Pénuries de vaccins et de médicaments : stop ou encore ?

Pénuries de médicaments et de vaccins

Une étude exclusive publiée aujourd’hui par France Assos Santé pointe les difficultés récurrentes que rencontrent les patients pour accéder à certains vaccins et médicaments. Et leurs conséquences ! L’étude montre que 45 % des personnes confrontées à ces pénuries ont été contraintes de reporter leur traitement, de le modifier, voire d’y renoncer ou de l’arrêter complètement. La responsabilité des laboratoires est clairement engagée.

Nous en parlons dans nos colonnes depuis belle lurette. « Entre 400 et 500 signalements de ruptures parviennent annuellement à l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), écrivions-nous déjà en 2015. Quand la situation se règle pour un médicament, c’est un autre qui vient à manquer ».

« Les ruptures et risques de rupture de stock gérés à l’ANSM concernent les médicaments d’intérêt thérapeutique majeur, c’est-à-dire les médicaments dont l’indisponibilité transitoire, totale ou partielle est susceptible d’entraîner un problème de santé publique (mise en jeu du pronostic vital, perte de chance importante pour les patients) », rappelait alors l’agence.

Parmi les spécialités brillant par leur absence à l’époque : le Di-hydan, prescrit dans le traitement de l’épilepsie, invisible en pharmacie depuis mars 2014, le Mantadix (maladie de Parkinson) ou encore certains vaccins indiqués dans la prévention conjointe de la diphtérie, du tétanos, de la coqueluche et de la poliomyélite. Aujourd’hui, toutes les classes thérapeutiques sont touchées, des médicaments vitaux en passant par les vaccins toujours ou encore les spécialités à usage courant.

Une étude dont les résultats inquiètent

L’étude menée par France Assos Santé auprès d’un échantillon de 955 personnes représentatif de la population française montre qu’un quart d’entre elles se sont déjà vues refuser la délivrance d’un médicament ou d’un vaccin pour cause de pénurie. Ce taux grimpe à 31 % pour les personnes atteintes par une affection longue durée (ALD).

Les conséquences de ces ruptures d’approvisionnement sont en effet loin d’être anodines. Près de 15 % des personnes interrogées dans le cadre de cette enquête rapportent une augmentation des symptômes et 4 % des erreurs dans la prise de médicaments de substitution. Plus inquiétant encore pour une personne sur vingt, les difficultés d’accès aux traitements ont engendré la nécessité d’une hospitalisation.

« Au-delà du risque évident pour la santé individuelle des personnes, ces pénuries de vaccins constituent une menace potentielle pour la santé publique » rappelle Alain Michel Ceretti, président de France Assos Santé. En l’absence de traitements, les risques de transmissions de certaines pathologies augmentent (syphilis, VIH). Quant aux pénuries de vaccins, elles sont susceptibles de saborder des années d’efforts en santé publique.

Un phénomène qui s’amplifie chaque année

En octobre dernier, un rapport publié par le Sénat concluait que le phénomène de pénurie « connaît une inquiétante amplification que ne semblent pas pouvoir endiguer les mesures prises par les pouvoirs publics au cours de la période récente ».

L’évolution des chiffres le montre : en 2017, le nombre de ruptures et risques de rupture de stock et d’approvisionnement déclaré auprès de l’ANSM pour des médicaments essentiels a explosé, avec 530 médicaments signalés. C’est 30 % de plus que l’année précédente et dix fois plus qu’il y a dix ans.

Rappelons qu’il est question de rupture d’approvisionnement quand une pharmacie d’officine ou hospitalière n’est pas en mesure de dispenser un médicament à un patient dans un délai de 72 heures après avoir effectué une demande auprès de deux entreprises exerçant une activité de distribution de médicament. En décembre 2017, la durée médiane des ruptures a été d’environ 25 jours (la moitié des ruptures en-deçà, l’autre moitié au-dessus), selon l’Ordre national des Pharmaciens. Un an plus tard, cette durée avait plus que doublé.

Les laboratoires dans la ligne de mire

Pour Caroline Izambert, responsable mobilisations citoyennes et plaidoyer chez Aides (membre de France Assos Santé), ces pénuries résultent « d’un modèle financiarisé de l’industrie du médicament qui encourage les acteurs à sortir des nouveautés à prix d’or, parfois efficaces, le plus souvent avec des améliorations mineures voire inexistantes ». Pour la militante, l’industrie délaisse une partie de son cœur de métier : assurer la production et l’approvisionnement continu en médicaments.

« La production est si concentrée, souvent auprès d’un seul sous-traitant, que le moindre incident dans la chaîne peut conduire à une rupture mondiale. À l’autre bout de la chaîne : des États, pourtant payeurs, qui se refusent à taper du poing sur la table, sous l’influence voire sous la menace de l’industrie toujours prête à brandir le spectre de la délocalisation pour se défiler à assumer ses missions essentielles. »

De longue date, des mesures correctrices sont annoncées (stocks de sécurité, recherche de fournisseurs alternatifs, etc.), mais aucune n’a réellement été mise en œuvre avec succès. Face à ce constat, France Assos Santé demande une régulation plus efficace de la part des autorités sanitaires nationales et européennes, une meilleure transparence sur les causes de ces ruptures, les plans de gestion des pénuries (PGP) mis en place, ainsi que sur les sanctions imposées en cas de manquement aux obligations de notification et de mise en œuvre de ces plans.

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