Les ados Junot face aux tentations de l’été. Episode 1 : Adolescence et contraception

Cet été, nous retrouvons la famille Junot et particulièrement les deux adolescents, Sidonie et Sébastien, respectivement 16 et 17 ans, qui ont très envie de faire la fête et des rencontres…

Ne sachant pas comment aborder la question avec sa fille, la maman de Sidonie lui a remis  le numéro de sa gynécologue en ville, celui du centre de planification et d’éducation familiale le plus proche et de l’argent nécessaire correspondant au tarif de la  consultation dans le cas où Sidonie consulte une gynécologue libérale. Elle a aussi glissé dans la chambre de son fils et de sa fille une boîte de préservatifs. Entre gêne et pudeur, il arrive trop souvent qu’une grossesse non désirée survienne ou que des jeunes soient exposés à des infections sexuellement transmissibles (IST).

PETITS OU GROS SOUCIS DE SANTÉ, ALIMENTATION, ENVIRONNEMENT, PRÉVENTION… SUIVEZ LES AVENTURES DE LA FAMILLE JUNOT (CAROLINE, MATHIEU ET LEURS 2 ENFANTS, SÉBASTIEN ET SIDONIE) QUI SE POSE LES 1001 QUESTIONS QUE NOUS NOUS POSONS TOUS QUAND IL S’AGIT DE NOTRE SANTÉ.

Sexualité et jeunes : Découvrons les chiffres…

À quel âge aborder la question d’une sexualité active avec ses enfants ? C’est la question délicate à laquelle a été confrontée la mère de la famille Junot. Pour l’aider nous avons rassemblé quelques chiffres qui permettent de comprendre que nos enfants grandissent parfois bien vite…

L’âge du premier rapport :

  • L’âge médian du premier rapport sexuel est de 17,5 pour les garçons et 4 mois de plus pour les filles. (Enquête sur sur sexualité en France – 2008)
  • 17,8% des élèves en classe de 4ème ou 3ème déclarent avoir eu des rapports sexuels. Parmi eux, 2 élèves sur 5 déclarent que leur premier rapport a eu lieu avant l’âge de 13 ans, et les garçons sont presque deux fois plus nombreux que les filles dans ce cas. (La Santé des collégiens en France – 2010)

D’après une enquête réalisée en 2013 par l’INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale) auprès 15235 jeunes :

  • 88,2% des adolescents déclarent avoir été déjà amoureux. Le premier amour se situe vers 12 ans pour les garçons et 13 ans pour les filles
  • 59,1% des jeunes déclarent avoir été en couple depuis plusieurs mois avec leur partenaire avant le premier rapport
  • 86% des jeunes utilisent des préservatifs lors de leur premier rapport sexuel
  • 23,5% utilisent la pilule comme moyen de contraception lors de leur premier rapport sexuel
  • 10,1% n’utilisent aucun moyen de contraception lors de leur premier rapport sexuel

Selon le rapport de l’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) sur l’Accès gratuit et confidentiel à la contraception pour les mineures, datant de 2014, il est rappelé que l’on a compté en 2013 :

  • 3838 naissances de mères mineures (contre 4148 en 2006)
  • Environ 12 000 avortements chez des mineures (contre 14 000 en 2006)
  • 70% des interruptions volontaires de grossesse (IVG) chez les femmes mineures ont lieu alors même qu’elles utilisaient un contraceptif

Une représentation toujours aussi caricaturale entre la sexualité des filles et des garçons…

Ces chiffres montrent donc que les jeunes sont en grande majorité attentifs à utiliser un moyen de contraception dès lors qu’ils sont actifs sexuellement. Le préservatif est majoritairement plébiscité chez les jeunes, notamment parce qu’il n’y a pas besoin de prescription médicale pour s’en procurer, mais aussi, d’après le rapport de l’IGAS, par volonté de se protéger contre les maladies sexuellement transmissibles. Le rapport précise d’ailleurs que le préservatif est un moyen de contraception particulièrement utilisé chez les jeunes femmes mineures : 44,7% des 15-17 préfèrent le préservatif, contre 12,2% des femmes de 15 à 49 ans. Malheureusement il n’est pas fiable à 100%. D’ailleurs le fait que 70% des mineures ayant recours à l’IVG utilisaient pourtant un moyen de contraception, montre qu’il y a un défaut d’informations ou d’observance chez les jeunes par rapport à la contraception.

L’âge du premier rapport ou celui du premier enfant a beaucoup évolué ces 40 dernières années mais il y a une donnée qui finalement ne bouge pas, souligne Nathalie Bajos de l’INSERM, dans cette conférence filmée intitulée « Sexualité et contraception des asolescent-e-s » : « C’est le fait que les représentations de la sexualité restent figées dans le temps et continuent d’opposer le fait que par nature, les hommes ont plus de besoins sexuels que les femmes, alors que bien évidemment c’est faux. Y compris chez les très jeunes, puisque les jeunes femmes, encore plus que les jeunes hommes, considèrent que par nature, les hommes auraient plus de besoins sexuels. ».

Tout ceci donne décidément du fil à retordre à la maman des deux adolescents Junot. Elle aimerait réduire cette inégalité dans la représentation de la sexualité entre hommes et femmes. Cela ne pourrait-il pas d’ailleurs commencer par impliquer le père sur le sujet ? En effet, dans cette conférence, Nathalie Bajos précise que c’est le plus souvent la mère qui est en charge du sujet de la sexualité auprès de ses enfants. Mais en matière d’égalité des sexes face à la contraception, dès que l’on entre dans des considérations médicales, comme avec la pilule notamment, c’est pour l’instant encore souvent un sujet féminin.

Gratuité et anonymat pour la contraception des mineures de 15 à 17 ans

La loi de financement de la sécurité sociale (LFSS) de 2013 a instauré la gratuité de la délivrance des contraceptifs remboursables pour les mineures de 15 à 17 ans, ainsi que le droit au secret pour toutes personnes mineures. L’Assurance maladie ne transmet pas de relevé de remboursement sur ces actes, que la délivrance ait lieu en pharmacie ou en centres de planification ou d’éducation familiale. Cette mesure s’applique uniquement sur les contraceptifs remboursables par l’assurance maladie c’est à dire, les pilules contraceptives (sauf celles de 3e et 4e générations), les implants contraceptifs, les dispositifs intra-utérins (DIU) ou stérilets et les diaphragmes. Le patch, l’anneau, la cape cervicale, les préservatifs et les spermicides ne sont pas remboursés. Dans les faits, le rapport du l’IGAS sur l’Accès gratuit et confidentiel à la contraception pour les mineures, pointe pourtant des dysfonctionnements, dus notamment à un défaut de communication claire avec les pharmacies sur la procédure à suivre concernant la gratuité mais également le secret de cette délivrance de contraception. Les chiffres sont d’ailleurs très décevants, puisque moins de 1% des délivrances de contraceptifs aux mineures se font dans le cadre de ces mesures de gratuité et de secret.

Quelques mois plus tard, la LFSS de 2014 met en place un tiers payant pour la consultation et les analyses biologiques pour les mineures de 15 à 17 ans. On parle ici de consultations effectuées par un médecin ou une sage-femme, dans le but d’établir une prescription de contraceptifs, d’examens biologiques ou de réaliser des actes de pose, changement ou retrait d’un contraceptif intra-utérin. Le tiers payant s’applique sur la part prise en charge par l’assurance maladie obligatoire (AMO). Cela signifie qu’il reste bel et bien, de toute façon, le ticket modérateur à payer (c’est à dire 30% soit 7,50€ pour une consultation à 25€), voire davantage si le médecin que la mineure consulte pratique des dépassements d’honoraire. Pour les examens médicaux en laboratoire, la part du ticket modérateur qui reste à la charge de la patiente est de 40%. Bien entendu, le ticket modérateur peut être pris en charge, le cas échéant, par une complémentaire santé.

La maman de Sidonie Junot avait bien conscience que sa fille aurait besoin d’un peu d’argent si elle voulait consulter une gynécologue libérale, et au besoin faire des examens. Elle sait aussi qu’elle devra lui donner un peu plus d’argent dans le cas d’une contraception avec une pilule de 3ème ou 4ème génération qui restera entièrement à sa charge.

Vous l’aurez compris, il n’est pas ici question d’envisager une mesure de secret pour les mineures concernées par ses consultations et examens. Si c’est important pour elles d’éviter de se servir de la carte vitale de leurs parents, elles devront payer l’intégralité des actes, ce qui est parfois, tout à fait inenvisageable.

Enfin, il est possible d’avoir accès à une consultation gratuite et sans autorisation des parents pour une prescription d’un contraceptif en se rendant dans un Centre de planification et d’éducation familiale (CPEF). Cliquez ici pour voir la liste des centres.

En résumé, une jeune fille entre 15 et 17 ans peut avoir un PARCOURS DE SOINS GRATUIT ET SECRET concernant sa contraception :

  • Si elle consulte en Centre de planification et d’éducation familiale (CPEF) pour obtenir une prescription médicale pour sa contraception
  • Si le contraceptif prescrit fait partie de ceux remboursés par l’Assurance maladie, comme une pilule de 1ère ou 2ème génération.

LE CAS DES MOINS DE 15 ANS …
Les lois ont restreint le champ des mesures de gratuité et de tiers payant aux mineures entre 15 et 17 ans. Sur ce point le rapport IGAS précise : « Si les pratiques sexuelles sont rares avant 15 ans, cette tranche d’âge est la plus vulnérable. Or ces jeunes adolescentes sont aujourd’hui dans une situation pour le moins ambigüe : la LFSS 2013 leur garantit le secret mais ne leur offre pas la dispense d’avance de frais. Cette incohérence est d’autant plus problématique que, ces mineures n’ayant quasiment aucune autonomie financière, sans la gratuité, il est quasiment impossible de parvenir à mettre en place le secret. Harmoniser les critères d’âge entre les mesures de secret et de dispense d’avance de frais par une extension de la gratuité apparaît donc nécessaire. »

Quelle contraception choisir quand on est jeune ?

Le préservatif est un mode de contraception très utilisé chez les jeunes et en plus d’être un moyen de contraception, il protège également du VIH, des hépatites et des autres infections sexuellement transmissibles (IST). Pour la maman de Sébastien et Sidonie Junot, c’était le moyen de contraception le plus simple à proposer à ses enfants. On peut en trouver gratuitement dans les centres de planification et d’éducation familiale (CPEF) ou dans les centres gratuits d’information, de dépistage et de diagnostic du VIH, des hépatites virales et autres IST (CeGIDD). Ailleurs il n’est pas gratuit mais s’obtient sans prescription médicale, donc très facilement, sans besoin de l’autorisation des parents ou d’être accompagné par un adulte !

Voici le mode d’emploi en images pour le préservatif masculin, et celui pour le préservatif féminin (et oui, n’oublions pas qu’il existe !). Testez également ce mode d’emploi interactif plein d’humour (voir la vidéo interactive dans cet article).

Le problème du préservatif est qu’il peut finalement être mal mis, ou parfois se déchirer. Le mieux est donc d’assurer une double protection, avec une méthode contraceptive la mieux adaptée pour mademoiselle et le préservatif en bonus pour être à la fois à l’abri d’une grossesse non désirée, des IST et du VIH. Sur le site choisirsacontraception.org, tout est particulièrement bien détaillé, et dans la rubrique « Trouver la bonne contraception », il y a  même un sous-chapitre sur la contraception des premières fois et sur la double protection.

Il est difficile de préconiser une méthode contraceptive plutôt qu’une autre, c’est vraiment du cas par cas. Voici en tout cas un tableau intéressant qui résume les différentes méthodes de contraceptions et précise également les prix et les remboursements le cas échéant.

Pour pousser un peu la réflexion autour du choix de la contraception chez une jeune fille, il y a également cet article écrit par une gynécologue sur son propre blog.

Contraception d’urgence pour les mineures (ou pilule du lendemain…)

La contraception d’urgence peut être délivrée gratuitement et sans ordonnance aux mineures, en pharmacie, à l’infirmerie scolaire ou dans les les centres de planification et d’éducation familiale (CPEF). Le pharmacien, l’infirmière ou la personne

rencontrée au CPEF prendra le temps de d’expliquer la procédure.

Il y a la contraception d’urgence hormonale qui se présente sous la forme d’un comprimé qu’il est possible de prendre jusqu’à 3 jours après un rapport sexuel non ou mal protégé ou bien encore le DIU en cuivre (ou stérilet) qui peut être également indiqué comme contraception d’urgence jusqu’à 5 jours après le rapport à risque. Ce dernier dispositif nécessite une consultation préalable auprès d’un généraliste, d’une sage-femme ou d’un gynécologue et d’y retourner pour une pose intra-utérine, après avoir été le chercher en pharmacie où il sera délivré gratuitement aux mineures. L’autre solution est de se rendre dans un des centres de planification et d’éducation familiale (CPEF) qui assurera une prise en charge globale et gratuite de cette contraception d’urgence, tout en respectant le secret si besoin.

Dans tous les cas, l’infirmière scolaire, le pharmacien ou le médecin sont tenus de respecter le secret médical et ne peuvent pas en parler aux parents sans l’accord de leur patiente. Cependant, si pour bénéficier du tiers payant auquel elle a droit, la jeune fille mineure présente la carte vitale de ses parents lors de la consultation nécessaire à la pose d’un DIU, cela apparaîtra sur leur relevé de remboursement (voir plus haut, le paraphe sur la gratuité et l’anonymat pour la contraception de mineures de 15 à 17 ans).

LES DISPOSITIFS IPASS ET PASS' CONTRACEPTION
Dans la moitié des régions françaises, il existe un dispositif appelé Pass’Contraception, qui se présente sous la forme d’un chéquier donnant droit gratuitement à des consultations, des analyses médicales, des contraceptifs, comme des préservatifs ou des contraceptifs d’urgence.
Selon les régions, et malgré une base commune, les coupons disponibles diffèrent, tout comme les montants pris en charge ou les jeunes ciblés (certaines régions ne l’offrent qu’aux filles par exemple).
Les Pass’ sont en général distribués dans les établissements scolaires publics et souvent dans les CPEF. Le rapport de l’IGAS pointe le fait que le nombre de Pass’ distribué est finalement faible et que ceux qui le sont, sont de toutes façons peu utilisés par les jeunes.
Ce constat pessimiste a incité la région Ile-de-France à se désengager de ce dispositif et à réfléchir à une solution plus pertinente pour atteindre les jeunes d’autant que 11% des Franciliennes n’utilisent pas de contraception (contre 6,4 au niveau national) et qu’elles sont 56% à avoir recours à la contraception d’urgence (contre 39% au niveau national). La région Ile-de-France a donc mis en place un site internet d’informations baptisé iPASS (ipasscontraception.fr) et explique ses motivations dans cet article. Le site iPASS est certes très simple et bien fait, mais il s’ajoute finalement à un très grand nombre de sites d’informations, que Madame Junot a pris le temps de lire avant de parler de sexualité à ses enfants, et qui donnent quand même le tournis…

L’interruption volontaire de grossesse (IVG) chez les mineures

Pour voir la situation côté chiffres (Chiffres Drees – 2016), en France, le taux de recours  à l’IVG est de :

  • 14,4 pour 1000 pour les femmes âgées de 15 à 49 ans
  • 7,6 recours pour 1000 parmi les 15 à 17 ans
  • 19,5 pour 1000 parmi les 18-19 ans

Il est possible en France d’avorter sans le consentement de ses parents lorsque l’on est mineure. Il faudra cependant se faire accompagner par une personne majeure de son choix.

En outre, l’IVG est prise en charge à 100% et sans avance de frais pour les mineures non émancipées sans consentement parental. Pour tout comprendre sur la procédure d’IVG pour les mineures, cet article est particulièrement bien fait, et le site ivg.gouv.fr donne en général tous les renseignements utiles pour connaître les différentes méthodes envisageables (médicamenteuse ou chirurgicale).

Il permet également de savoir où s’informer, et donne la liste des coordonnées des centres de planification et d’éducation familiale (CPEF) et des établissements d’information, de consultation et de conseil familial répartis un peu partout sur le territoire.

IL Y A ENFIN LE NUMERO NATIONAL ANONYME ET GRATUIT 0 800 08 11 11

Dans un prochain épisode, nous verrons un autre volet de la sexualité chez les jeunes, celui qui concerne les infections sexuellement transmissibles et le VIH.

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