En marche contre les violences gynécologiques et obstétricales !

Marche contre les Violences Obstétricales et Gynécologiques le 25 novembre 2017

Le torchon brûle entre les gynécos et leurs patientes. Samedi 25 novembre, un collectif de femmes a appelé à un rassemblement pour dire stop aux violences gynécologiques. Nous avons interrogé Sonia Bisch, l’instigatrice de cet événement.

Le premier rassemblement contre les violences obstétricales et gynécologiques (nous en parlions récemment dans ces colonnes) s’est déroulé samedi 25 novembre à Paris dans le cadre de la Journée internationale pour l’élimination des violences faites aux femmes. Cet évènement a été organisé par l’Institut de recherche et d’action pour la santé des femmes (Irasf), une association formée en mars 2017, et les promoteurs de la page facebook « Stop à l'Impunité des Violences Obstétricales ». Sonia Bisch est membre de cette page et partage la cause. Elle est à l’initiative de cette mobilisation. 66 Millions d’IMpatients l’a rencontrée.

La salle d’accouchement ou le cabinet médical ne devraient plus être une zone de non-droit où la décision de respecter ou non, de violenter ou non la patiente, revient au seul bon vouloir de l’équipe ou du médecin qui la prend en charge.

66 Millions d’Impatients – Pourquoi avoir décidé d’organiser cet événement ?

Photo de Sonia BISCHSonia Bisch – La parole des femmes se libère, elles n’ont plus envie de se taire. Cette parole s’exprime sur les réseaux sociaux et dans les médias. Les violences gynécologiques, qui ont été si longtemps tues, se révèlent enfin dans l’espace public. La décision d’organiser cette marche est la suite logique d’une émancipation de la parole des femmes. Elle vise à dénoncer toujours plus fort l’existence de ces violences obstétricales et gynécologiques. Elle va permettre à toutes ces voix de se faire entendre et de retrouver une légitimité perdue.

L’ampleur du nombre de témoignages le prouve tous les jours. C’est un problème de santé publique qu’il est urgent de considérer pour pouvoir l’évaluer et le faire cesser. Trop souvent les victimes de violences obstétricales sont renvoyées à leur ressenti personnel subjectif, à leur passé familial, ou à leur sensibilité. Une maltraitance reste une maltraitance quelle que soit la victime. L’événement que nous organisons vise à éveiller les consciences.

66 Millions – Qu'attendez-vous de cette journée de mobilisation ?

SB – J’attends qu’on parle de plus en plus des violences obstétricales et gynécologiques. Que les femmes osent dénoncer les violences qu’elles subissent dans les cabinets gynécologiques et lors de leur accouchement. Le déni n’aide pas à la reconstruction. J’attends de cette marche qu’elle donne toujours plus de force aux femmes pour trouver la légitimité de prendre la parole et de dénoncer ces violences.

Il est important de communiquer également au grand public et aux professionnels de santé afin qu’il prennent conscience de l’ampleur du phénomène et comprennent que ce qui est dénoncé est bien la réalité objective de faits. Que la difficulté à entendre le récit de ces violences n’est rien à coté de la souffrance de les avoir vécues. Oui, des violences gynécologiques et obstétricales sont bien commises en salle d’accouchement ou en consultation.

66 Millions – Que sait-on de l'ampleur du problème ?

SB – On n’en sait pas grand-chose car aucune étude n’évalue les violences obstétricales. Grâce au rapport commandé par Marlène Schiappa, Secrétaire d’État au Haut Conseil à l’Égalité, on espère une évaluation plus précise de la situation. L’Institut de Recherche et d’Actions pour la Santé des Femmes (Irsaf) a élaboré un questionnaire visant à évaluer les violences obstétricales dans les maternités. La présentation de cette initiative a eu lieu samedi soir, dans la foulée de notre manifestation.

66 Millions – Quelles sont concrètement vos demandes ?

SB – Que les violences obstétricales ne soient plus niées tant du coté médical que non-médical. Le fait de prendre conscience d’un problème permet de l’évaluer et in fine de parvenir à mettre en place des solutions pour le faire cesser. Si les violences obstétricales restent considérées comme des cas isolés, marginaux, non-représentatifs, le problème ne peut se résoudre. Quand bien même ces cas seraient rares, d’ailleurs, il ne faudrait pas pour autant les négliger.

L’impunité doit cesser. La loi Kouchner de 2002 a ouvert de nombreux droits aux patients mais elle reste encore trop peu respectée. Episiotomies ou touchers vaginaux non consentis, expression abdominale, propos ou jugements déplacés… la liste des violences obstétricales et gynécologiques est longue. La salle d’accouchement ou le cabinet médical ne devraient plus être une zone de non-droit où la décision de respecter ou non, de violenter ou non la patiente, revient au seul bon vouloir de l’équipe ou du médecin qui la prend en charge.

66 Millions – La réaction des médecins est-elle à ce jour à la hauteur ?

SB – Les victimes de violences obstétricales et gynécologiques se sentent très blessées par la réaction d’une partie des professionnels de santé qui, à tort, se figent dans une position d’accusés. La posture est vaine. Le déni renvoyé aux victimes est extrêmement difficile à vivre. Les sages-femmes ont la lucidité de reconnaître que le problème existe et qu’il est important d’améliorer les pratiques. Peut-être serait-il temps que l’ensemble du corps médical sorte la tête du sable. Certains médecins et soignants commencent à remettre en cause leurs pratiques et les modifient. Ils réalisent l’importance d’écouter et de s’intéresser au consentement de leurs patientes. La prise de conscience est là. Il faut qu’elle diffuse plus largement parmi les soignants.

vos commentaires

  • Je suis une de ces victimes et pour moi c'est allé très loin;lorsque tu parles de ces violences aux personnes concernées ; les gynécologues et certaines sages femmes ; on nous considère comme une personne pas normal ;on nous met la pression de cette façon ; on nous rabaisse encore plus de ce fait là…. Lorsque j'ai parlé de mon envie d'aad après trois accouchements en maternité ou je n'en pouvais plus de subir et de devoir me taire…Toute une procédure s'est mise en place à mon insu et en accord avec le procureur de mon secteur pour me contraindre à accoucher de force et dans l'hôpital où j'avais déjà trop subit….La maternité s'est même octroyer le droit de signaler mes aînés en danger du fait que je souhaitais un aad…Je n'ai rien contre l'accouchement en structure ; dans la mesure où les femmes et leurs familles sont respectées et écoutées autant au niveau du médical que de la vie privée. Aujourd'hui ce n'est pas le cas et je considère ;au vu de mon vécu que dès lors que je suis enceinte mon corps ne m'appartient plus puisque ces médecins s'approprient mon corps et mon bébé pour des actes et protocoles dont je ne veux pas. On parle beaucoup des violences faites aux femmes par les maris mais les violences médicales sont tout aussi graves et ont les mêmes conséquences…Une femme devrait pouvoir choisir et discuter de toutes les modalités de son accouchement (sage femme ou médecin; lieu; actes acceptés ou non par la patiente etc….Cela se passerait beaucoup mieux et les femmes seraient plus en confiance d'avoir un(e) praticien(enne) unique qui suivrait le déroulement de la grossesse de a à z jusqu'à la naissance du bébé. Tout doit être discuté mais en aucun cas imposé. Aujourd'hui on nous menace dès lors que l'on refuse un acte et ce même en faisant valoir la loi Kouchner de 2002 sur le consentement libre et éclairé.

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  • Prise de position tres claire, pleine de discernement et d’empathie pour tous. Bravo !

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