Santé des seniors : un marché français à encadrer et à valoriser

Santé des seniors, silver économie, comment s'y retrouver ?

Les évaluations de la démographie prévoient que d’ici à 2060, 1/3 de la population française aura plus de 60 ans (projections de l’INSEE). Le marché des seniors devient de fait un enjeu financier incontournable et donc attractif pour les entreprises.

Pourtant, côté usagers, le catalogue des produits et services proposé aux personnes âgées n’est pas toujours très séduisant, parfois pas vraiment bien adapté, et complexe à évaluer sur le rapport qualité/prix. Dans le domaine spécifique de la santé des seniors, comme on est souvent dans l’urgence et que l’on est plus exigeant sur la qualité que sur le prix, il est encore plus difficile de savoir à qui se fier et quel produit acheter. Plusieurs organismes ont pris le sujet à bras-le-corps pour assister les entreprises dans leur compréhension du marché des seniors et pour aider les usagers à faire les bons choix.

Précisions avec Benjamin Zimmer, co-fondateur et Directeur général de Silver Valley, suivies d’une interview de Catherine Marcadier-Saflix, Directrice générale de France Silver Éco.

La France est-elle dynamique sur le plan de l’innovation dans le domaine de la santé des seniors ?

D’après Benjamin Zimmer, co-fondateur et Directeur général de l’association Silver Valley, notre pays a bel et bien sa place sur l’échiquier international !

Pour preuve, la société Withings, qui conçoit des objets connectés orientés autour de la santé (certes pas uniquement dirigés vers les seniors) est à la base une start-up française, récemment rachetée par Nokia. Autre exemple du savoir-faire tricolore sur le segment de la santé des seniors, le groupe de maisons de retraite français Orpea vient d’ouvrir son premier établissement en Chine. « La France se positionne très honorablement sur le plan mondial car notre système de santé interpelle à l’étranger, notamment en ce qui concerne la solidarité nationale sur la prise en charge des malades, même si chez nous on sent que cette solidarité se fragilise », précise Benjamin Zimmer.

Pour le Directeur général de Silver Valley, l’innovation n’est pas uniquement une question technique. C’est également un enjeu social et organisationnel. Sur le plan de la santé, cela se traduit par exemple par la façon dont on va faire évoluer la coordination entre le sanitaire et le médico-social qui reste encore très cloisonnée. « Je croise beaucoup de sociétés dont les produits sont très aboutis sur le plan technologique mais qui ont négligé de chercher à comprendre les besoins et les usages spécifiques des seniors d’une part, et ceux des équipes médicales d’autre part. Ainsi, certains projets sont parfois très innovants et efficaces mais ils ne rencontrent pas leur public ».

Les questions de coûts sont également au cœur des enjeux de développement de l’innovation dans la santé des seniors. « Beaucoup de personnes âgées vivent avec moins de 600€ par mois, or les produits et services innovants coûtent cher », admet Benjamin Zimmer. « Il faut peut-être réfléchir à une forme de viager solidaire car ces personnes ont parfois des biens immobiliers qui pourraient être « liquéfiés » pour libérer du pouvoir d’achat. Nous avons également remarqué qu’au fil du temps, les divers abonnements que nous contractons tout au long de notre vie s’accumulent. Il faudrait sensibiliser les personnes âgées à regarder cela de plus près et à transformer des abonnements potentiellement obsolètes vers des formules de téléassistance par exemple, s’ils en ont besoin évidemment… », ajoute-t-il.

Entre pertinence, ergonomie et coût des produits destinés aux personnes âgées, des réflexions s’ouvrent sur l’intérêt de créer une sorte de label à attribuer aux meilleures solutions innovantes proposées aux seniors, que cela soit en santé, mais également dans les autres domaines.

Un nouveau portail d'évaluation des solutions destinées aux personnes âgées : solutions-bien-vieillir.com

Dans cette jungle de la "silver économie", comment effectivement faire le tri entre ce qui relève du gadget ou de l’indispensable, de la bonne ou de la mauvaise qualité, comment savoir si les produits présentent un rapport qualité/prix juste, si la conception est spécifiquement adaptée aux besoins des seniors, etc. ? C’est ce que propose de démêler le nouveau site solutions-bien-vieillir.com.

Ce portail, cofinancé́ par la Caisse nationale de solidarité́ pour l’autonomie (CNSA), la Caisse nationale d’Assurance Vieillesse (CNAV) et la Direction générale de la Cohésion sociale (DGCS), référence une sélection de produits destinés aux seniors, tous vérifiés par une équipe d’experts.

Confort, sécurité, vie quotidienne, accompagnement aux aidants, activités, vie sociale et évidemment santé sont les grands domaines dans lesquels le site propose de sélectionner des solutions destinées aux personnes âgées.

Interview de Catherine Marcadier-Saflix, Directrice générale de France Silver Éco

66 Millions d’IMpatients : Comment est née l’idée du portail solutions-bien-vieillir.com ?

L’offre de ce portail n’existait pas. Il existait des annuaires mais les pouvoirs publics voulaient valoriser davantage le marché des solutions destinées au seniors, y apporter une vraie notion de confiance. Le but est de faire en sorte que les personnes âgées, leurs proches, les aidants et les personnes travaillant auprès des personnes âgées puissent plus facilement faire le tri afin de savoir si telle ou telle solution répond vraiment à leur besoin. L’une des missions principales des experts est de vérifier que les produits correspondent à un réel besoin des seniors et à quelle catégorie de seniors précisément. En effet certains produits sont tout à fait adaptés par exemple à une personne autonome mais peuvent s’avérer inutiles voire dangereux pour une personne dépendante.

J’ajoute que nous voulons éviter l’effet « catalogue ». On ne veut pas avoir 50 fiches d’un même type de produits. On choisira de retenir les produits les plus innovants par exemple en terme de matériau, d’ergonomie ou de design.

Pourquoi les pouvoirs publics ont ressenti le besoin de mettre en place un tel site ?

En dehors de cette nécessité d’apporter de la confiance sur ce marché, les pouvoirs publics eux-mêmes ont besoin de ces expertises neutres dans la mesure où ils sont amenés à participer au financement de certains matériels et aménagements pour les personnes âgées malades ou en perte d’autonomie.

Comment garantissez-vous la neutralité des produits référencés ?

Nous avons un comité d’experts garant de la sélection des fiches mises en ligne sur le portail.

En outre, nous avons choisi un mode de référencement dans lequel les entreprises demandent à être référencées, sans que nos experts ne présentent eux-mêmes leur propre sélection. Cela évite les potentiels conflits d’intérêts. D’ailleurs nos experts ont pour consigne de nous alerter en cas de conflits d’intérêt et nous attribuons alors l’étude de la fiche-solution à un autre expert de notre comité.

Combien de temps faut-il à un expert pour évaluer une fiche-solution ?

Il y a deux niveaux d’expertise. La première consiste en une vérification des fiches remplies par les entreprises. Elles peuvent faire l’objet de plusieurs allers et retours avec nos experts qui s’attachent à ce que l’entreprise présente son produit de façon pédagogique et adaptée au grand public, particulièrement aux seniors. On n’accepte pas de langage commercial du type « nous sommes les meilleurs ».

Ensuite, si l'entreprise souhaite aller plus loin, elle peut également faire appel aux centres experts pour réaliser des évaluations d’usage, qui sont des tests en situation. Dans ce cas, cela peut prendre plus ou moins de temps suivant la nature du produit.

Les experts vérifient-ils également le rapport qualité/prix ?

Nous allons indiquer les fourchettes de prix pour chaque solution mais cela ne fait pas partie des critères d’évaluation des experts.

Allez-vous également tester des services ?

Nous n’allons pas référencer pour l’instant de services seuls, en revanche les produits accompagnés de services (installation du produit, conseils ou a minima un service après-vente) nous intéressent et je dirais même que nous les privilégions.

Ne référencez-vous que des entreprises françaises ?

On ne se concentre pas uniquement sur les entreprises françaises mais lorsqu’on référence un produit d'une entreprise étrangère, on tient à ce qu’il soit adapté au marché français pour que le mode d’emploi du produit ou les services associés au produit soient en français.

Il faut au moins une filiale ou un service après-vente en France pour être référencé chez nous.

Quelles sont les solutions les plus sollicitées par les utilisateurs ?

Comme nous venons de nous lancer, nous n’avons pas encore de grandes tendances de recherches des utilisateurs mais par rapport à ce que nous connaissons du marché, nous supposons que cela concernera souvent l’aménagement de l’habitat et la prévention des chutes.

Notre communication pour le moment est surtout à destination des entreprises afin qu’elles apprennent à nous connaître et demandent à être évaluées. Nous espérons atteindre une centaine de fiches produits d’ici le début de l’année 2017 et espérons alors attirer le grand public.

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