Santé : les habitats pollués par le bois

L’utilisation croissante du bois d’œuvre et ses dérivés dans la construction ne va pas sans poser des problématiques liées à l’environnement et la santé. La pollution de l’air intérieur en est une, et illustre bien une tendance de l’écologie contemporaine à privilégier les apparences sur la réalité quotidienne.

Remplacer les matériaux synthétiques jusque-là utilisés en construction, décoration, ameublement, par le bois est une chose. Garantir à ce matériau naturel un aspect, une pérennité, une stabilité et une résistance aux différents risques qu’il présente, en est une autre. Ainsi, le bois et ses dérivés n’entrent pas dans les habitations sans leur lot de traitements et d’applications chimiques.

Les traitements en cause

Avec le mouvement écologiste et la mode du naturel, le bois est à nouveau très prisé en construction, décoration, et ameublement. Seulement, il doit également se conformer à une quantité d’exigences et de nécessités qui obligent à le traiter souvent en profondeur, avec des produits qui ne sont pas anodins. Pour prévenir les champignons et les insectes xylophages, le bois est traité avec des produits antifongiques à base de pesticides. Les risques d’humidité et de combustion sont également neutralisés à coup de traitements chimiques adéquats. Les produits dérivés du bois, comme les agglomérés, les placages et contreplaqués, les lamellés-collés, ne sont pas en reste : en plus d’être traités, ils sont imprégnés de colle, résines et autres produits chimiques nécessaires à leur conditionnement et leur aspect esthétique. Si les bois bruts contiennent naturellement des composés organiques volatiles ou COV, c’est dans des quantités qui restent raisonnables. Une fois le bois traité, ces COV deviennent des concentrés toxiques qui affectent la qualité de l’air des intérieurs concernés.

Une pollution pernicieuse

Comme leur nom l’indique, les COV sont caractérisés par leur volatilité. Leurs émissions sont donc aussi aisées que diverses. Elles peuvent être provoquées par une action : combustion, sciage, ponçage, peinture, vernis, etc. Elles peuvent également, en ce qui concerne le bois traité, être émises de façon continue, donc en quantité moindre, mais durable.

L’Observatoire de la Qualité de l’Air Intérieur (l’OQAI) (1) a mesuré les concentrations de 20 de ces COV dans l’air intérieur de près de 600 habitations représentatives du parc résidentiel français. Résultat : ces substances chimiques sont présentes dans l’intégralité des logements étudiés. Dans 10% d’entre eux, l’OQAI a trouvé la présence conjointe de 3 à 8 de ces composés dans des proportions importantes (2). Or, dans un pays à climat tempéré tel que la France, nous passons en moyenne 85% de notre temps dans un espace clos, en majorité dans l’habitat. Les conséquences sur la santé et le bien-être sont donc inévitables.

Les effets de la pollution intérieure sur la santé

Les effets des COV sur la santé peuvent être divisés en deux catégories : directs, et indirects, selon une dissociation faite par l’Ademe (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Environnement) (3). Les effets directs sont dus à la toxicité pour l’homme de ces substances chimiques. Les plus nocifs, comme le benzène, sont ainsi cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques. Quant aux effets indirects, ils sont dus à la surproduction d’ozone provoquée par ces émissions, et varient selon la quantité d’air inhalé, le niveau et la durée d’exposition. Toujours selon l’Ademe, ils peuvent aller de la toux, l’inconfort thoracique, l’essoufflement, à la gêne respiratoire et à l’irritation des voies ORL.

L’Anses (Agence nationale de Sécurité sanitaire de l’Alimentation, de l’Environnement et du Travail), particulièrement investie sur ce sujet depuis 2004, va cependant un plus loin sur les conséquences sur la santé, et alerte notamment sur leur relation avec des pathologies aigues : « La qualité de l'air que nous respirons peut avoir des effets sur la santé et le bien-être, depuis la simple gêne (olfactive, somnolence, irritation des yeux et de la peau) jusqu'à l’apparition ou l'aggravation de pathologies aigues ou chroniques : allergies respiratoires, asthme, cancer, intoxication mortelle ou invalidante, etc. » (4)

Une information et une prévention faibles

Les COV les plus connus sont le butane, le toluène, l’éthanol, l’acétone, ou le benzène, que l’on trouve majoritairement dans les solvants, peintures, colles, encres. Ils ont fait l’objet d’une directive européenne en mars 1999 (5), qui vise à réduire les émissions de COV dues à ces solvants, uniquement dans certaines activités et installations. L’inventaire ainsi établi, et complété régulièrement, reste incomplet. Il fait encore l’impasse sur des substances chimiques dont la dangerosité est avérée, et qui ne font l’objet d’aucune réglementation en France, comme le formaldéhyde, dont les panneaux de bois sont l’un des principaux émetteurs.

Ce n’est que depuis le 1er janvier 2012 que la France impose un étiquetage des matériaux de construction et de décoration en fonction de leur taux d’émission de COV : de A pour les très faibles émissions, à C pour les fortes émissions. Des labels ont également été mis en place en France et en Europe afin de favoriser l’utilisation de produits à faibles émissions. Ils varient cependant selon les pays et correspondent chacun à des critères particuliers. Ainsi du sigle français NF Environnement, qui certifie l’absence de métaux lourds, l’écolabel européen, ou les logos allemands Öko Test et Natureplus.

En attendant, le chantier de la pollution intérieure est en friches, qui plus est volatiles.

Stéphane Collet
ancien professeur des écoles, producteur de contenus en faveur d’une écologie raisonnée

(1)  http://www.oqai.fr/ModernHomePage.aspx

(2)  http://www.mediaterre.org/habitat/actu,20170322165405,3.html

(3)  https://www.ademe.fr/entreprises-monde-agricole/reduire-impacts/reduire-emissions-polluants/dossier/composes-organiques-volatils-cov/definition-sources-demission-impacts

(4)  https://www.anses.fr/fr/content/qualit%C3%A9-de-l%E2%80%99air-int%C3%A9rieur

(5)  https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000887792

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