Interview du Docteur de Menthon sur les errances diagnostiques

Interview du Docteur de Menthon sur les errances diagnostiques, docteur en unité de Médecine interne du Pr Mahr, hôpital Saint-Louis (Paris 10e).

Pouvez-vous nous expliquer votre spécialité ?

Contrairement aux autres spécialités qui se focalisent sur un organe, la médecine interne se penche sur les maladies générales qui peuvent toucher plusieurs organes et se manifester à travers plusieurs symptômes. Notre formation doit nous conduire à avoir un spectre de connaissance plus large, qui nous permet d’évoquer certaines étiologies pouvant expliquer différents symptômes qui a priori n’ont pas de rapport entre eux.

Quand consulte-t-on un interniste ?

Nous traitons souvent les maladies rares, comme certaines maladies auto-immunes ou inflammatoires, car elles présentent des symptômes divers. Nous travaillons également sur les problèmes de diagnostic, comme par exemple trouver la cause d’une fièvre prolongée ou d’un amaigrissement inexpliqué. Enfin le fait d’avoir des connaissances transversales nous permet de prendre en charge des patients atteints de polypathologies, dont le traitement est parfois complexe.

Notre approche vise toujours à prendre en charge le patient dans sa globalité, en tenant compte des différents problèmes médicaux qui s’intriquent et rendent parfois les situations complexes.

La médecine interne fait donc référence en cas d’errance de diagnostic ?

Oui, mais les patients viennent très rarement de leur propre initiative. La plupart du temps, ce sont des confrères qui nous recommandent leurs patients lorsqu’ils sentent que quelque chose leur échappe. Avant de nous consulter, il est préférable de passer par un généraliste.

L’errance de diagnostic est notre quotidien. Pas forcément pour des pathologies graves d’ailleurs. Très souvent des confrères viennent simplement nous demander de les aider pour confirmer leur diagnostic.

Comment faites-vous pour maintenir une relation de confiance quand un patient est en errance et qu’il peut être amené à douter de la médecine ?

Je sais que les patients ont tendance à trouver que l’on n’explique pas toujours assez les choses et je suis effectivement convaincue que prendre le temps d’expliquer permet de maintenir une bonne relation patient-médecin. Même lorsque je ne parviens pas à poser de diagnostic, je n’hésite pas à dire que je ne trouve pas, et à expliquer pourquoi il y a des obstacles.

Je reconnais également que ce n’est pas toujours facile, certains patients sont très inquiets, ont besoin de beaucoup d’attention, et à l’hôpital nous manquons parfois de temps.

Combien de temps recevez-vous chaque patient ?

Les rendez-vous durent 30 minutes. Nous avons de la chance par rapport à d’autres spécialités qui ne reçoivent que 20 minutes ! Pour être honnête, 30 minutes me semblent bien dans la phase de suivi d’un patient, mais c’est souvent trop court quand il s’agit d’une première entrevue.

Est-ce que parfois vous ne trouvez pas de quoi vos patients souffrent ?

Cela arrive… Nous suivons aussi certains patients chez qui un diagnostic de maladie rare a été posé et pour laquelle le traitement pose parfois problème. Mais pour autant la confiance peut se maintenir. J’ai le cas d’une patiente, par exemple, qui fait équipe avec moi. Dans la mesure où je suis le plus clair possible avec elle, je sens qu’elle est active elle aussi. Nous testons ensemble différents traitements, dont certains ne sont pas sans effets secondaires. A l’hôpital, chaque cas complexe est discuté en réunion et nous n’hésitons pas si besoin à faire appel à tel ou tel collègue plus expérimenté sur un sujet précis si nécessaire. La prise en charge des patients complexes se fait donc en équipe et les patients le savent, ce qui renforce souvent leur confiance. L’errance de diagnostic ou thérapeutique n’est pas forcément une fin de non-recevoir.

Pensez-vous que le système de santé français soit bien organisé en ce qui concerne l’errance de diagnostics ?

Il y a deux vitesses, je crois. En Ile-de-France, l’offre de soins est large, donc les patients sont bien entourés et même si c’est un peu long, dans l’ensemble, on obtient facilement des rendez-vous avec les spécialistes de son choix. Dans certaines régions de province, les places chez les spécialistes sont chères, et les rendez-vous ne sont possibles que si l’on est envoyé par un confrère. Cela augmente peut être un peu les délais de diagnostics.

Vous encouragez les patients à être un peu indisciplinés ?

Je les encourage à être actifs ! S’ils sentent par exemple que leur généraliste semble indécis sur un problème de santé qui traîne, il faut lui demander son avis à l’idée de consulter un interniste. Je vais vous donner un autre exemple : la patiente dont je vous parlais plus haut était en errance de diagnostic durant deux ans avant de prendre rendez-vous chez nous. Mais malheureusement son rendez-vous n’était prévu qu’au bout de 4 mois. Un jour où elle se sentait trop mal, elle est allée aux urgences, et elle a eu raison ! Nous avons pu l’accompagner plus rapidement et elle en avait besoin.

À votre niveau, quels sont les points qu’il vous semble important d’améliorer pour aider à la prise en charge des patients ?

L’hôpital public est un outil formidable pour les malades et les médecins mais je regrette par exemple que les délais pour faire certains examens à nos patients soient trop longs. Cela s’inscrit dans une lourdeur administrative générale qui freine souvent nos ambitions à mieux soigner nos patients.

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