Fausses-couches : difficile d’en parler

Fausses-couches : difficile d’en parler

Combien connaissez-vous de couples qui auraient traversé l’épisode d’une fausse-couche ? Parmi eux combien parviennent à en parler ? C’est un sujet qui reste difficile à aborder, même avec sa propre famille. A tel point que la différence entre la perception des gens sur le taux de fausses-couches et leur nombre réel est assez éloignée. Aux Etats-Unis, une enquête réalisée en 2013 révèle que sur 1000 femmes et hommes interrogés, 65% pensaient que le taux de survenue d’une fausse-couche est faible. En réalité, 1 grossesse sur 5 en France, comme aux Etats-Unis, se conclue par une fausse-couche.

De toute évidence, c’est donc un sujet tabou.

Pourtant libérer la parole sur les fausses-couches pourrait sans doute permettre aux femmes (et parfois aux hommes qui peuvent également mal vivre l’épisode d’une fausse-couche) de se sentir moins isolées, d’être moins inquiètes au sujet d’une éventuelle infertilité et d’éviter parfois de lourds épisodes de dépression.

Le docteur Lison STEFANI-MORCILLO, gynécologue-obstétricienne à Marseille nous a accordé une interview afin de faire le point sur ce sujet.

66 Millions d’IMpatients : Pourquoi le sujet des fausses-couches est-il si tabou ?

Dr Stefani-Morcillo : Les femmes effectivement n’osent pas toujours en parler. Je pense que près de la moitié ne disent rien, même à leur famille. C’est lié à chaque fois à une inquiétude de ne pas réussir à faire un enfant.

Culturellement, on associe directement les fausses-couches à un problème de fertilité, ce qui n’est pas totalement faux puisque certaines femmes font des fausses-couches à répétition et n’arriveront effectivement pas à faire un enfant naturellement. Cependant il faut aussi bien avoir en tête que les fausses-couches surviennent dans 20% des grossesses, c’est donc assez courant et la plupart du temps, cela ne veut pas dire qu’il y a un problème de fertilité sous-jacent.

Même si les femmes en parlent de plus en plus facilement, il est temps que ce tabou autour des fausses-couches tombe définitivement car trop de femmes culpabilisent, se renferment et font des dépressions suite à une fausse-couche.

1 grossesse sur 5 donne donc lieu à une fausse-couche : à quoi est-ce dû ?

On pense qu’il s’agit, dans la plupart des cas, d’anomalies chromosomiques. Il y a aussi le cas de ce que l’on appelle un « œuf clair » qui correspond à un état gestationnel sans embryon : un spermatozoïde a alors effectivement fécondé un ovocyte mais cela n’a pas permis le développement d’un embryon.

Pourquoi le risque de fausse-couche augmente-t-il avec l’âge ?

Car lorsqu’on avance en âge, la qualité des ovocytes baisse et le risque d’anomalies chromosomiques augmente. Donc plus on avance en âge et plus on a de risques de faire une fausse-couche. La qualité du sperme est également altérée avec l’âge, mais moins rapidement que chez les femmes.

On parle souvent du délai des 3 premiers mois après lesquels on peut « officiellement » annoncer sa grossesse…

En fait les 3 premiers mois sont ceux au cours desquels il y a le plus de risque de faire une fausse-couche. Du coup, cela révèle le côté tabou de la fausse-couche puisque dans la période la plus à risque, on n’ose rien dire. J’ai quand même le sentiment que les mœurs changent sur ce fameux délai des 3 mois et que les couples en parlent désormais plus facilement à leurs proches assez tôt.

Le terme « fausse-couche » s’applique-t-il uniquement aux cas des femmes dont la grossesse s’est terminée spontanément ?

En réalité, on l’applique également aux femmes que l’on va aider médicalement à expulser l’œuf clair ou l’embryon, dans le cas où celui-ci a cessé de se développer mais sans expulsion spontanée.

Une femme doit-elle consulter un médecin si elle a fait une fausse-couche avec une expulsion spontanée ?

Il vaut mieux, car selon l’avancement de la grossesse, il peut y avoir une rétention du trophoblaste (le futur placenta) dans l’utérus et cela peut provoquer une infection par la suite. On vérifie donc par échographie que la patiente a tout expulsé.

Faut-il aller aux urgences si l’on est enceinte et qu’un saignement survient ?

C’est le réflexe de toute femme enceinte, bien que ce soit rarement une véritable urgence au sens vital, sauf s’il y a une hémorragie. Ce sont plutôt des urgences « psychologiques » je dirais, parce que les patientes ont besoin d’être rassurées et c’est plutôt normal lorsqu’on attend un enfant. En fait, la plupart du temps, ces saignements sont ce que l’on appelle les métrorragies du premier trimestre. C’est assez courant et ce n’est pas forcément un signe de fausse-couche.

Une fausse-couche, est-ce douloureux ?

C’est rarement indolore mais c’est très variable d’une personne à l’autre et cela dépend également de l’avancement de la grossesse. Expulser une grossesse de 3 semaines est très différent par rapport à une grossesse de 10 semaines.

Ensuite il faut prendre en compte également la douleur psychologique. Là aussi les réactions sont très diverses. Il y a des femmes qui parviennent à surmonter assez rapidement une fausse-couche qui survient après 10 ou 12 semaines, et d’autres qui ont beaucoup de mal à se remettre d’une fausse-couche survenue au bout de 4 semaines.

Cela arrive alors que je redirige les femmes ou les couples (car les hommes aussi peuvent être bouleversés) vers un psychologue mais je crois qu’en tant que gynécologue, nous avons un rôle à jouer dans la prise en charge psychologique de nos patients. Ils nous connaissent, sont en confiance pour nous parler et, nous-mêmes, nous connaissons bien ce qui leur est arrivé. Il y a des cas où une prise en charge encadrée par un psychologue est nécessaire mais il est important que le gynécologue soit à l’écoute et ne sépare pas trop vite le médical et le psychologique.

Faut-il attendre après une fausse-couche pour faire un enfant à nouveau ?

En général, on conseille d’attendre 2 mois, pour être sûr que tout a bien été expulsé afin d’éviter tout risque infectieux. Cela permet aussi d’attendre que l’utérus reprenne sa taille normale.

Au bout de combien de fausses-couches répétées faut-il s’inquiéter ?

On conseille de consulter pour approfondir le bilan et comprendre la raison des fausses-couches à partir de 3 fausses-couches. On fait alors des examens plus poussés pour rechercher par exemple un problème d’implantation au niveau utérin, une insuffisance ovarienne. On fait des examens également chez l’homme pour déceler d’éventuelles anomalies au niveau du spermogramme notamment. Cependant il y a des cas où l’on ne trouve jamais la cause des fausses-couches répétées.

Les fausses-couches répétitives ne mettent donc pas en cause uniquement la mère ?

Bien sûr que non ! Parmi les examens pratiqués en cas de fausses-couches à répétition, on fait un bilan pour la mère mais aussi pour le père, notamment un caryotype pour chacun, qui peut révéler une anomalie chromosomique parentale, chez l’un comme chez l’autre. On en revient au fait que dans l’esprit des gens, l’infertilité est liée à un problème chez la femme. Souvent lors des consultations pour des problèmes de fertilité, en premier lieu la femme vient seule alors que le bilan médical concernera le couple. Heureusement de nos jours, de plus en plus d’hommes s’impliquent auprès de leur femme et viennent aussi avec elle nous consulter après une fausse-couche. Sans compter que certains pères sont vraiment touchés, peinés lorsqu’une fausse-couche se produit et qu’ils méritent également de l’attention et du soutien.

Alcool et tabac peuvent-ils provoquer des fausses-couches ?

Les deux sont sources d’infertilité, autant chez la femme que chez l’homme. Donc dès lors que l’on décide de faire un enfant, dès la phase de conception, on stoppe alcool et tabac. Ainsi on est aussi certain que la future mère ne consommera pas d’alcool ni de tabac, dès le premier jour de la grossesse. En pratique les femmes s’arrêtent lorsqu’elles apprennent qu’elles sont enceintes, mais c’est avant qu’il vaut mieux tout stopper si l’on cherche à être enceinte.

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