J’ai attrapé une infection à l’hôpital

infections nosocomiales et antibiorésistance à l'hôpital

Contracter une infection lors d’un séjour dans un établissement de santé n’est pas si rare, cela concerne 5% des patients admis, soit 750 000 infections par an qui entraînent malheureusement 4 000 décès chaque année. On appelle ces infections, qui se déclarent au minimum 48 heures après l’admission, des infections nosocomiales.

Elles sont le plus souvent liées à des actes invasifs comme lors d’une intervention chirurgicale, la pose d’un cathéter veineux ou d’une sonde urinaire. D’ailleurs, avec un taux de 30%, les infections urinaires sont les plus nombreuses des infections nosocomiales.

Pour prévenir les infections nosocomiales, l’hygiène est essentielle. Les mains du personnel soignant sont le principal vecteur de transmission des germes et l’utilisation de solutions hydro-alcooliques a beaucoup aidé à améliorer l’hygiène, ainsi que divers messages passés auprès du personnel soignant… comme ceux concernant l’interdiction de porter des bijoux ou montres lorsqu’ils sont en situation d’exercice auprès des patients. Bien entendu, lors d’actes invasifs, la peau du patient ainsi que le matériel doivent être parfaitement désinfectés.

Aujourd’hui l’on doit de surcroît faire face à un enjeu particulièrement inquiétant : celui de la résistance de certaines bactéries aux antibiotiques. En effet, certaines souches des germes incriminés dans les infections nosocomiales résistent aux antibiotiques, et le temps de trouver les bons médicaments, la guérison peut être retardée avec parfois des conséquences fatales. En outre, dans de rares cas, plus aucun antibiotique ne vient à bout de ces bactéries antibiorésistantes, dites alors multirésistantes, qui empoisonnent alors la vie de patients sur le long terme et qui peuvent bien entendu s’avérer mortelles.

Pourquoi des transgressions concernant les règles d’hygiène ont-elles encore cours de nos jours en établissements de soins ?

Béatrice Ceretti, présidente de l’association Le Lien, qui défend les victimes d’accidents médicaux, pose la question en ouvrant le 19 octobre dernier les 6ème Etats généraux des infections nosocomiales et de la sécurité du patient. Elle épingle et précise : « En 2017, un acteur de santé peut s’affranchir des dispositions d’autorité sans prendre grand risque tant qu’il n’y a pas de plainte. Un peu comme si on ne reprocherait à un automobiliste de rouler au-dessus de la vitesse autorisée que lorsqu’il est responsable d’un accident grave. […] Comment en 2017, peut-on encore voir des soignants qui ne respectent pas le protocole du lavage des mains ? Il y a peu de temps, dans un établissement de soins, une infirmière a tenté de me poser une perfusion sans utiliser de solution hydro-alcoolique. Qui évalue et contrôle les pratiques de cette infirmière dans cet établissement ? Combien de soignants avec des bijoux dans nos hôpitaux et cliniques ? Que font les directeurs d’établissement ? Un défaut de tenue sera sanctionné lourdement dans un laboratoire agro-alimentaire […] à l’hôpital il ne fera réagir personne dans un grand nombre d’établissements de soins. Qui n’a pas vu des soignants en tenue de bloc fumer leur cigarette à l’extérieur ou en blouse blanche au réfectoire ? Pour beaucoup ce sont des transgressions minimes sans grandes conséquences ? Non seulement ce n’est pas vrai mais cela témoignage d’une culture de la négligence et du laisser-faire, où l’autorité a disparu. ».

Sur cette question, Amélie Gelis, directrice de la clinique Arago à Paris, et invitée à participer à l’une des tables rondes des États généraux répond : « Il faut que les directeurs sortent de leur bureau. Il faut qu’ils soient des gens de terrain. Il faut qu’ils sachent de quoi ils parlent, qu’ils soient impliqués, et porteurs d’une exigence commune. Souvent, lorsque les règles ne sont pas appliquées, c’est que les gens ne les comprennent pas ou qu’ils n’ont pas compris leur importance dans le circuit. Par exemple, en établissements de santé, les agents de service qui sont responsables du nettoyage, ne comprennent pas forcément qu’ils appartiennent à une chaîne et il faut leur rappeler en quoi ils sont des acteurs importants de la lutte contre les infections nosocomiales. Il faut les valoriser dans leur rôle. ».

D’un établissement à un autre, parfois simplement d’un service à un autre, l’exigence ne semble pas être la même et les transgressions, sport national en France, continuent à être trop nombreuses dans un contexte où il s’agit de sécurité sanitaire.

Autorité, signalements et sanctions à l’hôpital…

Alors en tant que patients, comment se défendre, comment faire valoir ses droits sur ce sujet particulier de l’hygiène et de notre exposition aux infections nosocomiales ?
Jean-Pierre Richard, ancien directeur d’établissements public et privé et désormais représentant des usagers, nous explique le fonctionnement de la hiérarchie à l’hôpital et comment faire remonter une réclamation lorsque l’on est patient…

« À l’hôpital public, le directeur d’établissement est le supérieur hiérarchique du personnel non médical, c’est-à-dire de l’ensemble du personnel, professionnels de santé ou non, hormis ceux qui sont docteurs en médecine. Les infirmières répondent donc à l’autorité du directeur d’établissement mais pas les médecins. Le directeur d’un hôpital public n’est pas le supérieur hiérarchique des médecins, qui sont nommés par une autorité extérieure proche du ministère de la santé. Cela ne veut pas dire que le directeur d’établissement n’exerce pas une forme d’autorité sur les médecins mais les procédures disciplinaires envers ces derniers ne sont pas engagées au niveau de l’hôpital public.

En établissement privé, c’est différent, puisque c’est le contrat de travail qui régit les rapports entre les salariés, qu’ils soient personnels non médicaux ou médecins, et le directeur de l’établissement. Les sanctions éventuelles envers les médecins sont applicables beaucoup plus facilement dans le secteur privé.

Si un patient est confronté à un manquement à l’hygiène lors de sa prise en charge à l’hôpital, il ne faut pas qu’il hésite à en parler à la personne qui s’occupe de lui (une infirmière qui oublierait par exemple de se nettoyer les mains avant un soin). Il peut également le signaler en remplissant le questionnaire de satisfaction obligatoirement remis lors de l’admission (ou par simple lettre s’il ne l’a pas reçu) à envoyer au directeur d’établissement, qui a l’obligation de répondre.

On peut également demander de l’aide auprès des représentants des usagers dont les noms et coordonnées doivent être affichés dans le hall de l’hôpital et qui sont là pour guider et faire entendre la voix des usagers à l’hôpital, afin améliorer leur accueil et leur prise en charge. ».

Nos antibiotiques de moins en moins efficaces du fait d’une surconsommation

En dehors des mesures d’hygiène pour contenir la transmission des bactéries, un autre point permettrait de réduire la gravité des infections nosocomiales, c’est de limiter notre consommation d’antibiotiques aux seules situations où elle est vraiment nécessaire car une surconsommation d’antibiotiques finit par modifier les bactéries que nous portons et qui deviennent résistantes aux traitements.

Selon l’un des derniers rapports commandés par le ministère de la santé en 2015, l’antibiorésistance serait la cause de 12 500 décès par an en France et une commission britannique estime que l’on atteindra 10 millions de morts par an dans le monde, faute de pouvoir éliminer ces bactéries sur lesquelles nos antibiotiques n’agissent plus efficacement.

Malgré les messages de prévention qui alertent chaque année sur le fait que « les antibiotiques, c’est pas automatique », ces médicaments continuent d’être prescrits dans de nombreux cas où ils ne sont pourtant pas du tout utiles. Les infections nosocomiales sont en première ligne sur la question des bactéries antibiorésistantes, mais désormais elles se propagent de plus en plus dans les maisons de retraite et dans les lieux de soins de ville, ainsi que nous l’explique le Professeur Anne-Claude Crémieux, infectiologue, qui a répondu à une interview pour 66 Millions d’IMpatients.

INTERVIEW
Professeur Anne-Claude Crémieux, infectiologue

66 Millions d’IMpatients : Est-ce que notre propre historique de consommation d’antibiotiques va influer sur le fait que l’on pourrait être confronté plus tard à une infection à bactéries résistantes ?

Tout à fait ! Si on prend des antibiotiques inutilement, on va augmenter le risque de faire, dans les semaines ou les mois qui suivent, une infection à bactéries résistantes. C’est donc extrêmement important de limiter les antibiotiques aux situations dans lesquelles on en a vraiment besoin, sans quoi on risque d’handicaper ses propres traitements à l’avenir.

Ainsi, si l’on prend un antibiotique pour une rhinopharyngite, alors qu’il n’y a pas besoin d’antibiotiques pour une telle pathologie, et si l’on souffre quelques semaines ou mois plus tard d’une infection urinaire, il se peut que les bactéries résistent alors aux traitements antibiotiques du fait que l’on en avait déjà pris inutilement pour la rhinopharyngite. On peut également être porteur de bactéries antibiorésistantes si l’on a par exemple séjourné à l’hôpital où ces bactéries sont nombreuses ou si l’on a voyagé à l’étranger, car on sait que dans certains pays, le taux de bactéries antibiorésistantes est très important.

Après un traitement antibiotique, les bactéries de notre corps peuvent donc devenir résistantes ?

Oui, car les bactéries que l’on porte, et qui sont à l’origine d’une infection éventuelle, conservent la trace de notre consommation d’antibiotiques. L’immunité de chacun n’est pas affaiblie par la prise d’antibiotiques mais lorsque l’on en prend, il reste davantage de bactéries résistantes dans l’organisme. En effet, l’antibiotique a tué les bactéries sensibles et a laissé persister les bactéries résistantes qui ont en quelque sorte plus de place pour se multiplier et sont celles qui vont donner une potentielle infection plus tard.

Combien de temps est-on plus à risque face aux bactéries antibiorésistantes après un traitement antibiotique ?

Les conséquences d’un traitement antibiotique durent environ 6 mois. Ensuite, la flore bactrienne naturelle va reprendre le dessus et les bactéries sensibles vont repeupler l’organisme pour jouer le rôle de flore « barrière ». Ce dont les bactéries que l’on porte vont garder une trace, à un moment donné, sont donc les antibiotiques que l’on a pris les 6 derniers mois et non ceux pris dans l’enfance par exemple.

Pourquoi certains pays ont un taux de bactéries antibiorésistantes plus important ?

Il y a en fait deux niveaux de conséquences à la prise d’antibiotiques inutile : des conséquences individuelles comme nous venons de le voir, et également des conséquences collectives parce que les bactéries résistantes se transmettent d’un individu à l’autre. On peut donc trouver une relation entre la consommation d’antibiotiques des habitants d’un pays et le niveau d’antibiorésistance des bactéries dans ce pays.

Pourquoi l’hôpital est-il une zone plus à risque d’exposition aux bactéries résistantes ?

A l’hôpital, il y a plus de bactéries antibiorésistantes car c’est un milieu où ce que l’on appelle « la pression de sélection » est forte puisqu’il y a beaucoup de gens fatigués, fragiles, qui souvent font des infections. Un quart des patients à l’hôpital est traité avec des antibiotiques, ce qui favorise les bactéries résistantes qui peuvent en outre assez facilement passer d’un patient à l’autre.

En fait, l’antibiorésistance est liée à la quantité d’antibiotiques que l’on consomme, à la transmission des bactéries antibiorésistantes entre les individus et à la concentration de personnes fragiles et susceptibles de faire des infections. C’est la raison pour laquelle, à l’origine, l’antibiorésistance était surtout un problème dans les services de réanimation, où se trouvent des patients fragiles et sur qui l’on pratique beaucoup d’actes médicaux. Mais désormais l’antibiorésistance devient même un problème en établissements pour personnes âgées dépendantes. Il y a aujourd’hui une véritable urgence à s’occuper des personnes âgées qui sont consommatrices d’antibiotiques, souvent pour rien, qui vivent en collectivité, donc avec un risque accentué de transmission et qui ont une santé fragile.

Quel message de prévention aimeriez-vous faire passer ?

Le mot d’ordre, c’est qu’il faut prescrire des antibiotiques uniquement lorsque c’est nécessaire car c’est un remède très puissant, qui sauve des vies et dont il serait catastrophique qu’il ne soit plus efficace du fait d’un mauvais usage. Il ne faut pas hésiter à demander à son médecin, lorsqu’il prescrit des antibiotiques, si c’est vraiment bien nécessaire. Un très grand nombre d’angines par exemple est traité à tort avec des antibiotiques. Des tests simples peuvent être effectués en cabinet pour savoir s’il s’agit d’une angine bactérienne, qui nécessite alors effectivement un traitement antibiotique, ou si c’est une angine virale sur laquelle les antibiotiques n’ont aucune efficacité. Ces tests sont encore trop rarement utilisés pour confirmer l’utilité du recours à un antibiotique avant sa prescription, il faudrait pourtant qu’il soit systématique. Enfin, il faut absolument penser à se laver les mains très régulièrement pour éviter les transmissions de ces bactéries résistantes.

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