Visite du COSEM Saint-Michel, centre de santé privé

Visite du centre de Santé COSEM Saint-Michel

Dans le cadre de notre dossier sur les centres de santé, 66 Millions d’IMpatients est allé visité deux centres de santé parisiens, le centre médical Stalingrad, géré par la CRAMIF (Caisse Régionale d’Assurance Maladie d’Ile-de-France) et le centre de santé COSEM Saint-Michel, un centre privé non lucratif géré par une association loi 1901.

Le COSEM possède en réalité 7 centres de santé dans Paris et propose en tout pas moins de 46 disciplines médicales, qui vont de la médecine générale et pédiatrique, à la cardiologie et la neurologie, en passant par plusieurs spécialités dentaires (implantologie et parodontie), par un pôle d’imagerie médicale proposant radiologie, mammographie, échographie (et même un projet d’IRM en cours), un autre pôle de biologie médicale ainsi que de la médecine alternative comme de l’acupuncture.

Rendez-vous est pris avec le docteur Patrick Vidal pour une visite du centre Saint-Michel, un centre flambant neuf qui a ouvert en février 2017. Dès l’entrée, au rez-de-chaussée, on trouve une zone avec plusieurs salles de consultations réservées au service « Urgent Care », une unité de soins immédiats, où l’on soigne sans rendez-vous les urgences légères et moyennes, tous les jours sauf le dimanche.

Les locaux sont spacieux, agréables, décorés avec soin, on se croirait dans une jolie clinique privée. Dans les étages on retrouve les consultations de 14 spécialités médicales différentes, ainsi que 16 sièges consacrés au dentaire, le tout appuyé par un centre d’imagerie médicale de pointe.

Au vu du quartier, des locaux, et des plateaux techniques proposés, on a du mal à croire que les tarifs pratiqués sont ceux du secteur 1 (sans dépassement d’honoraires). C’est pourtant le cas puisqu’il s’agit bel et bien d’un centre de santé, ainsi que le définit la loi, c’est à dire géré par une organisation à but non lucratif, avec des médecins salariés, des tarifs de secteur 1 et appliquant le tiers-payant.

 

Le docteur Patrick Vidal, directeur du pôle médical du COSEM, nous explique comment le COSEM fonctionne…

Quelle est la mission du COSEM ?

Nous sommes restés sur la ligne qui était la nôtre à la création du COSEM en 1945, à savoir une ouverture à l’accès aux soins au plus grand nombre. Aujourd’hui la mission a un peu varié, mais comme chaque centre de santé en France, nous pratiquons les tarifs de secteur 1 ainsi que le tiers payant. Le COSEM est également affilié à de nombreuses mutuelles, de sorte que les patients qui ont souscrit à ces mutuelles ne font même pas d’avance de frais, comme à l’hôpital.

Quel est le positionnement des centres du COSEM ?

Nous sommes des structures intermédiaires entre l’hôpital et le libéral. Les gens qui travaillent chez nous sont salariés, comme à l’hôpital. Nous avons 7 centres dans Paris qui sont multidisciplinaires. On fait de la médecine, du dentaire ainsi que de l’imagerie et de la biologie médicales. Notre centre Miromesnil est sûrement l’un des plus grands d’Europe avec 3600m2, 40 cabinets de médecins, 16 cabinets dentaires. Nos patients ne sont pas uniquement parisiens, nombreux habitent autour de Paris et travaillent souvent à Paris.

Avec nos centres de santé à mi-chemin entre les médecins libéraux et l’hôpital, on redéfinit un tissu social pour la santé permettant aux gens de choisir selon leurs revenus et leurs besoins.

Quelles sont les spécialités proposées au COSEM et y-a-t-il beaucoup de délai avant d’obtenir un rendez-vous ?

Nous proposons des consultations sans rendez-vous en dentaire et en médecine. Pour les spécialistes, nous faisons en sorte que nos délais soient plus courts que dans le secteur libéral ou à l’hôpital : en dermatologie, c’est 1 ou 2 jours, en gynécologie on répond aux demandes de rendez-vous dans la semaine, en ophtalmologie on est à 3 mois, mais nous sommes en train de recruter des ophtalmologistes pour réduire ce délai à 15 jours.

Nous avons également mis en place dans l’un de nos centres le « pôle de la femme » avec des sages-femmes qui rencontrent des patientes de tout horizon, des femmes chinoises, maghrébines, africaines, etc… qui ont peu d’accès aux soins. Elles suivent leur grossesse, font la préparation à l’accouchement, s’occupent de la rééducation périnéale. Il y a les gynécologues bien sûr, mais avec les sages-femmes, le temps d’écoute est plus long.

Nous proposons aussi un service d’urgence baptisé « Urgent Care » installé dans 2 de nos centres, un sur la rive droite et un sur la rive gauche. En 1 heure on peut par exemple prendre en charge une entorse de la cheville, avec une radiographie faite sur place. Si l’on s’aperçoit qu’une intervention chirurgicale est nécessaire, on se coordonne avec l’hôpital ou des réseaux privés avec lesquels nous travaillons et avec qui nous avons mis en place des conventions de secteur 1.

Les centres de santé ont pour but de prodiguer de la médecine de premier recours, pourtant l’un de vos centres propose de la médecine esthétique ?

La médecine esthétique est hors nomenclature et n’est pas bien sûr un soin de premier recours ; or il est vrai que dans l’un de nos centres, nous avons un étage où nous proposons de la médecine esthétique. L’idée est venue car nous avons rencontré des patients bénéficiaires de la CMU-C (Couverture maladie universelle) ou de l’AME (Aide médicale d’Etat) qui n’osent pas entrer dans une clinique esthétique classique parce qu’ils savent à l’avance qu’ils n’auront pas les moyens financiers de s’offrir cette médecine. Nous nous sommes simplement rendu compte que certaines personnes qui n’ont pas de gros revenus voulaient pouvoir en bénéficier. Ce n’est pas notre cœur de métier mais c’est une demande de nos patients, à laquelle nous avons décidé de répondre.

Est-il possible d’avoir un médecin de famille dans l’un des centres du COSEM ?

Oui, administrativement, ce sera le centre qui sera référencé comme médecin traitant mais un médecin sera nommé pour chaque patient dans le centre. En général on obtient rendez-vous dans la journée, ou le lendemain. En cas d’urgence, il y aura toujours un médecin pour prendre la consultation qui aura accès au dossier sécurisé du patient. En revanche, bien que nous ayons le droit de faire des visites à domicile, c’est très compliqué à gérer.

Comment parvenez-vous à l’équilibre financier et même à dégager des bénéfices que vous pouvez ainsi réinvestir ?

Nos centres de santé fonctionnent sur un modèle économique particulier. Pour que ces centres perdurent il faut que l’on ait une taille minimum pour mutualiser les coûts et faire baisser les charges. Nous n’avons pas d’aide de l’Etat à part les aides habituelles, donc nous devons absolument amortir nos charges pour être pérenne.

Du fait du fonctionnement et de l’organisation, le praticien est dans une situation plus efficace pour prodiguer les soins. Par exemple, si un patient a besoin d’un électrocardiogramme ou d’une polygraphie, ce sera une aide-soignante qui fera l’examen. Nous avons réfléchi à renforcer l’acte médical grâce à du personnel paramédical. Je précise que pour le patient c’est aussi un gain de temps, car il a juste à traverser le couloir pour prendre rendez-vous pour son examen qu’il pourra faire dans la semaine, voire le jour-même. C’est un confort extraordinaire.

Pour être plus spécifique, sur la partie médicale, il est vrai que nous ne gagnons pas beaucoup d’argent, mais on n’en perd pas. Nous équilibrons nos charges grâce aux économies d’échelle et au fait que nous sommes des centres multidisciplinaires avec un grand nombre de patients quotidien. Les soins hors nomenclature permettent de mieux équilibrer nos budgets et de créer des bénéfices que nous réinvestissons. Malgré tout, pour ces soins hors nomenclature comme les prothèses et l’implantologie dentaires, nos tarifs sont souvent moins chers que dans le secteur libéral à Paris.

Notre choix se concentre sur le fait de mettre en place des centres accueillants, en tout cas le moins anxiogène possible, dans lesquels les prix sont identiques à ceux de l’hôpital. L’économie d’échelle est une solution pour pérenniser la médecine.

Comment sont payés les médecins salariés de vos centres ? A l’acte, à la fonction ?

Les médecins sont payés à l’acte et au pourcentage. Ils ne s’occupent que de leur consultation, le centre s’occupe du reste, de toute la partie logistique, administrative, de la gestion des paiements, du tiers-payant, qui est un aspect lourd à gérer pour les médecins de ville libéraux.

Nous sommes une association loi 1901 mais nous payons l’impôt sur les sociétés, ce qui nous permet de reverser de la participation et de l’intéressement à chaque salarié, quand on fait des bénéfices, comme cela a été le cas cette année et l’année précédente.

On nous reproche souvent que du fait que nos médecins sont payés à l’acte, ils feraient de l’abattage. C’est un faux procès. Nos médecins travaillent avec autant d’attention à leur patients que le font les médecins libéraux. Nous sommes médecins, on prend le temps qu’il faut pour bien soigner. Moi-même quand je consulte et qu’il m’arrive de voir un patient qui présente plusieurs problèmes, si j’ai beaucoup de monde, je vais lui demander de revenir en lui expliquant que j’ai besoin de le revoir, d’autant qu’entre temps, j’aurai sans doute besoin qu’il fasse des examens complémentaires.

Comment recrutez-vous vos médecins ?

Nous n’avons pas de difficultés à recruter parce que nous sommes dans Paris intra-muros. Il y a des coins de l’Ile-de-France et en zones rurales où nous n’aurions pas autant de facilités de recrutement.

En outre, nous bénéficions du fait que la profession se féminise beaucoup et que les femmes, bien souvent, tiennent à maintenir un équilibre entre travail et vie de famille. Or quand on regroupe des médecins, hommes et femmes, dans un centre de santé, en plus de la sécurité qu’ils gagnent par rapport à l’isolement des cabinets individuels, cela facilite une certaine souplesse dans les plannings afin que chacun, selon ses besoins, puisse choisir ses jours de repos.

Il y a principalement 3 types de recrutement :

  • Les médecins qui sortent de la faculté et ne veulent pas s’installer parce qu’ils craignent la gestion administrative, ainsi que les très lourdes charges et cotisations.  En moyenne chez nous un jeune médecin gagne 2 à 3 fois ce qu’il gagnerait à l’hôpital, en fonction du nombre d’actes qu’il effectue. Il a alors des tickets-repas, une mutuelle, son assurance professionnelle est payée, il n’a pas de matériel à acheter, pas de contraintes logistiques à régler. Il ne s’occupe que de pratiquer la médecine.
  • Les médecins qui vont arriver à la retraite et ne veulent plus s’encombrer des tâches administratives, d’autant que maintenant, ils passent souvent par des standards téléphoniques et n’ont plus de secrétaire. Pour peu qu’ils aient la rénovation de leur cabinet à envisager, du matériel à renouveler, ils préfèrent fermer et venir chez nous avec leur patientèle.
  • Les médecins entre 35 et 55 ans qui ont leur cabinet et qui veulent essayer de faire quelques vacations chez nous. Ils gagnent certes moins d’argent mais sur l’argent qu’ils touchent, ils n’ont ni charges, ni cotisations. Ils ont alors une activité mixte, en partie salariée et en partie libérale, et parfois ils abandonnent même leur cabinet, surtout quand ils apprécient de travailler en équipe.

Avez-vous le temps de faire de la prévention au COSEM ?

Nous menons des actions de prévention chaque année. L’ARS (Agence régionale de santé)  nous a demandé de faire de la prévention autour d’un co-dépistage de la maladie du rein et du diabète en 2017 pour les jeunes. En conséquence, dans 4 centres, nous allons mettre en place une journée complète gratuite avec prises de sang, bandelettes urinaires, entrevue avec un néphrologue sur le rein et le diabète.

En 2015, nous avons fait de la prévention autour de la BPCO (bronchopneumopathie chronique obstructive, une maladie pulmonaire chronique) et en 2016 nous avions, là encore, répondu à l’appel de l’ARS qui demandait un accueil médical pour les migrants. Nous avions alors ouvert des vacations tous les vendredis mais nous avons finalement eu très peu de migrants, car les associations caritatives et ONG qui s’occupent de leur accueil ont leurs propres services médicaux.

Je pense que la médecine est de qualité quand on met en place des mesures préventives. Il suffit parfois simplement de renouveler à temps le traitement d’une personne qui tarde à consulter, soit parce qu’on ne lui propose pas de rendez-vous à l’hôpital ou en médecine de secteur 1 avant plusieurs mois, soit parce qu’elle n’a pas les moyens de payer les dépassements d’honoraires en secteur 2.

 

66 Millions d’IMpatients s’est rendu dans deux centres de santé parisiens, celui-ci du COSEM Saint-Michel, et celui de la CRAMIF Stalingrad. Découvrez comment s’est déroulée notre visite dans le centre de santé de la CRAMIF ainsi que notre article général sur les centres de santé :

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