Les ados Junot face aux tentations de l’été. Episode 3 : ados et addictions

Adolescents et addictions

Au cours de l’été, nous avons suivi les aventures de la Famille Junot : les parents ont été particulièrement attentifs à leurs deux ados, Sidonie et Sébastien, respectivement 16 et 17 ans, qui avaient très envie de faire la fête et de faire des rencontres.

Dans les deux premiers épisodes, il a été question de la façon d’aborder les sujets de sexualité et de santé sexuelle avec leurs enfants, tout d’abord par rapport à la contraception puis concernant les Infections sexuellement transmissibles (IST).

Cependant les parents Junot se rendent bien compte que l’été a été riche en expériences de toutes sortes, dont le tabac et l’alcool et peut-être aussi d’autres produits qui sont souvent catégorisées sous la même appellation de « drogues ». Là aussi il est compliqué de savoir quand et comment aborder le sujet sans risquer que ses enfants se renferment et refusent d’en parler.

À quelques jours de la rentrée, nous avons recueilli l’interview de Frédéric Graff de l’association Les Amis de la Santé, qui va régulièrement faire de la prévention dans les collèges et les lycées pour parler des addictions, notamment celles liées à l’alcool.

PETITS OU GROS SOUCIS DE SANTÉ, ALIMENTATION, ENVIRONNEMENT, PRÉVENTION… SUIVEZ LES AVENTURES DE LA FAMILLE JUNOT (CAROLINE, MATHIEU ET LEURS 2 ENFANTS, SÉBASTIEN ET SIDONIE) QUI SE POSE LES 1001 QUESTIONS QUE NOUS NOUS POSONS TOUS QUAND IL S’AGIT DE NOTRE SANTÉ.

Quelques chiffres…

L’Observatoire français des drogues et des toxicomanies a publié en décembre 2016 un ouvrage très précis sur les usages et consommations des jeunes français face aux produits psychoactifs. Ce rapport, intitulé Jeunes et Addictions a également fait l’objet d’un site dédié à ce thème. Voici quelques informations avancées dans l’ouvrage :

On estime que les addictions liées au tabac, à l’alcool et aux autres drogues font autour de 100 000 morts par an en France. Il faut agir tôt pour prévenir les phénomènes de dépendances. En outre, lorsqu’il existe des antécédents familiaux de dépendance à des substances psychoactives, cela augmente le risque de dépendance chez les adolescents concernés.

TABAC

  • 6,6% des adolescents l’ont testé à 11ans
  • 24,5% l’ont testé à 13 ans
  • 51,8% l’ont testé à 15 ans
  • 80% l’ont testé à la fin de l’adolescence
  • Tout se joue finalement à l’adolescence puisqu’à 17 ans, ils sont 32,4% à fumer quotidiennement, qu’entre 18 et 25 ans ils sont 36,6% et que ce pourcentage reste assez stable par la suite chez les adultes.

ALCOOL

  • 50% des jeunes de 11 ans ont déjà goûté une boisson alcoolisée
  • 80% des jeunes de 15 ans ont déjà goûté une boisson alcoolisée
  • À 17 ans, 12% des jeunes disent consommer de l’alcool plus de 10 fois par mois
  • À 17 ans, 48,8% reconnaissent avoir vécu, durant le mois passé, un épisode d’alcoolisation ponctuelle importante (API), aussi connu sous le nom de « binge drinking » ainsi que l’appellent les Anglo-Saxons. Il s’agit d’avoir bu au moins 5 verres au cours d’une seule et même occasion.

CANNABIS

  • 28% des jeunes de 15 ans l’ont expérimenté
  • 47,8% des jeunes de 17 ans l’ont expérimenté
  • Entre 15 et 17 ans, 10% sont des consommateurs réguliers

POLYCONSOMMATION ALCOOL/TABAC/CANNABIS

  • À 17 ans, environ 70% des adolescents ont expérimenté au moins 2 de ces 3 substances
  • À 17 ans, 45% des adolescents les ont toutes expérimentées
  • 13% des adolescents sont des consommateurs réguliers d’au moins 2 de ces 3 substances

Les risques

Aux risques sanitaires que représentent le tabac, l’alcool ou le cannabis sur la population en général (cancers, maladies cardio-vasculaires, cirrhose, etc…) s’ajoutent plus particulièrement chez les jeunes des dommages cérébraux plus importants car leur cerveau est en cours de développement. Il est à noter que le cannabis et l’alcool peuvent révéler ou aggraver des troubles psychiatriques.

En outre, il existe également les risques collatéraux qui augmentent sous l’emprise de l’alcool ou d’autres drogues, comme le recours à la violence, les rapports sexuels non protégés et/ou non désirés, les accidents de la route, etc… Ce sont des risques qui concernent la santé physique des jeunes mais également leur intégration sociale et leur bien-être psychique.

Où trouver de l’aide ?

L’infirmière scolaire peut aider les élèves qui en ressentent le besoin. Il ne faut pas hésiter à aller la voir. Pour commencer à en parler, le médecin généraliste est également compétent pour prendre en charge ou orienter le jeune patient en situation de dépendance ou craignant de l’être.

PICOLO : le jeu sur smartphone pas rigolo
Les jeux entre amis dans lesquels les gages pour les perdants sont de boire des boissons alcoolisées ont toujours existé. Malheureusement les éditeurs de jeux sur smartphone ont trouvé cela inspirant. Ainsi, si vos adolescents téléchargent le jeu Picolo ou Chopine sur leur téléphone, c’est peut-être le bon moment pour parler de consommation d’alcool avec eux !

Il existe également les Consultations Jeunes Consommateurs (CJC), spécialisées dans la prise en charge des addictions chez les jeunes de 12 à 25 ans. Ces consultations sont gratuites et confidentielles. Des permanences peuvent être mises en place dans les Centres spécialisés d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA – Voir l’annuaire ici) ou dans des lieux spécialisés dans l’accueil des jeunes (Maisons des adolescents et Points accueil écoute jeunes).

Le numéro de téléphone pour parler de problèmes liés à l’alcool ou à la drogue est celui de Drogues info service : 0 800 23 13 13
Ligne ouverte de 8h à 2h, 7/7, appel gratuit depuis un poste fixe.

 

Interview de Frédéric Graff, président départemental des Amis de la Santé.

66 Millions d’IMpatients : Les jeunes ont-ils plus de fragilités par rapport à l’alcool et aux drogues que les adultes ?

Frédéric Graff : Cette fragilité chez les jeunes est surtout due à l’ignorance des conséquences de l’absorption de drogues ou d’alcool.
On se rend compte également que lorsqu’ils ont des comportements à risques vis-à-vis des addictions, c’est souvent parce qu’ils veulent faire comme les autres. Ils se laissent influencer.

Pour certains, nous disent-ils, c’est une façon d’oublier leurs soucis à l’école ou à la maison. Enfin il y a les situations de « Binge Drinking », c’est-à-dire une consommation excessive d’alcool sur une période très courte. Cela concerne principalement les lycéens, on en voit moins au collège.

Aujourd’hui les jeunes sont confrontés à une multiplicité de tentation d’excès voire d’addictions et certains en vivent malheureusement plusieurs simultanément. Ils peuvent avoir une conduite addictive vis-à-vis de plusieurs substances en même temps, comme l’alcool et le tabac notamment.

Sous quelle forme l’association intervient-elle auprès des jeunes ?

Nous rencontrons des jeunes de 4ème et 3ème, ainsi que des lycéens. Nous faisons principalement de la prévention lors de séances qui durent environ 2 heures. Nous parlons avec eux surtout des comportements à risques liés à l’alcool mais nous répondons bien sûr à leurs questions sur les autres sujets potentiels d’excès et de dépendance, comme le cannabis, et nous travaillons sur le sujet de la drogue avec une autre association spécialisée sur ce thème.

En dehors des actions de prévention, les établissements avec lesquels nous travaillons nous signalent lorsqu’ils ont des cas d’élèves qui viennent à l’école en état d’ébriété. Heureusement, c’est assez rare. Dans ce cas-là, l'établissement met en place un protocole d’inclusion/exclusion. Le jeune ne va pas en cours pendant 2 ou 3 jours mais vient à l’école et travaille sur le sujet des addictions avec nous. Il présente ensuite son travail aux autres élèves.

« Suite à un sondage effectué dans un des lycées où nous intervenons, un quart des élèves a reconnu s’être déjà rendu au lycée en ayant bu de l’alcool »

Quels sont les sujets qui interpellent le plus les jeunes que vous rencontrez ?

Ils posent beaucoup de questions sur l’alcool et les dommages sur le cerveau. Ils sont aussi curieux de comprendre comment et en combien de temps l’alcool est éliminé dans l’organisme. Enfin ils sont toujours très étonnés quand on aborde le sujet des équivalences des verres entre les alcools forts et ceux moins dosés en alcool comme la bière. Pour eux un shot de vodka, c’est un si petit verre que cela contient forcément moins d’alcool… Evidemment ce n’est pas vrai puisque la concentration en alcool est plus forte dans la vodka que dans la bière ou le vin par exemple.

Rappel sur l’équivalence des verres…
Chacun de ces verres contient la même quantité d’alcool = 10 grammes d’alcool
  • 1 demi (25cl) de bière à 5° d’alcool
  • 1 flûte (10 cl) de champagne à 12°
  • 1 ballon (10cl) de vin à 12°
  • 1 verre de pastis (3cl) à 45°
  • 1 verre de digestif (3cl) à 40°
  • 1 verre de whisky (3cl) à 40°
  • 1 shot de vodka (3cl) à 40°

Quel est le message essentiel que vous voulez leur faire passer ?

Qu’il faut vraiment commencer à boire le plus tard possible. Plus on commence tôt et plus il y a de risques de tomber dans un excès ou une dépendance face à l’alcool. Il faut savoir que le cerveau arrive à maturation entre 20 et 22 ans et qu’avant cet âge les dommages causés par l’alcool sur le cerveau sont plus importants. On sait bien cependant que la plupart des jeunes ont déjà expérimenté l’alcool avant 22 ans mais il faut au moins leur conseiller de ne pas boire tous les week-ends, de se limiter, d'éviter absoument les épisodes d'alccolisation ponctuelle importante (bonge drinking), et leur montrer que l’on peut faire la fête et s’amuser sans alcool.

On se rend compte que nos interventions ont un impact en termes de prévention sur les élèves, car il arrive que certains d’entre eux suivent 2 fois la formation, au collège puis au lycée et on constate qu’ils ont été attentifs la première fois, qu’ils ont retenu nos messages.

Les élèves posent-ils des questions qu’ils n’osent pas poser à la maison ?

Devant les autres, chacun pose des questions d’ordre général sur l’alcool, mais ceux qui ont des problèmes précis ne prennent pas la parole devant leurs camarades. Je parle des jeunes qui sentent qu’ils ont déjà un problème de dépendance, ou de ceux qui vivent avec un parent qui a un problème avec l’alcool. Ces élèves-là viennent nous voir à la fin de nos interventions et nous leur proposons de les prendre en charge et de les aider.

En dehors de ce type d’interventions de prévention, il faut absolument que les élèves sachent qu’ils peuvent aller voir à tout moment l’infirmière scolaire pour parler. Elle saura les aider, les orienter.

A l’association, les intervenants ont un vécu qui renforce le discours de prévention auprès des jeunes ?

En effet, 90% des intervenants de l’association ont connu un problème de dépendance par rapport à l’alcool. Les jeunes sont très étonnés quand on le leur dit et que l’on précise que nous avons réussi à nous arrêter à temps sans trop de conséquence sur notre santé mais que cela fait des années que nous sommes abstinents. Nous rencontrer les fait réfléchir, car pour les jeunes, un malade alcoolique vit en marge de la société, est souvent sans domicile fixe et ivre toute la journée. Ils ont du mal à intégrer que tout un chacun peut être confronté à cette maladie. Quand on leur dit ensuite qu’il ne faut plus que l’on boive un seul verre à vie, là aussi ils ont du mal à comprendre, mais cela nous permet d’expliquer que l’on parvient très bien à s’amuser et faire la fête sans boire d’alcool !

En tant que parents, comment être vigilants ?

C’est difficile car en général, lorsqu’un jeune a un problème avec l’alcool ou la drogue, le premier réflexe va être le déni. Ils vont dire qu’ils n’ont pas de problème, ou le minimiser. Il est souvent déjà trop tard quand ils reconnaissent qu’ils consomment trop d’alcool ou de drogue.
Les signes d’alerte sont la plupart du temps une perte de concentration, de l’agressivité, une chute des notes à l’école, etc…
En tant que parents, être trop sévère sur le sujet ne sert à rien mais il faut cependant confronter son enfant au problème pour que cela n’empire pas et insister pour l’emmener voir un spécialiste dans une association comme la nôtre, par exemple.
On ne peut pas non plus interdire à un jeune de boire de l’alcool tout en donnant l’exemple contraire à la maison.
Une autre façon de mettre son enfant face au problème est qu’il rencontre d’autres jeunes qui souffrent d’addiction. J’ai eu le cas de jeunes qui ont vécu comme un électrochoc le fait de faire une visite préalable pour une cure de désintoxication.

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