Témoignage : le combat d’Edwige pour l’adaptation de son poste de travail

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Il y a peu, 66 Millions d’IMpatients traitait du sujet de la reprise du travail après une maladie qui pouvait entraîner un aménagement de poste, voire une inaptitude à reprendre le travail, que cela soit de façon totale, partielle, définitive ou temporaire.

Pour l’illustrer, nous avons regroupé des témoignages de malades qui ont été confrontés à des difficultés pour être maintenus dans leur poste d’origine. Pressions de la hiérarchie, pertes de revenus, manque d’empathie, imbroglios administratifs et juridiques, le travail devient alors un problème supplémentaire à surmonter en plus de la maladie.

 

Edwige L., fonctionnaire d’état au ministère de la Défense.
En attente d’une greffe pulmonaire.

Début de la maladie et première reprise du travail

Lorsque je suis tombée malade, j’ai été arrêtée durant 12 mois. A mon retour, on avait changé les serrures de mon bureau et celui-ci avait été entièrement vidé. J’ai alors été réaffectée dans un autre établissement, à une fonction qui n’était pas la mienne. On m’a confié un poste de secrétaire alors que j’avais des certifications en tant que responsable de formation, coach et d’autres compétences. Avant de tomber malade, j’étais donc responsable de formation et je gérais une soixantaine de personnes et je me suis retrouvée à faire de la simple saisie informatique. C’est à ce moment-là, en 2008, que l’on a engagé une mesure d’adaptation de poste.

En 2009, j’ai été déclarée apte à la reprise du travail en télétravail. Plus précisément, je suis inapte de tout contact public puisque toute maladie supplémentaire abîme considérablement mon poumon. Je suis actuellement à 36% de capacité respiratoire, ce qui suffit largement pour que je m’arrête de travailler pour invalidité, mais je me bats pour continuer à travailler car je vis seule avec 6 enfants, dont 4 sont encore à la maison. J’ai besoin de mon salaire. Je gagne un peu plus de 1700€/mois et si je me mettais en invalidité, je tomberai à un peu plus de 700€/mois. Ce n’est tout simplement pas envisageable. En outre, tant que mon cerveau peut travailler, je ne veux pas être à la charge de la société.

Le fait est que l’on n’a pas l’habitude de gérer des gens comme moi, donc on me pousse continuellement à la démission, à l’invalidité ou au congé de longue maladie. Depuis 2009, le ministère de la Défense met systématiquement en avant son incapacité à pouvoir adapter mon poste.

Une décision de justice non appliquée…

Les problèmes ont vraiment commencé lorsque j’ai demandé à adapter mon poste pour le télétravail. En fait, on ne m’a jamais acheté le matériel adapté pour chez moi. Pourtant j’ai apporté les devis pour ce matériel et cherché des solutions efficaces pour travailler. J’ai créé moi-même une plateforme de travail participatif pour interagir avec mes collaborateurs, sans quoi, on m’aurait laissée seule sans véritables tâches à accomplir.

J’ai fini par saisir le tribunal administratif qui a rendu en avril 2014 un jugement favorable pour moi, confirmant que mon poste devait faire l’objet d’une adaptation pour le télétravail. La décision du juge n’a pourtant toujours pas été mise en application, même après que les agents de la cellule handicap sont passés chez moi pour effectuer un audit et constater mes difficultés.

En juin 2015, on m’a conseillée de me mettre en congé maladie. J’ai refusé et insisté encore pour qu’on adapte enfin mon poste de façon correcte en télétravail, ainsi que le juge en avait décidé. Et bien on a suspendu mon salaire pour absence de fait et il a encore fallu que je me batte pour rétablir la situation.

Intimidation

Mais le bras de fer continue. Mon N+2, un colonel, a récemment intimidé mon N+1 pour qu’elle revoie à la baisse les bonnes notations qu’elle m’avait attribuées. Je me suis plainte auprès de lui et il a menacé de prendre des sanctions contre moi pour diffamation.

Enfin, dernièrement mon médecin m’a dit qu’il fallait que j’entre en protocole de greffe. Ce genre de protocole peut durer plusieurs mois avant de trouver le bon donneur, mais je m’organise d’ores et déjà pour rejoindre ma famille en pays de Loire alors qu’actuellement j’habite Draguignan car il faudra bien que je confie mes enfants à ma famille lorsque je serai hospitalisée. Ma N+1, qui est très contente de notre organisation en télétravail, m’a dit qu’elle ne voyait aucun inconvénient pour que cette organisation se maintienne même si je déménage puisque nous n’avons pas besoin de nous voir physiquement. Mais le colonel a ordonné que l’on me retire mon ordinateur et précisé que le télétravail se ferait depuis Draguignan ou ne se ferait pas.

L’obligation de se battre sans arrêt contre le système

J’ai la chance d’être très calée sur les sujets administratifs et juridiques, ce qui me permet de ne rien lâcher et d’argumenter dès que je ressens des oppositions. C’est pourtant très difficile car ma maladie me fatigue beaucoup et que les frais d’avocat sont très élevés.

Ce qui me permet de tenir également, c’est que je suis bien obligée d’envisager le pire étant donné la gravité de ma maladie. Si je viens à disparaître alors que je suis toujours en position à ce travail, mes enfants seront pupilles de la nation et toucheront la réversion d’une partie de mon salaire. Si je démissionne, ils ne sont plus protégés du tout. Je suis scandalisée du manque de solidarité du système et du peu d’empathie de ma hiérarchie indirecte. Heureusement, mes supérieurs hiérarchiques les plus proches me soutiennent et me rappellent souvent combien ils apprécient mon travail. Je n’ai pas choisi d’être malade mais je choisis de travailler et je tiendrai bon !

vos commentaires

  •  pourquoi essayer par tous les moyens de faire du mal à cette femme qui n'arrête pas de se battre pour sa famille, qui n'arrête pas de travailler pour son pays avec tout ce qu'elle traverse elle est toujours plus apte au travail que toutes ces personnes qui se disent être en pleine forme. Cette femme est admirable, alors prenez exemple sur elle au lieu d'essayer de la stopper. Une de choses que je peux vous assurer sur cette femme, c'est quelle est plus forte que 3000 HOMMES

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