Nouvelles recommandations nutritionnelles : l’Anses met la table

Nouvelles recommandations nutritionnelles : l’Anses met la table

Dans un rapport publié le 24 janvier, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) pose les jalons scientifiques des futures recommandations en matière d’alimentation. Que retenir de ce rapport ?

Depuis 4 ans maintenant, les experts de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) planchent sur l’actualisation des recommandations nutritionnelles du Programme national nutrition santé (PNNS) à la lumière de l’avancée des connaissances scientifiques. Les résultats de ces travaux viennent d’être publiés.

« Pour établir ces nouveaux repères, nous avons utilisé un outil mathématique qui nous a permis d’intégrer pour chaque aliment à la fois les besoins nutritionnels, les relations connues entre les aliments et les grandes pathologies ainsi que l’impact des contaminants chimiques qu’ils sont susceptibles de contenir »

Focus, avec Irène Margaritis, chef de l’unité de l’évaluation des risques liés à la nutrition à l’Anses, sur les principaux résultats de ces travaux.

66 Millions d’IMpatients – Dans quel contexte avez vous mené cette étude ?

Irene_MARGARITIS_bdIrène Margaritis – L’évolution des connaissances et des méthodes de travail a nécessité et justifié de revoir les repères d’activité physique et les repères de consommations alimentaires. Ainsi l’Anses a été saisie en 2012 par la Direction générale de la Santé dans le cadre du Programme national nutrition santé pour la révision des repères d’activité physique et de sédentarité et la révision des repères alimentaires. Pour ce qui est du premier volet, nous avons publié notre rapport en février dernier. Le présent travail fournit les éléments scientifiques nécessaires à l’élaboration des repères de consommations alimentaires sur lesquels le Haut conseil de la santé publique et Santé Publique France s’appuieront pour proposer de nouvelles recommandations. L’enjeu est notamment celui de la traduction de ces repères que nous exprimons à ce stade et pour l’essentiel en grammes. Ces travaux de traduction à destination du grand public nécessiteront d’identifier les formats d’expression les plus adaptés (par référence par exemple à la part dans l’assiette ou à la quantité en grammes ou millilitres) et le contexte de consommation (à l’échelle du repas, de la journée ou de la semaine) à utiliser pour formuler concrètement ces préconisations.

66 M – L’Anses pointe le caractère novateur de la méthodologie utilisée. En quoi est-elle inédite ?

IM – Elle l’est en effet. Pour établir ces nouveaux repères, nous avons utilisé un outil mathématique qui nous a permis d’intégrer pour chaque aliment à la fois les besoins nutritionnels, les relations connues entre les aliments et les grandes pathologies ainsi que l’impact des contaminants chimiques qu’ils sont susceptibles de contenir. Cet outil nous a servi à optimiser la prise en compte de l’ensemble de ces facteurs afin d’élaborer nos nouveaux repères. C’est ainsi, par exemple que l’on conseille de consommer du poisson deux fois par semaine (un poisson gras et un poisson maigre) en variant les espèces et les lieux d’approvisionnement. En dépit de l’intérêt nutritionnel de cet aliment, la présence de contaminants dans certaines espèces impose d’en limiter la consommation. Nos repères tiennent par ailleurs compte des habitudes de consommation des Français. C’est essentiel pour qu’une recommandation puisse être suivie de rester dans les fourchettes d’apports auxquels les Français sont habitués.

66 M – Quelles sont les principales nouveautés issues de vos travaux ?

IM – J’en retiens deux parmi d’autres. L’une : les légumineuses sortent du groupe des féculents auquel elles appartenaient jusqu’alors. Riches en protéines, en fibres, leur composition nutritionnelle est différente de celle des céréales et ne pouvait pas entrer dans un groupe qui se doit d’être homogène. Elles comprennent pois chiches, lentilles, haricots rouges… dont la consommation devrait être considérablement augmentée voire introduite dans l’alimentation, et cela, indépendamment de la consommation de féculents. A noter que pour ce dernier groupe, l’Agence encourage vivement la population française à privilégier les produits les moins raffinés (farine, pain, riz ou pâtes complets ou semi-complet) qui sont beaucoup plus riches en fibres et en certains nutriments d’intérêt. Autre nouveauté à souligner : le passage des jus de fruits du groupe des fruits et légumes à celui des boissons sucrées. Etant donné que l’on plafonne la consommation de ce dernier groupe à un verre par jour, la limite s’applique maintenant à toutes les boissons sucrées confondues. Rappelons que la consommation de boissons sucrées, jus de fruits compris, augmente le risque de prise de poids avec un niveau de preuve convaincant : chaque verre supplémentaire par jour est associé à une prise de poids de l’ordre de 200 g/an.

66 M – Les recommandations de l’Anses en matière de consommation de viande restent sensiblement les mêmes…

IM – Exact. A ce détail près qu’on a introduit un plafond de consommation pour la charcuterie qui n’existait pas auparavant à 25 g par jour. La nécessité de limiter ces consommations s’appuie notamment sur des travaux du Centre international de recherche sur le cancer (Circ) de l’OMS qui, fort de l’analyse de plusieurs centaines d’études, a classé la viande transformée, essentiellement la charcuterie, dans la catégorie des agents cancérogènes pour l’homme. Quant à la viande rouge (l’appellation de l’Anses englobe le porc et le veau dans cette catégorie), elle a été identifiée comme probablement cancérogène. L’Anses recommande de limiter l’apport en cette dernière catégorie d’aliments à 500 g par semaine au plus. Pour établir cette limite, nous avons considéré l’ensemble des études épidémiologiques sur le cancer colorectal dont les résultats indiquent une augmentation statistiquement significative du risque dès 70 à 80 g de consommation quotidienne. Cette valeur rejoint la limite maximale de consommation individuelle de viande hors volaille proposée par le World Cancer Research Fund. Sur la viande toujours, il peut être aussi recommandé de limiter la consommation de viandes cuites à haute température (barbecue, friture, etc.) et de varier les modes de cuisson (bouillie, rôtie, etc.).

66 M – A qui s’adressent ces nouvelles pistes de recommandations ?

IM – L’élaboration des nouveaux repères nutritionnels se limite pour le moment à la seule population adulte (hommes et femmes). L’agence publiera dans un futur à définir ses recommandations nutritionnelles pour d’autres sous-groupes de population (enfants, femmes enceintes, etc.). Précisons que selon les préférences de chacun, les évictions alimentaires éventuelles (végétarisme par exemple), le niveau de dépense énergétique, ces repères peuvent varier. L’intérêt majeur reste celui de disposer de jalons simples, protecteurs et scientifiquement fondés. Par ailleurs, il faut les considérer avec les premiers repères publiés portant sur l’activité physique et la sédentarité qui impactent directement les risques de pathologies liés à l’alimentation. Les travaux relatifs aux repères alimentaires et ceux relatifs à l’activité physique sont à considérer conjointement. La prévention des pathologies non transmissibles est un tout.

Crédit photo Irène Margaritis : B. Holsnyder.

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