La canneberge, inefficace dans la prévention des infections urinaires

La canneberge (ou cranberry) inefficace contre les infections urinaires

Une étude publiée récemment conclut une nouvelle fois à l’inefficacité du jus ou des extraits de canneberge (« cranberry » en anglais) dans la prévention des infections urinaires.

Pour ceux qui en doutaient encore, cette étude menée par des chercheurs de l’Université Yale à New York vient définitivement clore le sujet : non, la consommation de canneberge, cette petite baie cultivée en Amérique du Nord, n’est pas efficace pour prévenir les infections urinaires.

L’étude, publiée le 27 octobre 2016 dans le très sérieux Journal of the American Medical Association (JAMA), a porté sur 185 femmes âgées résidant dans des maisons médicalisées (où le risque d’infections urinaires est majoré, indiquent ses auteurs) autour de New Haven dans le Connecticut aux Etats-Unis.

Des résultats identiques avec ou sans canneberge

Pour moitié, cet échantillon s’est vu administrer quotidiennement pendant un an deux capsules de concentré de canneberge (36 mg chacune), soit l’équivalent d’un peu plus d’un demi-litre de jus. L’autre moitié a servi de groupe contrôle.

Durant les douze mois qu’a duré l’étude, ses auteurs se sont intéressés à la présence dans l’urine des participantes de la bactérie E. Coli, responsable de l’infection, ainsi qu’à la survenue de l’infection elle-même. Résultat : aucune différence n’a été observée sur ces deux critères entre le groupe de femmes ayant reçu un extrait de canneberge et celui ayant consommé un placébo.

En mai dernier déjà, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) estimait que « les données, notamment cliniques (suivi de patients), sont actuellement insuffisantes pour conclure que la consommation de canneberge ou de produits en contenant a un effet préventif sur les infections urinaires ».

Une efficacité fantasmée depuis très longtemps

Un éditorial, "Cranberry for Prevention of Urinary Tract Infection? Time to Move On", publié dans la même édition du JAMA sous la plume de Lindsay Nicolle, spécialiste en infections urinaires à l'Université du Manitoba, invite les praticiens à cesser de proposer les produits à base de canneberges comme thérapie efficace contre les infections urinaires.

Pour cette scientifique, « la promotion continue dans les médias populaires de l'utilisation des canneberges dans la prévention des infections urinaires récurrentes ne cadre pas avec la réalité des études négatives ou des études positives compromises par des problèmes méthodologiques ».

L’ingestion quotidienne de produits issus de la canneberge (son jus notamment) est réputée efficace dans la prévention des infections urinaires depuis la moitié du siècle dernier. Les scientifiques ont d’abord pensé que le caractère protecteur du jus de canneberge résidait dans sa capacité à acidifier l’urine, créant ainsi un milieu défavorable au développement des bactéries.

De nombreuses études menées… sans résultats probants

Les études menées par la suite ont montré que les quantités de jus à ingurgiter pour obtenir un tel effet étaient bien trop élevées par rapport à une consommation usuelle. Les chercheurs ont par la suite émis l’hypothèse que les proanthocyanidinescontenues dans la canneberge pourraient participer à diminuer la capacité d’adhésion des bactéries aux parois de la vessie. L’hypothèse a été vérifiée expérimentalement à plusieurs reprises.

De fait, en 2003, l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa,  l’ancêtre de l’Anses) a estimé « acceptable » que les fabricants de produits contenant de la canneberge puissent alléguer qu’ils « contribue[nt] à diminuer la fixation de certaines bactéries E. coli sur les parois des voies urinaires ».

Sauf que "l’efficacité de ce mécanisme chez l’homme n’a jamais été démontré", tranche Lindsay Nicolle. Et la scientifique de conclure : "de nombreux essais cliniques ont porté sur les effets du jus de canneberge dans la prévention des infections urinaires. Pas un seul n’a encore permis d’en apporter la preuve". On sait en revanche que le jus ou les extraits de canneberge sont parfaitement inoffensifs. Rien ne vous empêche donc de continuer à en consommer. N’en attendez pas des miracles toutefois…

vos commentaires

  •  Attention également, la canneberge – comme le pamplemousse – est citée comme ayant des interactions sur l’efficacité de nombreux traitements aux USA et au Canada … N’étant pas usuelle en France, cette information peut ne pas être relayée dans les traitements ciblés. Consommateur, renseignez vous.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

1 -

autres actualités récentes