Pour 55% des Français, il est difficile de trouver un spécialiste !

Les études se suivent… et se ressemblent. Pour plus de la moitié des Français, réussir à prendre rendez-vous avec un médecin spécialiste relève du parcours du combattant. Déserts médicaux, délais à rallonge… La situation est pour le moins préoccupante.

Le difficile accès au médecin spécialiste…

Le dernier sondage BVA sur le thème des déserts médicaux réalisé pour le Collectif Interassociatif Sur la Santé révèle que « les premières difficultés que rencontrent les Français pour consulter un médecin sont les délais pour obtenir un rendez-vous ». Ces difficultés se font le plus sentir auprès des spécialistes : 55% des Français sont ainsi confrontés à l’impossibilité de prendre rendez-vous dans un délai raisonnable.

C’est pour aller chez l’ophtalmologiste qu’il faut, et de loin, le plus s’armer de patience. Selon la dernière étude Yssup, 85 jours en moyenne sont nécessaires pour y obtenir un rendez-vous. Et dans certaines zones, l’attente s’élève à plus d’une année… Une donnée qui illustre bien la réalité des déserts médicaux, dans lesquels vivent plus de 2,5 millions de Français. Et la situation ne va pas structurellement s’inverser : le nombre de médecins partant à la retraite est supérieur à celui des nouveaux entrants (dans le cas des ophtalmologistes, le ratio se situe actuellement autour de 250 départs par an, contre 150 arrivées), et la population vieillit : offre et demandes de soins connaissent donc un véritable effet de ciseaux.

Si, lors de la dernière Grande Conférence de la Santé, et dans le cadre du Pacte Territoire Santé, Marisol Touraine a annoncé l’augmentation – mais aussi la régionalisation – du numerus clausus, il ne faut pas attendre d’effets rapides liés à cette décision, car 10 années sont nécessaires pour former un médecin. Mais d’autres pistes existent…

Délégation de compétences et maillage santé de proximité

L’une des solutions, prometteuses, serait de s’appuyer sur le maillage santé de proximité qui existe déjà dans certaines professions, l’optique notamment. Car si les ophtalmos manquent, ils appartiennent à une filière où les opticiens-lunettiers sont au contraire nombreux et très bien répartis sur le territoire. La filière elle-même, réunie dans une Association Filière optique d’excellence, s’est clairement positionnée en faveur de la délégation des tâches, et d’une plus grande coopération entre les différents professionnels. « Nos propositions de bon sens ont pour but de faire progresser la filière dans sa qualité et son homogénéité », explique Yves Guénin, le secrétaire général d’Optic 2000, et membre fondateur du Comité.

Le rapport de l’IGAS  consacré à la restructuration de la filière visuelle prône l’élargissement des prérogatives des opticiens, en même temps que la refonte de leur formation. Et la loi santé adoptée fin 2015 contient plusieurs dispositions allant en ce sens : elle allonge par exemple le délai durant lequel les opticiens peuvent renouveler ou adapter les lunettes après une prescription, et élargit cette possibilité aux lentilles correctrices. Le Synope (Syndicat des opticiens entrepreneurs), qui regrette que ces dispositions n’aillent pas plus loin, accueille toutefois « avec satisfaction cette première étape d’évolution du métier d’opticien, et de valorisation de son statut de professionnel de santé ». Pour le secrétaire général d’Optic 2000, la démarchandisation de la profession permettra « une vraie filière de santé et des délégations de compétences ».

Les maisons de santé pluridisciplinaires

Autre piste porteuse d’espoir pour favoriser la médecine de proximité : le développement des maisons de santé pluridisciplinaires. Ces espaces, qui accueillent en un même lieu plusieurs professionnels de santé, sont un axe fort du Plan Territoire Santé. Jean-Paul Perret, premier adjoint au maire de Pont-d’Ain, qui a ouvert une maison de santé en 2006, explique qu’« en zone rurale, les déserts médicaux sont un souci majeur pour les élus. Et la maison de santé est une bonne réponse car cela permet de garder des médecins ou d’en attirer d’autres ». Mais le Docteur Haas, président de la FFMPS, prévient qu’il ne s’agit pas d’une solution miracle… « Pour que cela marche, il faut qu’élus et professionnels de santé travaillent ensemble pour bâtir un vrai projet de santé », explique-t-il.

Une meilleure répartition des médecins sur le territoire

Une meilleure répartition des médecins sur le territoire serait souhaitable pour équilibrer les écarts entre régions attractives et désert médicaux. Reste la façon de procéder : imposer un temps de "service obligatoire" à disposition de l’administration, avec affectation décidée par le ministère ? Inciter financièrement les médecins à s'installer en zone délaissée ? Interdire l'installation dans les zones surdotées (donc fixer des quotas par zones géographiques) ? Toutes les solutions sont envisageables mais chacune présente son lot de détracteurs. La maison de santé pluridisciplinaire à la campagne est une idée qui présente certains avantages : tout sur place, avec des facilités accordées pour l'installation des jeunes médecins, financées en partie par les collectivités territoriales.

Le principe d'imposer une destination au jeune médecin sortant d'études peut par contre sembler contraire à la liberté d'installation. Néanmoins d'aucun pourrait juger, que formés à l'école de la République pendant de longue années, ils peuvent se mettre à disposition de l'Etat en retour quelques temps. On pourrait même imaginer un système de choix de la destination en fonction d'un hypothétique classement. Mais cela pourrait signifier en conséquence que les régions peu attrayantes auraient non seulement peu de médecins, mais aussi les moins bons médecins... Aucune solution retenue ne fera l'unanimité mais il vaut certainement mieux encourager qu'imposer.

Les nouvelles technologies au secours de la médecine de proximité

Les nouvelles technologies peuvent rendre les médecins spécialistes plus accessibles à tous… La télémédecine est en plein essor et apporte des solutions concrètes : du cabinet médical connecté à l’exécution de certains actes à distance. Marisol Touraine a ainsi été invitée à tester l’échographie à distance, depuis une maison de santé à Ligueil. « C'est un atout formidable, car c'est le même examen, la même qualité de soins qu'au CHU de Tours. C'est une chance, c'est la clef de l'avenir », a-t-elle déclaré à cette occasion.

Plusieurs initiatives sont donc en marche pour répondre aux problèmes d’accès aux spécialistes. Si la situation actuelle est plutôt alarmante, on peut toutefois espérer que les efforts coordonnés des pouvoirs publics, des acteurs de santé et des filières privées, adossés à des évolutions technologiques positives, permettront d’inverser la tendance ! 

Christine FOURNIER,
mère au foyer, anciennement professionnelle de santé, assistante sociale pendant ses dix dernières années d'activité.

Sources, informations complémentaires :

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