Groupements hospitaliers de territoire : témoignages de représentants des usagers

Groupements hospitaliers de territoire (GHT)

Le principe d’un groupement hospitalier de territoire (GHT) est de permettre aux établissements qui en font partie de mettre en œuvre une stratégie territoriale de prise en charge commune et graduée du patient, dans le but d’assurer une meilleure égalité d’accès à des soins sécurisés et de qualité, grâce notamment à la coordination entre établissements et à la mutualisation des fonctions support (services informatiques, départements de l’information médicale, achats).

Pour cela, un « projet médical partagé » et un « projet de soins partagé » doivent être élaborés entre les établissements parties prenantes d’un GHT (établissements publics de santé du territoire et, le cas échéant, établissements ou services médico-sociaux publics… alors que peuvent y être associés les établissements assurant une activité d’hospitalisation à domicile, les hôpitaux des armées et les établissements publics de santé autorisés en psychiatrie, ou en être partenaires les établissements de santé privés liés aux établissements parties du GHT).

Susceptibles d’affecter directement les lieux de prise en charge des patients et leur parcours de soins, ils les concernent donc au premier chef. Alors comment s’organisent ces GHT et comment sont-ils perçus par les patients ? Ce sont les questions que nous avons posées à deux représentants des usagers siégeant dans des hôpitaux de leur région, l’un dans le Grand-Est et l’autre en Bourgogne. Leur vision des choses est assez différente même si, pour l’instant, ils assistent tous deux aux prémisses des changements et qu’il est encore trop tôt pour recueillir vraiment les avis des patients sur cette nouvelle organisation.

Joël Audart, à Bar-le-Duc

Élu président de la commission des usagers au centre hospitalier de Bar-le-Duc (région Grand-Est) en juin 2016 et siégeant également au comité des usagers du centre hospitalier spécialisé en psychiatrie de Fains-Veel, à proximité immédiate de Bar-le-Duc. Ces deux hôpitaux font partie d’un seul et même GHT baptisé 3M pour Meuse/Marne/Haute-Marne. L’hôpital de Verdun en est l’établissement support et la zone géographique que le GHT occupe est évidemment assez étendue.

66 Millions d’IMpatients : La voix des usagers a-t-elle été entendue au moment de la création des GHT ?

Joël Audart : On n’a pas vraiment pris en compte la voix des usagers au moment de créer les GHT. On les a écoutés, mais on n’a pas pris en compte leurs demandes. Il faut savoir qu’au sein de notre GHT, il faut que les représentants des usagers mettent la pression pour que des réunions soient organisées.

Pour l’instant il n’y a d’ailleurs pas de mandat prévu en représentation des usagers dans l’organisation de notre GHT, et apparemment, c’est le directeur du GHT qui sera à la tête de la commission des usagers. Il y a eu une première réunion au mois de juin et normalement fin novembre une commission des usagers sera officiellement mise en place. Cette commission aura une vision globale sur le GHT.

Quel est votre point de vue sur le GHT ?

Pour moi, il s’agit avant tout de réduire les déficits, de mutualiser des services, le tout sans prévoir de remplacement du personnel de santé. C’est l’Agence régionale de santé qui chapeaute tout ceci et elle ne se fie qu’aux chiffres. Elle ne prend pas en compte les facteurs humains. Dès lors qu’un service dans un établissement perd trop d’argent, même s’il s’avère très utile pour les patients, on supprime du personnel pour faire des économies. On sent bien également que le directeur du GHT a la pression pour atteindre ses objectifs et que c’est un peu la seule chose qui l’intéresse.

Pourtant, on sait que le personnel se plaint. Des actions syndicales ont lieu, notamment sur les hôpitaux de Saint-Dizier et de Vitry-le-François, qui sont inclus dans notre GHT.

Sur le terrain, comment s’organise cette réorganisation des services ?

Laissez-moi vous donner un exemple concret : sur Bar-le-Duc, il y a une maternité qui ne remplit pas l’objectif de 1 000 accouchements par an et il est prévu qu’elle soit transférée à la maternité de Saint-Dizier. On ne sait pas ce que va devenir le personnel, on ne nous dit rien, il n’y a aucune concertation. Le personnel – et je pèse mes mots – est méprisé par la direction du GHT et par l’ARS, le tout au détriment du patient qui subit les conséquences de ce contexte délétère. Car lorsque le personnel n’en peut plus, que les arrêts maladies se succèdent, c’est le patient qui en pâtit.

D’autres transferts de service se préparent. À Bar-le-Duc, nous avons un excellent service en diabétologie, il est probable que celui de Verdun, moins important, y soit déplacé. Par contre on ne sait ni quand, ni dans quelles conditions s’opèreront ces changements. On nous met à chaque fois devant le fait accompli.

Enfin, j’ai le sentiment que les patients sont de plus en plus redirigés vers des établissements de soins privés. J’ai l’exemple de l’hôpital psychiatrique de Fains-Veel, qui est donc un service public, où il est prévu de fermer environ 90 lits et que les patients soient transférés à Toul, à près d’une heure de voiture, dans une clinique privée.

Tout cela, ce ne sont pas des bruits qui courent, c’est en train de s’organiser !

Pensez-vous que les patients sachent ce que sont les GHT et ce que cela va changer pour eux ?

Je ne pense pas que la majorité des patients aient compris que les GHT allaient entraîner une réorganisation du parcours de soins dans leur région. Certains en entendent parler par exemple au journal télévisé ou ont lu l’information dans les journaux, mais en réalité, c’est une fois hospitalisés qu’ils réalisent que, selon leur pathologie, ils peuvent être envoyés loin de chez eux pour être soignés. Par exemple, un patient en neurologie sera redirigé vers Saint-Dizier qui se trouve à 30 minutes de voiture, si on a la chance d’avoir une voiture ! Sans quoi ces trajets sont parfois très longs et compliqués en transport en commun, et pour des personnes malades ou qui ont des difficultés à se déplacer, il faudra de toute façon prévoir une ambulance ou un taxi pris en charge par l’Assurance maladie. On a le sentiment que l’ARS ne s’intéresse qu’à la réduction de ses coûts, jamais au parcours de soins des patients. L’ARS néglige l’aspect humain des choses. Je sais que je suis dur vis-à-vis de l’ARS, mais c’est mon sentiment et je sais qu’il est partagé par de nombreux usagers et représentants des usagers.

Voyez-vous des avantages à la mise en place du GHT ?

Franchement, je ne vois aucun avantage pour le patient dans la mise en place du GHT dans ma région, principalement parce que l’on souffre déjà d’une pénurie de personnel et que le GHT va aggraver cette situation. En fait, je trouve tout cela décourageant. J’ai l’impression qu’il n’y a plus de notion de service public. C’est lamentable. On casse le service public au profit d’établissements privés.

 

Hubert de Carpentier en Bourgogne

Représentant des usagers dans 6 établissements en Bourgogne, dont l’hôpital d’Is-sur-Tille, une clinique privée, un hôpital de jour pour enfants, une association qui s’occupe d’addictions, un EPHAD, etc… Parmi ces établissements, l’hôpital d’Is-sur-Tille fait partie du GHT 21-52.

Selon vous, le grand public sait-il ce que sont les GHT ?

Non, je n’ai pas du tout cette impression. Peut-être que certains patients qui ont eu l’occasion de suivre les parcours de soins créés dans le cadre des GHT en ont pris conscience, mais les autres non. Personnellement, je n’ai jamais rien vu, ni lu ou entendu sur ce sujet dans les médias ou ailleurs. Même en tant que représentant des usagers, j’en entends finalement très peu parler, l’information circule mal sur le sujet.

Y a-t-il déjà des changements sur l’accès aux soins au sein du GHT 21-52 ?

C’est prématuré encore d’y répondre car le GHT est à peine mis en œuvre. J’avoue que je ne sais même pas combien de patients ont pu profiter déjà des nouveaux parcours de soins mis en place dans le cadre du GHT. Sur le papier en tout cas, son fonctionnement est très séduisant. On se demande même pourquoi on n’a pas eu l’idée plus tôt ! En effet, à chaque réunion à l’ARS, nous sommes toujours étonnés de nous rendre compte que les établissements de notre territoire ne se connaissent pas, ni n’ont jamais travaillé ensemble. Ils n’ont pas les mêmes outils de travail, pas les mêmes systèmes d’information, c’est incroyable ! Le GHT semble une très bonne idée, on attend de voir les résultats sur le terrain.

Les personnes concernées sont-elles enthousiastes par rapport à la mise en place du GHT ?

Oui, j’ai perçu une forte motivation de toutes les personnes concernées, et depuis le début. Bien entendu cela va prendre du temps de s’organiser d’autant que, pour l’instant, cela n’a pas vraiment créé d’emplois… les gens s’en occupent en plus d’autres choses.

Craignez-vous que le GHT, pour parvenir à harmoniser l’offre de soins sur le territoire, tire cette offre vers le bas plutôt que vers le haut ?

Je ne perçois pas le risque comme ça. J’ai vu beaucoup d’endroits sur le territoire qui étaient des portes d’entrée vers une offre de soins pour les patients, et qui seront avantagés par la mise en place du GHT. C’est un peu comme la télémédecine qui est un progrès fantastique. Pour les GHT, c’est pareil ! Le fait que des médecins qui sont loin les uns des autres et qui n’ont pas les mêmes expériences puissent enfin se connaître, travailler ensemble et échanger entre eux, c’est forcément un progrès !

Ne craignez-vous pas pourtant que certains services ferment avec le GHT ?

Ce n’est pas un risque propre au GHT. Par exemple ici, le principal hôpital dans notre région est Dijon. Il y a également l’hôpital de Chaumont et de Beaune mais qui sont moins importants, qui n’ont déjà plus toutes les spécialités et qui ont déjà l’habitude de renoncer à certaines prises en charge. Si on prend le cas des transplantations cardiaques, elles sont réalisées déjà uniquement à Dijon. Beaune et Chaumont n’y perdent pas mais en revanche, ces deux hôpitaux pourront faire bénéficier à leurs patients d’une prise en charge plus rapide à Dijon grâce au GHT.

En quoi cette nouvelle organisation peut-elle améliorer le parcours de soins ?

Ce type d’organisation et de coordination a déjà fait ses preuves. Par exemple ici, en Bourgogne, on a beaucoup travaillé sur le parcours de prise en charge des AVC. Ce qui a été mis en place sur ce point précis, avec un consensus de la part des médecins qui se coordonnent mieux, permet une plus grande réactivité dans la prise en charge des AVC, ce qui est essentiel pour ce type d’urgence. De mon point de vue, le GHT renforcera ce type de coordination.

La voix des patients a-t-elle été entendue dans la mise en place de cette nouvelle organisation ?

Pour le GHT 21-52, d’après ce que j’ai compris en discutant avec le médecin qualiticien qui a travaillé au début du projet, il a interrogé des patients. Bien sûr, on peut aussi demander leur avis aux représentants des usagers, mais nous ne sommes pas forcément patients, nous sommes surtout motivés à l’idée de participer à la vie de la cité. Je pense que le choix de notre GHT de demander leur avis directement aux patients est tout à fait pertinent. En tant que représentants des usagers, l’avantage est que l’on peut avoir une vision globale des choses puisque nous avons notamment accès à l’avis des patients dans le cadre de la certification de l’hôpital. Mais en ce qui concerne le GHT, pour l’instant, on ne nous a pas donné ce genre d’informations. Personnellement j’attends avec impatience de voir comment tout cela va se mettre en place et comment nous allons pouvoir y participer en tant que représentants des usagers.

Chers lecteurs IMpatients, n’hésitez pas à faire des retours (sante@france-assos-sante.org) sur la façon dont le GHT intégrant les établissements de santé autour de chez vous affecte, de façon positive comme négative, la qualité de votre prise en charge et votre parcours de soins.

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