Ah bon ? C’est devenu un métier ? ». Elle a raison, le but dans les crèches n’est pas de mettre en place des protocoles complexes. Les crèches sont tout simplement un lieu où enfants et parents apprennent à se sociabiliser, un mode de garde collectif où il est possible et même recommandé de s’épanouir ensemble.

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