Tabous et prévention des chutes chez les seniors

Chutes personnes agées

La population française va voir passer la proportion des plus de 80 ans de 6 à 12% d’ici à 2060. Les questions autour de leur santé sont donc des enjeux médicaux, sociétaux et économiques importants. Ainsi le Professeur Dantoine, chef du pôle gériatrique du CHU de Limoges, a mené ces 3 dernières années une étude portant notamment sur les répercussions médico-économiques des chutes des seniors. Ses estimations montrent qu’un tiers des plus de 65 ans et que la moitié des plus de 80 ans sont chaque année victimes d’une chute pouvant avoir des conséquences sur leur santé. En tout, les chutes des personnes âgées représentent 12 000 décès annuels en France et un coût pour la collectivité estimé à 2 milliards d’euros.

La chute des seniors : un tabou

Les chiffres sont édifiants et « étant donné l’enjeu de santé publique que cela représente, je ne comprends pas qu’il n’y ait pas plus d’actions médiatiques au sujet des chutes chez les personnes âgées », s’étonne le Professeur Dantoine.

A titre de comparaison et sans vouloir minimiser l’importance des chiffres et actions de la prévention routière, en 2015, les accidents de la route ont fait 3464 morts, soit 3 fois moins que les chutes chez les seniors. Pourtant on voit régulièrement des spots télévisés pour la prévention routière, alors qu’on n’en voit aucun pour sensibiliser les personnes âgées et leurs proches sur les risques et les conséquences des chutes.

Que penser des plans de santé publique qui se succèdent sans résultat probant ? Il y a d’abord eu l’objectif 99 de la loi de santé publique de 2004 qui ambitionnait de réduire de 25% le nombre de chutes chez les plus de 65 ans. Puis il y a eu le plan national Bien Vieillir 2007-2009. Enfin, en décembre 2015, la loi relative à l’adaptation de la société au vieillissement qui parle bel et bien de prévention de la perte d’autonomie… Aussi espère-t-on que des campagnes de prévention vont concerner l’épineux sujet des chutes, mais pour l’instant les chiffres sur ces 10 dernières années ne montrent aucune amélioration.

Certes il y a eu quelques opérations de sensibilisation comme celles de l’INPES « Pour garder bon pied bon œil après 60 ans » ou « Comment aménager votre maison pour éviter les chutes ». Le sujet de l’aménagement de la maison a aussi fait l’objet, en 2013, d’un rapport de l’Anah (Agence nationale de l’Habitat) et de la CNAV (Caisse nationale d’Assurance vieillesse) sur l’Adaptation des logements pour l’autonomie des personnes âgées. Mais dans l’ensemble, et parce qu’elle est le symbole du vieillissement, la chute reste un sujet tabou, compliqué à aborder. Il n’est d’ailleurs pas rare que les personnes âgées qui chutent le cachent à leurs proches.

Détection des chutes

Dans le cadre de son étude, Le Pr Dantoine a suivi 350 patients souffrant de la maladie d’Alzheimer dans 2 unités Alzheimer et 3 EHPAD du Limousin. Un certain nombre de patients a bénéficié d’une surveillance par des systèmes de Détection Systématique par Caméra Vidéo* pendant que l’autre partie du panel n’était pas télésurveillée. Ces systèmes de vidéosurveillance (cryptés et donc peu intrusifs pour le patient) déclenchent une alerte, selon un algorithme précis, lors d’une chute. Cela fonctionne autant pour les chutes lourdes (rapides et brusques) que pour les chutes molles. Ainsi l’étude a-t-elle démontré que 50% des chutes nocturnes ne sont pas dépistés en l’absence de dispositif de surveillance et que ces dispositifs faisaient conséquemment baisser le taux de chutes graves de 47,9%. Bien entendu le dispositif n’a pas d’incidence sur le nombre de fractures mais les caméras permettent d’intervenir au plus vite après la chute et d’éviter les conséquences parfois graves qui font suite à la chute des personnes qui ne parviennent pas à se relever et restent parfois longtemps étendues à terre.

Le syndrome de la tortue

Parmi les plus de 400 000 chutes annuelles en France chez les personnes âgées, 6 à 8% sont responsables de fractures. Cependant d’autres séquelles peuvent faire suite à une chute chez les seniors, comme les séquelles liées au syndrome de la tortue. Ce syndrome est associé au séjour prolongé subi par la personne âgée qui chute et ne réussit pas à se relever. Telle une tortue sur sa carapace, la personne tourne sur elle-même parfois durant plusieurs heures. Il peut en résulter des conséquences sur le plan physique (phlébite, embolie pulmonaire, escarres, déshydratation, rhabdomyolyse, hypothermie), et sur le plan psychologique. Du point de vue psychologique cela peut se traduire par une anxiété, une perte de confiance en soi et aller jusqu’à un état dépressif. En outre, il arrive que 8 jours après la chute, une régression psychomotrice apparaisse.

Il est donc important de relever la personne au plus vite ou de lui apprendre comment se relever si elle est seule, et de ne pas minimiser une chute même si elle n’y a pas eu de traumatismes physiques sévères.

Les bons reflexes pour se relever après une chute

 

1/ Se rapprocher d’un point vertical stable (un radiateur, une chaise…).
2/ Se mettre sur le côté.
3/ Ramener ses genoux vers le haut du corps puis se mettre petit à petit à 4 pattes.
4/ En s’aidant de l’objet stable, se relever doucement, une jambe après l’autre.

Si la personne présente une douleur violente, qui annonce probablement une fracture, il faut appeler les secours (composer le 15) et ne pas tenter de la relever.

Téléassistance

Aborder avec un proche âgé, le sujet de l’aménagement de son habitat, ou d’un équipement de téléassistance en cas de chute n’est pas évident. La question est pertinente pourtant si la personne âgée présente par exemple des troubles de la marche, des problèmes cardiovasculaires, des troubles de la mémoire ou qu’elle prend plus de 4 médicaments par jour. Cette plaquette de l’INPES sur la Prévention des chutes de la personne âgée à domicile permet de mieux identifier les personnes à risque.

Si le dispositif de télésurveillance mis en place lors de l’étude du Pr Dantoine a démontré son efficacité en établissement de soins, il n’est pas adapté au logement particulier car il faudrait installer des caméras absolument partout pour que cela soit efficient. Les solutions à domicile sont moins élaborées mais tout à fait utiles, à condition que la personne âgée pense bien à porter sa télécommande et/ou son détecteur de chute (bracelet ou médaillon) et ait suffisamment d’autonomie pour déclencher l’alerte. Enfin d’un point de vue financier, explique le Pr Dantoine, s’il est prévu dans la Loi relative à l’adaptation de la société au vieillissement, une prise en charge partielle des dispositifs de téléassistance par l’APA (Allocation personnalisée d’autonomie), dans la réalité cela risque de s’avérer compliqué et de ne pas permettre à tous ceux qui en ont besoin de s’équiper. Comme souvent s’agissant de dispositifs de prévention qui n’entrent pas dans la prise en charge d’une pathologie spécifique, le financement par la sécurité sociale est très faible ou inexistant et il est donc nécessaire de se renseigner par soi-même sur toutes les possibilités de financement qui peuvent être sollicitées… en général en fonction de critères dont celui de ses revenus disponibles (son assurance santé complémentaire / sa mutuelle, le fond d’aides de sa Caisse primaire d’assurance maladie, les services sociaux de sa mairie ou de son département pour connaitre les autres aides potentiellement existantes comme ici l’aide personnalisés à l’autonomie…).

*Ce dispositif et l’algorithme associé ont été développés par la société Link Care Service. Ce matériel a montré sa grande efficacité en structure collective mais n’est pas adapté au logement particulier.

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