Une nouvelle avancée dans le traitement du diabète de type 1 ? Interview.

M. Collombat chercheur à l'Inserm

Une étude publiée récemment montre qu’il serait potentiellement possible de restaurer le stock de cellules productrices d’insuline chez les personnes atteintes de diabète de type 1 et ainsi les guérir. Des tests chez l’homme doivent encore être réalisés afin de confirmer les premiers résultats de cette étude.
66 Millions d’IMpatients a interrogé Patrick Collombat, chercheur à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), son principal auteur.

Dans quel contexte s’inscrit votre étude ?

Le diabète de type 1 est une maladie qui se caractérise par la destruction sélective par le système immunitaire des cellules du pancréas produisant l’insuline (les cellules bêta), une hormone qui permet de réguler le taux de sucre dans le sang. En l’absence d’insuline, la concentration de sucre augmente ce qui peut avoir des conséquences délétères importantes. Les traitements existent mais des complications peuvent survenir à long terme. C’est pourquoi notre équipe s’intéresse à développer des solutions alternatives.

Quel est le point de départ de ce travail ?

Nous savions déjà, par l’utilisation de souris génétiquement modifiées, qu’il était possible de restaurer la production d’insuline par le pancréas en forçant l’activation d’un gène permettant de transformer des cellules pancréatiques alpha qui ne possèdent pas la capacité de produire l’insuline, en cellules bêta responsables de la sécrétion de l’hormone. Cette première avancée était importante, sauf qu’il n’est pas envisageable d’agir de la même façon sur le patrimoine génétique d’un être humain de façon à promouvoir la production de cellules bêta. Il fallait trouver un composé qui permette de recréer cette modification. C’est ce à quoi nos travaux se sont attelés.

Pour quels résultats ?

On s’est associé avec une compagnie pharmaceutique danoise ainsi que plusieurs laboratoires en France et à l’étranger. Nous avons testé des milliers de substances pour finalement identifier le Gaba, un neurotransmetteur (une molécule qui joue un rôle dans la transmission du message nerveux) présent dans l’organisme qui est aussi disponible sous la forme de compléments alimentaires.

Comment avez-vous démontré l’efficacité de cette molécule ?

Cet effet a été démontré chez la souris dans un premier temps. Pour simplifier, nous avons démontré la conversion des cellules alpha en cellules bêta productrices d’insuline par un traitement avec du Gaba. Nous avons également observé qu’au fil des transformations des cellules alpha en cellules bêta, l’organisme, détecte la diminution des premières et en produit de nouvelles. C’est donc un cercle vertueux qui s’instaure.

Nous sommes ensuite parvenus à démontrer l’efficacité du Gaba sur des cellules humaines en provenance d’ilots de Langherans, des structures présentes dans le pancréas qui contiennent à la fois des cellules alpha et bêta. Après 14 jours de culture en présence du neurotransmetteur, le nombre de cellules alpha avait diminué de 37% alors que dans le même temps, le nombre de cellules bêta augmentait de 24%. De même, en transplantant des ilots humains dans des souris et en supplémentant leur alimentation avec du Gaba, les mêmes résultats ont été obtenus.

Cette approche s’attaque-t-elle aux causes de la maladie ?

Non. Sauf qu’à ce stade on ne sait pas encore si les nouvelles cellules bêta produites seront détruites. Il se pourrait qu’elles conservent des caractéristiques de cellules alpha qui leur confèreraient une résistance face aux attaques du système immunitaire. Si tant est qu’elles soient à nouveau sa cible, il a été démontré qu’entre les premiers signes de destruction et la destruction totale, il peut se passer plusieurs mois, voire années. Si l’on parvenait à régénérer des cellules bêta, celles-ci devraient donc conserver leur fonctionnalité pendant un certain temps. Durant cette période, les patients n’auraient pas besoin d’injection d’insuline. On est encore dans la science-fiction, mais l’idée est là…

Quelle suite entendez-vous donner à ce travail ?

Notre intention est de tester directement chez des patients diabétiques de type 1 les effets d’une supplémentation alimentaire en Gaba. L’idée est d’effectuer la première série de tests sur une soixantaine de patients. Ces tests auront lieu au Danemark. Ils démarreront au printemps 2017 et s’étaleront sur 12 mois. Si ça fonctionne, on passera alors à des essais à une échelle beaucoup plus large. C’est un nouveau champ d’investigation qui s’ouvre à nous. Il faudra encore beaucoup de temps avant de développer un éventuel médicament.

UNE « AVANCÉE RÉELLE » ACCUEILLIE AVEC PRUDENCE PAR LA FÉDÉRATION FRANÇAISE DES DIABÉTIQUES
GerardRaymond-itwSollicité par 66 Millions d’IMpatients, Gérard Raymond, président de la Fédération française des diabétiques, accueille la publication de ces résultats « très intéressants », comme une « bouffée d’espoir ». La régénération des cellules bêta est un champ d’investigation important, estime-t-il rappelant que d’autres travaux similaires s’intéressent quant à eux à la possibilité d’utiliser à cette même fin les cellules souches.
Pour Gérard Raymond, il y a toutefois encore loin de la coupe aux lèvres. « On sait très bien que les essais cliniques imposent un long délai avant la mise à disposition d’un nouveau traitement. Sans compter que la plupart du temps, il ne voit jamais le jour. Derrière cette bouffée, on est donc un peu obligé de tempérer ». Rabat-joie Gérard Raymond ? « C’est régulièrement qu’on nous annonce le grand soir. Or bien souvent, c’est plutôt le petit matin qui survient », conclut-il insistant toutefois sur l’intérêt que présentent ces travaux.

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