La méditation pleine conscience appliquée au champ médical

méditation pleine conscience et médical

Laïcisée et appliquée au champ médical pour la gestion du stress par le biologiste américain Jon Kabat-Zinn à la fin des années 1970, la méditation « pleine conscience » a également traversé l’Atlantique pour être enseignée et diffusée auprès des patients européens. En France, le docteur en psychiatrie Christophe André a beaucoup participé à son succès à travers ses nombreux ouvrages et en l’appliquant auprès de ses patients, notamment à l’hôpital.

Cette pratique de gestion du stress peut aider les patients pour diverses pathologies. Le programme original de Jon Kabat-Zinn (MBSR) a d’ailleurs servi de base à l’élaboration de protocoles spécifiques dans la prévention des rechutes dans les domaines des addictions (MBRP) et des troubles dépressifs (MBCT).

Un accompagnement pour apprendre à méditer est souvent nécessaire, surtout dans un contexte médical. En outre, pour être efficiente, la méditation nécessite une pratique quotidienne, ce qui n’est pas évident à mettre en place pour tout le monde et justifie d’un accompagnement motivant.

Stéphany Orain-Pelissolo, psychologue et psychothérapeute formée à la méditation pleine conscience, nous explique comment fonctionne cette forme de méditation. Elle nous parle surtout de son grand paradoxe qui tient au fait d’aller à la rencontre de sa douleur grâce à la pleine conscience afin de ne plus souffrir.

INTERVIEW DE STÉPHANY ORAIN-PELISSOLO

Psychologue et psychothérapeute formée à la thérapie cognitive basée sur la pleine conscience (MBTC). Auteure de Etreindre votre douleur, étreindre votre souffrance. Thérapie basée sur la pleine conscience, aux éditions Odile Jacob.

La méditation peut-elle avoir des vertus thérapeutiques ?

Oui, mais la méditation ne remplace pas le traitement médical. C’est très important de bien comprendre qu’il s’agit d’une pratique complémentaire qui permet à certaines personnes, notamment aux patients qui souffrent de troubles anxieux ou dépressifs, de diminuer leurs traitements voire de les arrêter. Généralement la pratique de la méditation intervient au moins six mois après le début d’un traitement médical. Certains patients attendent évidemment beaucoup plus longtemps avant de se lancer. En outre, grâce à la méditation, les patients ont à leur disposition des outils qui peuvent leur permettre de ne pas rechuter après l’arrêt du traitement. Cependant certains patients qui présentent des troubles sévères comme par exemple des troubles bipolaires, des troubles dépressifs graves ou des troubles obsessionnels compulsifs ne cesseront jamais vraiment leurs traitements médicamenteux et la méditation leur permettra de mieux vivre avec leur maladie.

 Quelle est la différence entre la méditation, la sophrologie ou l’hypnose ?

En ce qui concerne l’hypnose, on va se baser sur la modification de l’état de conscience et la suggestion.  Ce n’est pas le cas dans la méditation de pleine conscience où l’on cherche à être pleinement présent à soi. Le niveau de conscience va varier entre l’hypnose et la méditation.

Dans le cas de la sophrologie et de la relaxation, on va essayer de modifier l’état physiologique du patient. Un patient anxieux peut avoir par exemple des tensions corporelles, la respiration qui s’accélère ou des palpitations. Par le biais d’exercices de respiration ou d’imagerie mentale par exemple, on va chercher à modifier cet état physiologique et à obtenir une détente au niveau corporel. Dans la méditation, on ne recherche pas particulièrement la détente mais plutôt à accueillir la situation. Quand on pratique la méditation, c’est en réalité dans le but d’apprendre à vivre avec des symptômes qui sont parfois désagréables. L’intention première de la méditation n’est pas d’apporter une relaxation au niveau corporel, cependant cela arrive souvent et beaucoup de patients ressentent un effet relaxant à l’issue d’une séance de méditation. Lorsque l’on commence à pratiquer, il n’est pas rare que les patients soient agités durant les premières séances, car ce n’est pas simple de réussir à apprendre à cohabiter à ces symptômes désagréables qui sont souvent des douleurs, des souffrances. On cherche donc à ne plus lutter contre cette expérience désagréable. En fait, on part du principe que ces symptômes, bien que désagréables, ne sont pas là pour rien. Ce sont des signaux du corps qui indiquent que quelque chose ne va pas. Si on cherche à modifier ce symptôme en permanence, on n’est plus à l’écoute au niveau physique ou émotionnel de ce que le corps cherche à exprimer, et donc cela ne nous permet pas de prendre soin de nous.

La méditation est une pratique millénaire, pourquoi en parle-t-on en Europe depuis si peu de temps ?

Très certainement parce que la méditation était jusqu’alors très rattachée à la religion, notamment l’hindouisme et le bouddhisme. À la fin des années 1970, Jon Kabat-Zinn, un biologiste américain a laïcisé la pratique pour la proposer à des fins thérapeutiques dans la clinique du stress où il travaillait. Il est parti du constat que le fait de ne pas réussir à accepter sa maladie, bien entendu a fortiori dans le cas de maladies chroniques, générait un stress supplémentaire, source de dépressions, de troubles anxieux, etc… Il a donc travaillé sur l’acceptation de la douleur, qu’elle soit physique ou psychique. C’est la raison pour laquelle la méditation ne guérit pas les maladies mais permet de mieux vivre avec. En outre, la méditation va permettre également de rééduquer notre attention par rapport aux douleurs éventuelles afin de ne pas « focaliser » sur cette douleur, ce qui bien souvent a tendance à l’augmenter. Grâce à la méditation, on apprend à « dé-zoomer » par rapport à cette douleur pour découvrir ou re-découvrir que dans leur corps, il n’y a pas que cette douleur et qu’il y a d’autres parties du corps où c’est calme et bon de porter son attention. Être présent à l’ensemble des sensations du corps va entraîner un effet de « dilution » de la douleur pour la rendre finalement tolérable.

Peut-on apprendre et pratiquer seul la méditation ?

Tout à fait mais ce n’est pas si simple que cela, surtout pour les Occidentaux qui sont beaucoup dans le mental. Les cultures orientales, notamment sont bien plus à l’écoute de leur corps. En Europe, nous avons toute une rééducation à faire pour apprendre à se désengager de nos pensées et ramener notre attention au niveau du corps.

Cela dit, pour certaines personnes, la pratique de la méditation est assez aisée et ils vont s’y mettre tout simplement avec l’aide d’un bon livre sur le sujet, par exemple. Pour d’autres, et je pense notamment aux personnes qui vivent peut-être une plus grande souffrance, cela va s’avérer beaucoup plus complexe. En effet, lorsqu’on médite, il y a un effort à fournir qui est donc de désengager l’attention portée aux pensées et si l’on est dans un moment de stress ou de souffrance important, on n’a pas forcément l’énergie nécessaire pour y parvenir. C’est difficile d’apprendre à pratiquer seul la méditation lorsque l’on est dans une période où l’on est confronté en permanence à des pensées négatives. D’ailleurs dans nos groupes de pratique, on ne prend pas de gens qui sont en phase aiguë de souffrance. On va d’abord travailler dans ces cas-là en rendez-vous individuel, leur proposer un traitement avant de passer à la pratique méditative en groupe.

Est-il nécessaire de pratiquer souvent et longtemps pour obtenir un résultat probant ?

On a pu vérifier par des tests d’imagerie médicale que la méditation activait ou désactivait diverses aires précises du cerveau. L’objectif en pleine conscience est d’essayer « d’éteindre » la partie du cortex pré-frontale qui est la partie du cerveau qui s’active lorsque l’on réfléchit, que l’on rationnalise, que l’on intellectualise au profit des aires sensorielles de notre cerveau. On peut atteindre cet objectif en travaillant sur la plasticité du cerveau mais il est nécessaire de pratiquer tous les jours. C’est un entrainement et c’est aussi une des raisons pour laquelle ce n’est pas une pratique si simple que cela à intégrer dans sa vie. Idéalement, les puristes parlent de 30 à 45 minutes par jour, mais je ne serais pas aussi radicale afin de ne pas démotiver les patients. Il serait dommage qu’ils aient l’impression d’être médiocres dans leur pratique et de ne rien faire du tout. Ce n’est pas le but. Ce qui me semble important, c’est que les personnes qui décident de pratiquer parviennent au moins à prendre un rendez-vous avec elles-mêmes tous les jours, même si au début ce n’est que 5 minutes. Mais au moins, durant ces 5 minutes, la personne est attentive à son état au niveau physique et émotionnel. Progressivement on augmente ensuite ce temps de méditation, de présence à soi.

Il existe différents courants de méditation ?

La méditation appliquée dans le champ médical est une méditation laïque que l’on appelle « pleine conscience » et qui part des travaux de Jon Kabat-Zinn. Ensuite, il y a plusieurs courants de travail de méditation pleine conscience :

  • Le programme original de Jon Kabat-Zinn s’appelle MBSR pour « Mindfulness-based stress reduction » (qui se traduit en français par « Réduction du stress basée sur la pleine conscience »). C’est un programme qui peut être enseigné à n’importe quelle personne intéressée. C’est une formation assez longue mais qui ne nécessite pas de pré-requis. Ce programme s’applique pour diverses pathologies au cours duquel le patient assiste à 8 séances collectives de deux heures et à une journée entière de pleine conscience pratiquée en groupes.
  • À partir de ce programme original, d’autres ont vu le jour comme MBRP pour « Mindfulness-based relapse prevention », qui est un programme spécifique de prévention de rechutes dans le contexte d’addiction. Les personnes formées à cette pratique sont alors plutôt des soignants spécialistes dans la prise en charge des addictions. Ce programme est basé sur le même modèle avec 8 séances de 2 heures et une journée entière.
  • Il y a également un programme spécifiquement adapté à la prévention des rechutes dépressives, appelé MBCT pour « Mindfulness-based cognitive therapy ». La formation à ce programme est ouverte à des professionnels de la santé mentale.

De plus en plus de personnes sont aujourd’hui formées à ces programmes en Europe (pour trouver un praticien, voir l’annuaire de l’ADM, l’Association pour le développement de la Mindfulness) et l’annuaire de www.mbct-france.fr.

Ces programmes sont-ils onéreux ?

Pour le programme de 8 séances de 2 heures + 1 journée de pleine conscience de 7 heures, les tarifs peuvent varier en fonction de la profession du praticien. Cela va être parfois plus cher en MBCT ou en MBRP qu’en MBSR car le praticien est alors déjà un professionnel de santé. Ensuite, cela risque d’être également un peu plus cher à Paris par rapport à la province. Pour donner un ordre d’idées, le programme MBSR à Paris coûte en général un peu plus de 500€.

Aucun remboursement n’est prévu par l’Assurance maladie, en revanche certains hôpitaux publics proposent ces programmes qui sont alors pris en charge.

 

Rendez-vous dans les prochains jours pour un article sur les médecines complémentaires appliquées à l’hôpital et le cas précis de la méditation pleine conscience pratiquée auprès des patients du centre hospitalier Sainte-Anne à Paris.

 

unsplash-logoNatalia Figueredo

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