Les techniques de gestion du stress post-traumatique adaptées au soutien psychologique entre patients

soutien psychologique entre patients

Marcel est secouriste depuis 1955. Il a vécu des moments difficiles comme la guerre d’Algérie ou le tremblement de terre d’Agadir puis il y a quelques années, alors qu’il est à la retraite, il est lui-même confronté à un choc traumatique concomitant à des troubles cardiaques pour lesquels on lui pose des stents (petit treillis baptisé "stent" inséré dans l’artère coronnaire qui était bouchée, afin de la maintenir ouverte). C’est alors qu’il fait le rapprochement entre la gestion du stress chez les personnes ayant subi un traumatisme et celles à qui l’on annonce une maladie grave ou une maladie chronique.

A 82 ans, il ne peut plus porter le sac d’intervention ou de brancard, mais toujours aussi motivé par le désir de venir en aide à ceux qui en ont besoin, il suit une formation en socio-psychologie organisée par Lydie, formatrice socio-psy, secouriste depuis de nombreuses années et chef de poste secouriste, pour gérer les situations de stress et particulièrement de stress traumatique lors d’évènements à multiples victimes (EMV). 

Déjà très investi auprès de l’AFDOC (Association française des Malades et Opérés Cardio-vasculaires) et du Club Cœur et Santé, il propose au chef du service cardiologie de l’hôpital de Montluçon d’organiser un soutien psychologique des malades hospitalisés en cardio.

Il demande alors à Lydie de l’aider à réaliser ce projet en apportant son expertise en gestion des victimes de catastrophe et concevoir une formation adaptée à des patients hospitalisés, environnement différent de celui d’un EMV.

« Nous sommes partis du constat que les personnes hospitalisées étaient trop souvent traitées sur le plan pathologique aux dépens de l’aspect psychologique. Ce n’est évidemment pas que les soignants n’aient pas envie de le faire, mais ils manquent de temps, et parfois de la formation nécessaire pour aider les patients sur le plan psychologique », explique-t-il.

Gérer le stress traumatique chez les malades, comme on le fait pour une victime d’accident

Marcel sait très bien ce qu’est le stress dont il a eu l’occasion de tester personnellement la majorité des causes. Malgré une certaine résistance face à des événements traumatiques, il s’est rendu compte qu’il  fallait parfois accepter une aide extérieure pour entrer en résilience. Quelle qu’en soit la cause, un stress mal géré peut empêcher les patients d’être réceptifs au discours des médecins sur l’aspect médical de leur maladie, ce qui ne peut que compliquer leur capacité à devenir acteurs de leur santé dans ce contexte. En fait, le patient chronique passe par un certain nombre d’étapes psychologiques proches de celles du deuil, allant de la révolte à l’abattement, qu’il faut accompagner jusqu’à la résilience avec des durées variables suivant les individus.

 « Le stress est une réponse de l’organisme qui mobilise toute notre énergie pour faire face à une situation imprévue. Le stress est donc naturel et nécessaire mais il devient vraiment problématique lorsqu’il dure trop longtemps ou qu’il est trop fort. Il peut d’ailleurs générer des répercussions physiologiques très nettes. Par exemple, lorsqu’on subit un stress trop intense, on peut avoir le cœur qui enfle littéralement. En outre, le stress puise dans nos réserves de glucides. Certaines personnes sous l’effet du stress maigrissent beaucoup, d’autres au contraire grossissent car ils mangent trop pour compenser cette perte de glucides importante. Cela va dépendre des métabolismes.

Il faut savoir également que les chocs émotionnels peuvent rester « endormis » pendant des jours, des semaines, voire des années et sous l’effet d’un déclencheur parfois très anodin, ressurgir d’un seul coup sous la forme de ce que l’on appelle le stress post-traumatique. Souvent, on ne comprend alors pas d’où ce stress provient et sans une aide psychologique adaptée, on peut sombrer dans une grave dépression. », ajoute Marcel.

Qui, mieux que des patients, comprendraient les tourments d’autres patients ?

Marcel s’est alors demandé comment organiser un soutien psychologique aux malades vivant mal l’annonce de leur maladie. Il fallait des personnes vraiment qualifiées pour écouter et comprendre ces patients qui vivent l’annonce de leur maladie comme un choc, source de stress. Il s’est alors souvenu d’une expérience personnelle. Il y a quelques années, il avait été invité à diner chez un couple dont le mari avait également fait la guerre d’Algérie et on l’avait mis en garde, que ce monsieur faisait un blocage sur le sujet et refusait d’évoquer cette période de sa vie. Mais au cours du diner, ce dernier a compris que son invité avait également servi en Algérie et il s’est confié pendant 2 heures sur cette expérience douloureuse. Pour Marcel, il est évident qu’il est plus facile de se confier à quelqu’un qui a traversé une situation identique et peut en comprendre le ressenti, donc qu’en ce qui concerne la maladie les personnes les plus qualifiées étaient les patients eux-mêmes.

« Il y a une histoire de ressenti qui va au-delà des mots et que les soignants ne comprennent pas forcément, à moins d’être malades eux-aussi. Le lien est beaucoup plus facile et les échanges bien plus crédibles entre patients. Cependant il n’était pas question que je néglige de proposer une formation à ces patients bénévoles qui accepteraient d’aider d’autres malades. », précise l’initiateur du projet.

Un projet de formation déposé et accepté par l’Agence régionale de Santé

Marcel et Lydie présentent donc un projet de formation à l’ARS (Agence régionale de Santé) qui l’accepte tout de suite. Un projet pilote s’organise, pour lequel ils adaptent la formation socio-psychologique à une formation spécifique à destination de patients-référents pour la prise en charge psychologique de malades qui vivent mal leur maladie. Dans les deux cas, c’est en réalité une formation autour de la gestion du stress. Il y a évidemment un peu de théorie, mais c’est surtout une formation pratique, avec des jeux de rôles notamment. Les participants apprennent à prendre contact avec la personne stressée, à établir une relation de confiance puis à la laisser parler en étant à l’écoute. Cette formation de 40 heures est bien entendu gratuite, financée par l’ARS et soutenue également par des formateurs bénévoles.

La première session a été lancée cette année et se terminera en juin. 12 patients bénévoles se sont portés candidats et 7 ont été retenus car, comme l’explique Marcel, il faut avoir une certaine maturité dans l’acceptation de sa maladie. Un patient qui serait lui-même encore émotionnellement fragile par rapport au vécu de sa maladie aura du mal à être à l’écoute des malades. Sans compter que malheureusement parfois, l’équipe pourra être amenée à rencontrer des malades qui peuvent ne pas survivre. Il faut alors être préparé à ce genre de situation et des réunions d’équipe sont prévues régulièrement pour que les patients-référents puissent eux-mêmes échanger et se soutenir les uns les autres.

Les premières interventions sont prévues dès l’été prochain

Dans un premier temps, grâce au soutien du service de cardiologie du centre hospitalier de Montluçon, la formation a donc été adaptée spécifiquement pour les malades cardiaques. Cependant, dans la mesure où la partie la plus importante de la formation concerne la communication et la gestion du stress, elle pourrait tout à fait être proposée pour d’autres pathologies.

Lorsqu’en juin les premiers patients-référents seront formés, ils iront au plus près des malades dans le service de cardiologie du centre hospitalier de Montluçon :

« Ils peuvent faire appel à nous s’il leur semble qu’un malade hospitalisé pourrait avoir besoin de parler, avec l’accord du malade bien entendu. Un protocole d’intervention prévoit que les patients-référents interviennent toujours en binôme auprès des malades, ce qui permettra de prendre le relai en cas de blocage dans la communication et afin de faciliter l’échange et la parole, ce sera évidemment le patient qui choisira son interlocuteur », indique Marcel.

Notez enfin que les patients-référents sont soumis au secret médical au même titre que les soignants, et espérons que ce projet essaime dans d’autres régions, pour d’autres pathologies. 66 Millions d’IMpatients est en tout cas prêt à recueillir la parole de patients qui en auront bénéficié.

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