Précautions d’hygiène pour une « pédicure »

pédicure et hygiène

L’été est là, les doigts de pieds sont de sortie et c’est le moment idéal pour leur faire faire une beauté ! Rendez-vous est pris chez l’esthéticienne pour couper ses ongles, les limer, repousser les cuticules, couper les petites peaux autour de l’ongle, faire un gommage ou poncer la plante des pieds pour les adoucir… Tout ceci semble parfait, mais vous êtes-vous demandé si vous êtes reçus dans de bonnes conditions d’hygiène ? Et cet ongle qui a beaucoup blanchi durant les mois d’hiver, ne vaut-il pas mieux le montrer à un pédicure-podologue avant d’aller mettre une couche de vernis par-dessus ?

Pour une pédicure, je prends rendez-vous chez un pédicure-podologue ou chez l’esthéticienne ?

Annie Chaussier-Delboy, vice-présidente de l’Ordre National des pédicures-podologues, interviewée par 66 Millions d’IMpatients, nous explique que la profession de « pédicure-podologue » est protégée, et que le terme de « pédicure » ne devrait pas être utilisé en institut de beauté qui doit plutôt parler de « beauté des pieds ». Annie Chaussier-Delboy précise : «  Depuis la création de l’Ordre des pédicures-podologues en 2006, les esthéticiennes ont bien intégré la différence sur la terminologie du mot pédicure. Il faut savoir que le métier de pédicure-podologue est une profession paramédicale qui appartient au groupe des métiers de la rééducation. Pour exercer cette profession, il faut passer un diplôme d’Etat qui se prépare en 3 ans et est délivré par le ministère de la Santé. C’est donc une formation très différente de celle d’esthéticienne. Cela dit, parmi les centres esthétiques qui pratiquent la beauté des mains et des pieds, il faut également distinguer les esthéticiennes qui ont passé un CAP ou un BEP et qui ont appris à maîtriser les bonnes pratiques d’hygiène, et les spécialistes de prothèses ongulaires qui peuvent s’installer sans réelle formation, ou avec des formations très courtes (parfois 3 jours suffisent…). L’idéal, quand on décide de se faire faire une beauté des pieds, est d’aller dans un institut sérieux et de vérifier que le matériel utilisé est bien stérilisé entre deux clientes ».

LE MÉTIER DE PÉDICURE-PODOLOGUE
Article L4322-1 du Code de la santé publique, modifié par Loi n°2016-41 du 26 janvier 2016 – art. 124
Les pédicures-podologues, à partir d'un diagnostic de pédicurie-podologie qu'ils ont préalablement établi, ont seuls qualité pour traiter directement les affections épidermiques, limitées aux couches cornées et les affections unguéales du pied, à l'exclusion de toute intervention provoquant l'effusion de sang.
Ils ont également seuls qualité pour pratiquer les soins d'hygiène, confectionner et appliquer les semelles destinées à prévenir ou à soulager les affections épidermiques.
Sur ordonnance et sous contrôle médical, les pédicures-podologues peuvent traiter les cas pathologiques de leur domaine de compétence.
Les pédicures-podologues analysent et évaluent les troubles morphostatiques et dynamiques du pied et élaborent un diagnostic de pédicurie-podologie en tenant compte de la statique et de la dynamique du pied ainsi que de leurs interactions avec l'appareil locomoteur.
Les pédicures-podologues peuvent adapter, dans le cadre d'un renouvellement, les prescriptions médicales initiales d'orthèses plantaires datant de moins de trois ans, dans des conditions fixées par décret et sauf opposition du médecin.

Attention aux mycoses !

Si Annie Chaussier-Delboy n’est pas trop inquiète concernant la propagation des verrues qui touchent principalement les enfants et les adolescents et s’attrapent surtout dans les pédiluves collectifs comme ceux que l’on trouve dans les piscines, elle est plus vigilante au sujet des mycoses qui sont extrêmement contagieuses. La mycose au niveau du pied est une infection due à un champignon, qui s’attaque à l’ongle ou se loge entre les doigts de pied. Il peut suffire d’échanger ses chaussures pour se contaminer d’une personne à l’autre. Ainsi, dans le contexte d’un institut pour une beauté des pieds, l’asepsie du matériel, voire l’utilisation de produits jetables (comme les limes notamment) sont essentiels pour éviter d’infecter plusieurs clientes avec un instrument contaminé. « A priori, une esthéticienne professionnelle refusera de faire une beauté des pieds à une cliente qui arrive avec un ongle blanchâtre ou jaunâtre. Elle s’expose à contaminer son institut et donc de nombreuses clientes. Il faut savoir que se débarrasser d’une mycose peut prendre entre 6 mois et deux ans ! », rapporte Annie Chaussier-Delboy. En effet, si l’on s’aperçoit qu’un ongle change de couleur, est ramolli, strié ou se fissure, il vaut mieux consulter rapidement un pédicure-podologue ou un dermatologue qui pourra confirmer ou non qu’il s’agit d’une mycose et proposer un traitement adapté. « A l’inverse, beaucoup de gens ont tendance à traiter un ongle abîmé comme une mycose alors qu’il s’agit parfois simplement de micro-traumatismes répétés, par exemple à cause de chaussures trop serrées portées durant plusieurs mois de suite. Un pédicure-podologue saura reconnaître exactement de quoi il s’agit et donner des conseils appropriés pour bien se chausser le cas échéant. ». 

Annie Chaussier-Delboy met également en garde contre les beautés des pieds effectuées dans certains pays étrangers pas toujours assez pointilleux sur l’hygiène : « Nous recevons de nombreuses patientes qui sont tentées de se faire faire une beauté des mains et des pieds à des tarifs très attractifs dans des pays comme l’Indonésie ou la Thaïlande et reviennent avec une mycose. ».

Sous le vernis semi-permanent, parfois un ongle détruit

Les vernis semi-permanents sont à la mode ! Pratiques, ils tiennent effectivement longtemps mais peuvent alors masquer une mycose qui apparaît et évolue. Ceci est d’autant plus vrai si l’on enchaîne les poses de vernis toute l’année sans jamais laisser l’ongle « respirer » (l’enchaînement de poses de vernis est aussi valable pour les vernis classiques que pour les semi-permanents). Pour Annie Chaussier-Delboy, les vernis semi-permanents sont acceptables occasionnellement, par exemple avant de partir en vacances au soleil mais pas davantage. Pour le vernis classique, il faut le renouveler souvent et bien prendre le temps d’examiner ses ongles avant d’en remettre.

Enfin, pour les femmes qui veulent cacher un ongle infecté par une mycose sous du vernis, c’est possible et pas incompatible avec des traitements locaux qu’il faut faire pénétrer vers la matrice, au ras de l’ongle. Cependant dans de tels cas, il faut vraiment renouveler son vernis très souvent pour suivre l’évolution de l’infection. En revanche, il n’est pas question de cacher un ongle malade sous un faux-ongle ou une prothèse, sous lesquels l’ongle risque de se détériorer plus encore et qui empêcheront les éventuels traitements locaux de pénétrer pour guérir l’ongle.

La chasse aux cors…

En institut, une esthéticienne doit s’en tenir uniquement à repousser les peaux, limer les ongles, proposer un bain de pieds (en vidant l’eau bien sûr et en nettoyant le bac avec un produit désinfectant entre deux clients), poser des faux-ongles, des prothèses angulaires, du vernis, et éventuellement limer la plante des pieds pour les adoucir… ET C’EST TOUT ! 

Tout autre épaississement de la peau (appelé hyperkératose), qu’il s’agisse d’un cor (sur la face dorsale des orteils), d’un œil de perdrix (entre les orteils), d’un durillon (au niveau des points d’appui avant du pied), d’une callosité (au niveau des talons), etc… doit être traité par un pédicure-podologue. « Certaines esthéticiennes sortent parfois une lame de rasoir pour retirer un cor ou désépaissir les callosités. C’est un geste risqué qui peut entraîner une blessure pouvant s’infecter. Pour de tels gestes, l’asepsie du matériel doit donc être drastique, comme c’est le cas en cabinet chez un pédicure-podologue, puisque sur ce point nous sommes soumis à des règles très strictes. Cela dit, dans certains cas, ce ne sont pas les esthéticiennes qui proposent de couper les hyperkératoses, mais les clientes qui insistent pour que cela soit fait. L’intérêt supplémentaire de consulter une pédicure-podologue pour les hyperkératoses est que le praticien va en chercher l’origine. Il peut s’agir d’une malposition du pied, d’un problème de chaussures, de soins abusifs (car souvent, plus on râpe ces peaux épaisses, et plus on aggrave la situation…) voire d’une pathologie. ».

 

Vernis et perturbateurs endocriniens…

L'association de consommateurs "UFC Que Choisir", membre de France Assos Santé (éditeur du site 66 Millions d'IMpatients), a mené il y a un an une étude comparative sur 16 références de vernis à ongles portant notamment sur leur composition. Dans la totalité des produits testés, l'étude a décelé la présence plus ou moins importante de perturbateurs endocriniens (phtalates, styrène, triphenyl phosphate ou benzophenone-1), de métaux lourds, de substance cancérogène (formaldéhyde) ou cancérogène probable (nitrosamines) et/ou d’hydrocarbures aromatiques, des substances toxiques volatiles que l’on risque d’inhaler lors de la pose de la couleur.

Une autre étude publiée dans la revue scientifique Environment International en 2015 et menée par des chercheurs américains de la Duke University confirme la présence de perturbateurs endocriniens (en particulier du triphenyl phosphate) dans les vernis à ongles. L'étude portait sur 26 volontaires, des femmes uniquement. Les scientifiques ont découvert que, deux à six heures après s’être vernis les ongles, 24 des 26 participantes présentaient des taux anormalement élevés de phosphate de diphényle (DPHP) dans leur urine, ce qui trahissait la présence de triphenyl phosphate (TPHP) dans l’organisme. Au terme de leur recherche les scientifiques expliquaient également que "le TPHP ne pénètre pas dans l’organisme via les ongles (qui sont relativement imperméables), mais plutôt via les cuticules et la peau".

En savoir plus sur les vernis et leur composition :

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